mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1902580 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | COTTRAY-LANFRANCHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 mai 2019, le 10 février 2020, le 24 juin 2020 et le 5 mai 2021, M. C B, représenté par Me Cottray-Lanfranchi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Villefranche-sur-Mer à lui verser une indemnité d'un montant de 19 391,05 euros en réparation des préjudices subis suite à sa chute en date du 12 août 2017 sur la rampe de mise à l'eau sur la plage des Marinières ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Villefranche-sur-Mer la somme de 940 euros correspondant aux frais d'expertise ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Villefranche-sur-Mer une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux entiers dépens.
Il soutient que :
- la responsabilité de la commune est engagée en raison d'un défaut d'entretien normal de la rampe de mise à l'eau sur la plage des Marinières, ayant entraîné sa chute alors qu'il s'apprêtait à se baigner le 12 août 2017 ;
- la commune a commis une faute en n'assurant pas la sécurité des usagers et des baigneurs par la mise en place d'une signalisation adéquate conformément aux dispositions de l'article L. 2213-23 du code général des collectivités territoriales ;
- il est fondé à solliciter l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis et qui se décomposent comme suit :
* 1 381,05 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* 5 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* 1 200 euros au titre du préjudice esthétique provisoire ;
* 3 810 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
* 3 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
* 5 000 euros au titre de l'incidence professionnelle.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 avril 2020, le 13 avril 2021 et le 8 juillet 2021, la commune de Villefranche-sur-Mer, représentée par Me Jacquemin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la matérialité des faits n'est pas établie et le lien de causalité entre la chute de M. B et les préjudices subis n'est pas établi ;
- aucun défaut d'entretien normal de la rampe d'accès n'est établi dès lors qu'il s'agit d'un ouvrage à moitié immergé, en bord de mer, destiné à faciliter l'entrée et la baignade des personnes handicapées ;
- aucune faute ne peut être reprochée à la commune dans l'exercice des pouvoirs de police du maire ;
- le requérant a commis une imprudence de nature exonératoire dès lors qu'il a emprunté une rampe d'accès réservée aux personnes à mobilité réduite et a donc fait un usage inapproprié de l'ouvrage ;
- à titre subsidiaire, dans le cas éventuel où la responsabilité de la commune serait retenue, il y a lieu de ramener l'indemnisation allouée au requérant à de plus justes proportions.
Par ordonnance du 7 juin 2021 la clôture d'instruction a été fixée au 9 juillet 2021 à 12 heures.
Vu :
- l'ordonnance en date du 26 juillet 2019 par laquelle la présidente du tribunal administratif a prescrit une expertise et désigné comme expert le docteur A ;
- le rapport d'expertise du docteur A enregistré le 13 novembre 2019 ;
- l'ordonnance du 7 janvier 2020 par laquelle la présidente du tribunal administratif a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise à la somme de 940 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 septembre 2022 :
- le rapport de Mme Chaumont, conseillère,
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cottray-Lanfranchi, représentant M. B, et de Me Debruge, représentant la commune de Villefranche-sur-Mer.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 août 2017, M. C B, né le 18 décembre 1961, soutient avoir chuté sur la rampe en bois d'accès à la mer sur la plage de la Marinière située sur le territoire de la commune de Villefranche-sur-Mer. L'accident en cause a entraîné un traumatisme de la cuisse gauche, une rupture du vaste interne et externe et une rupture du tendon quadricipital gauche qui a été traité par une intervention chirurgicale et une hospitalisation du 21 au 23 août 2017. M. B demande au tribunal de condamner la commune de Villefranche-sur-Mer à l'indemniser des préjudices subis sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public et sur le fondement de la faute résultant de la carence du maire dans l'exercice des pouvoirs de police prévus par l'article L.2213-23 du code général des collectivités territoriales.
Sur la responsabilité :
2. En premier lieu, il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur un ouvrage public, de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre l'ouvrage public et le dommage dont il se plaint. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour s'exonérer de sa responsabilité, établir la preuve de l'entretien normal de l'ouvrage ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à la force majeure.
3. D'une part, il résulte de l'instruction que le 12 août 2017, M. B a chuté sur la rampe d'accès à la mer située sur la place de la Marinière sur la commune de Villefranche-sur-Mer, cette chute entraînant un traumatisme de la cuisse gauche, une rupture du vaste interne et externe et une rupture du tendon quadricipital gauche. La commune de Villefranche-sur-Mer fait valoir que la preuve de la matérialité des faits et du lien de causalité n'est pas rapportée par le requérant, ce dernier versant seulement au dossier deux témoignages, dont un émanant de son fils. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces témoignages sont confirmés par le compte rendu d'intervention des pompiers et par le bilan de l'examen médical réalisé le jour de l'accident aux urgences du centre hospitalier universitaire de Nice. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme apportant suffisamment d'éléments pour établir la matérialité des faits dont il se prévaut et le lien de causalité entre sa chute et ses blessures.
