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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-25VE03762

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-25VE03762

jeudi 2 avril 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-25VE03762
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDELPHINE KRZISCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C... B... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler la décision du 14 octobre 2025 par laquelle le maire de la commune de La Frette-sur-Seine a refusé de procéder à la rectification de l’attestation de l’employeur du 16 septembre 2025 destinée à France Travail, d’enjoindre au maire de rectifier cette attestation et de condamner cette commune à lui verser une somme en réparation du préjudice moral et professionnel qu’elle estime avoir subi.

Par une ordonnance n° 2521279 du 20 novembre 2025, le président de la 12ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande comme irrecevable sur le fondement de l’alinéa 7 de l’article R 222-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2025, Mme B..., représentée par Me Krzisch, demande à la cour :

1°) d’annuler cette ordonnance ;

2°) d’annuler cette décision du 14 octobre 2025 et l’attestation de l’employeur du 16 septembre 2025 ;

3°) d’enjoindre à la commune de rectifier l’attestation de l’employeur, en y indiquant comme motif de rupture du contrat « fin de CDD à l’initiative de l’employeur, le 31 août 2025 », dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d’enjoindre à la commune de régulariser ses droits de toutes natures, notamment en matière de traitement, d’avancement et de retraite, dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

5°) et de mettre à la charge de la commune la somme de 2 400 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, dont 1 200 euros au titre des frais de la première instance.

Elle soutient que :
- l’ordonnance attaquée est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’erreur de droit, d’une inexactitude matérielle des faits et d’erreurs manifestes d’appréciation ;
- l’attestation employeur est inexacte, dès lors qu’elle n’a jamais reçu de proposition de renouvellement de contrat ;
- en tout état de cause, elle aurait disposé d’un motif légitime pour refuser un tel renouvellement, au sens des dispositions du décret n° 2020-761 du 16 juin 2020 relatif au régime particulier d’assurance chômage applicable à certains agents publics et salariés du secteur public ;
- elle n’a reçu aucune lettre recommandée de la part de la commune relative au renouvellement ou non de son contrat, démontrant la désorganisation des services de la commune ;
- et elle renvoie à ses écritures de première instance.

La requête a été communiquée à la commune de La Frette-sur-Seine, qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Par un courrier du 23 février 2025, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que la cour était susceptible de relever d’office le moyen tiré de l’irrégularité de l’ordonnance attaquée du fait de l’incompétence du premier juge pour rejeter cette demande selon la procédure prévue au 7° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. A...,
et les conclusions de M. Frémont rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

Mme B..., qui a été recrutée par la commune de La Frette-sur-Seine, par contrats à durée déterminée successifs, du 7 novembre 2022 au 31 août 2025, pour exercer les fonctions d’adjointe d’animation scolaire et périscolaire, a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler la décision du 14 octobre 2025 par laquelle le maire de cette commune a refusé de procéder à la rectification de l’attestation de l’employeur destinée à France Travail du 16 septembre 2025 en indiquant la fin de son contrat à durée déterminée comme motif de la rupture, d’ordonner au maire de procéder à cette rectification et de condamner la commune à lui verser une somme en réparation du préjudice moral et professionnel qu’elle estime avoir subi. Elle fait appel de l’ordonnance par laquelle le président de la 12ème chambre du tribunal a rejeté sa demande sur le fondement du 7° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents de formation de jugement des tribunaux (…) peuvent, par ordonnance : ( …) 7° Rejeter, après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé (…). ».

Il ressort du point 3 de l’ordonnance attaquée que le premier juge a considéré que la demande de Mme B... était « manifestement mal fondée », au motif que l’intéressée ne pouvait être regardée comme ayant été involontairement privée d’emploi et que « c’est à bon droit que la commune a considéré qu’elle entrait dans la catégorie de la rupture anticipée de CDD à l’initiative du salarié ». Il s’est ainsi prononcé au fond sur l’argumentation de la requérante relative à l’erreur commise par l’administration concernant le motif de rupture de son contrat de travail. Toutefois, l’absence de bien-fondé d’un moyen de légalité interne soulevé par le demandeur qui est non irrecevable, non inopérant, et assorti de faits susceptibles de venir à son soutien et de précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé n’est pas au nombre des motifs limitativement énumérés au 7° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative permettant aux présidents des formations de jugement de statuer seuls et, le cas échéant, sans procédure contradictoire, en application de ces dispositions. Par suite, le président de la 12ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ne pouvait se fonder sur ces dispositions pour rejeter par une simple ordonnance la demande de Mme B.... Ainsi, l’ordonnance attaquée est entachée d’une irrégularité et doit être annulée, sans qu’il soit besoin d’examiner l’autre moyen de régularité.

Dans les circonstances de l’espèce, afin de préserver le double degré de juridiction, il y a lieu de renvoyer l’affaire au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Sur les frais liés au litige :

Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation ».

D’une part, si Mme B... demande que soit mise à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par elle en première instance et non compris par les dépens, elle ne justifie pas que la première instance lui ait occasionné des frais au sens de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. D’autre part, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de La Frette-sur-Seine la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme B... devant la cour et non compris dans les dépens.


D É C I D E :


Article 1er : L’ordonnance du président de la 12ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n° 2521279 du 20 novembre 2025 est annulée.

Article 2 : L’affaire est renvoyée au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C... B... et à la commune de La Frette-sur-Seine.


Délibéré après l’audience du 19 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. A..., premier vice-président de la cour, président de chambre,
Mme Mornet, présidente assesseure,
M. Cozic, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2026.



Le président-rapporteur,

B. A...
La présidente assesseure

G. Mornet

La greffière,

S. de Sousa



La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.


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