4. D'autre part, il n'est pas contesté que la rampe d'accès sur laquelle M. B a chuté a été installée dans le cadre du dispositif Handiplage, destiné à permettre aux personnes à mobilité réduite d'accéder à la baignade, et que cette rampe, en pente menant à l'eau, était constituée de bois et en partie immergée. M B, en empruntant cette voie d'accès à la baignade, qui n'était d'ailleurs pas la seule possible, pouvait raisonnablement s'attendre à ce qu'elle soit glissante, alors même qu'aucune signalétique particulière aurait été apposée en ce sens. Ainsi, l'accident dont a été victime M. B est exclusivement lié à une faute d'inattention et à un défaut de prudence de sa part. Par suite, M. B n'est pas fondé à rechercher la responsabilité sans faute de la commune de Villefranche-sur-Mer pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 2213-23 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police des baignades et des activités nautiques pratiquées à partir du rivage avec des engins de plage et des engins non immatriculés. Cette police s'exerce en mer jusqu'à une limite fixée à 300 mètres à compter de la limite des eaux. Le maire réglemente l'utilisation des aménagements réalisés pour la pratique de ces activités. Il pourvoit d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours. Le maire délimite une ou plusieurs zones surveillées dans les parties du littoral présentant une garantie suffisante pour la sécurité des baignades et des activités mentionnées ci-dessus. Il détermine des périodes de surveillance. Hors des zones et des périodes ainsi définies, les baignades et activités nautiques sont pratiquées aux risques et périls des intéressés. Le maire est tenu d'informer le public par une publicité appropriée, en mairie et sur les lieux où elles se pratiquent, des conditions dans lesquelles les baignades et les activités nautiques sont réglementées, ainsi que des résultats des contrôles de la qualité des eaux de ces baignades accompagnées des précisions nécessaires à leur interprétation ". En vertu de ces dispositions, il incombe au maire de la commune d'assurer la sécurité des baigneurs sur les plages et notamment de signaler les dangers qui excèdent ceux contre lesquels les intéressés doivent normalement se prémunir.
6. M. B soutient que la commune a commis une faute en ne procédant pas à une signalisation appropriée de l'ouvrage sur lequel il a glissé. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit précédemment, l'ouvrage sur lequel M. B a chuté était une rampe d'accès à la mer, installée principalement au profit des personnes à mobilité réduite, laquelle était en pente et en partie immergée. Si M. B fait valoir que, suite à son accident, la rampe d'accès a été fermée, il ne l'établit pas. De même, s'il se prévaut de ce que, l'année suivante, la commune de Villefranche-sur-Mer a renforcé la signalétique aux abords de la rampe d'accès à la baignade, les photos produites au dossier, au demeurant non datées, ne sont pas de nature à établir la réalité de ces allégations. Enfin, en tout état de cause, cet ouvrage ne présentait pas un danger excédant ceux contre lesquels les usagers doivent normalement se prémunir. Dès lors, l'utilisation de cette rampe d'accès à la baignade n'avait pas à faire l'objet d'une signalétique spécifique. Par suite, M. B n'est pas fondé à rechercher la responsabilité pour faute du maire de la commune de Villefranche-sur-Mer dans l'exercice de ses pouvoirs de police.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la responsabilité de la commune de Villefranche-sur-Mer n'est pas engagée dans la survenue de l'accident de M. B le 12 août 2017. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par ce dernier ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge définitive de M. B la somme de 940 euros au titre des frais de l'expertise taxés et liquidés par l'ordonnance de la présidente du tribunal administrative du 7 janvier 2020.
Sur les frais de procédure :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
10. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent être rejetées, la commune de Villefranche-sur-Mer n'étant pas la partie perdante à la présente instance.
11. En revanche, il y a lieu de faire droit à la demande présentée à ce titre par la commune de Villefranche-sur-Mer et de mettre à la charge de M. B une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les frais de l'expertise taxés et liquidés à la somme de 940 euros par l'ordonnance de la présidente du tribunal du 7 janvier 2020 sont mis définitivement à la charge de M. B.
Article 3 : Il est mis à la charge de M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la commune de Villefranche-sur-Mer, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault et à la mutuelle assurance des instituteurs de France.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Chaumont, conseillère,
Mme Duroux, conseillère,
assistés de Mme Génovèse, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.
La rapporteure,
signé
A-C. CHAUMONT
Le président,
signé
F. PASCAL La greffière,
signé
S. GENOVESE
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026