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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2005322

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2005322

jeudi 30 juin 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2005322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET CICCOLINI J. & C.A

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 décembre 2020 et 3 juin 2022 sous le numéro 2005322, M. A C, représenté par Me Ciccolini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 octobre 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail et de procéder à l'examen de sa demande d'admission au séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ; le préfet n'a pas examiné sa demande sous l'angle des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit d'observations en défense.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 décembre 2020 et 3 juin 2022 sous le numéro 2005323, Mme D E épouse C, représentée par Me Ciccolini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 octobre 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail et de procéder à l'examen de sa demande d'admission au séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ; le préfet n'a pas examiné sa demande sous l'angle des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Jaidane substituant Me Ciccolini, représentant M. et Mme C, le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C et Mme D C, ressortissants arméniens respectivement nés les 29 juin 1979 et 6 mars 1987, demandent au tribunal l'annulation des décisions en date des 26 octobre et 5 novembre 2020 par lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de faire droit à leurs demandes d'admission exceptionnelle au séjour.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées ayant fait l'objet d'une instruction commune et présentant à juger des questions similaires, il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un seul et même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, si les requérants soutiennent que les décisions des 26 octobre et 5 novembre 2020 sont entachées d'un défaut de motivation et font apparaitre les motifs de refus par des cases cochées sur un imprimé type, ces décisions exposent néanmoins les circonstances de fait propres à leurs situations personnelles notamment le fait que leur intégration est insuffisamment caractérisée, que la cellule familiale peut se reconstituer hors de France, qu'ils ne justifient pas d'une ancienneté de séjour sur la période de 10 ans et que leur situation ne justifie pas d'une admission exceptionnelle au séjour. Ainsi, ces arrêtés, qui n'ont pas à faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation des étrangers dont l'autorité administrative pourrait avoir connaissance, comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi aux requérants d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, en mentionnant que la scolarisation de leurs enfants n'est pas de nature, à elle seule, à permettre la régularisation des deux parents et que la cellule familiale peut se poursuivre hors de France, le préfet a pris en compte l'intérêt supérieur des enfants au sens de l'article 3-1 de la convention de New York.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. et Mme C font valoir être arrivés en France le 22 mai 2011. Leurs deux filles sont nées à Nice, le 19 mars 2013 et le 21 octobre 2014 et y sont scolarisées. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, qui sont éparses et peu probantes, notamment en ce qui concerne les quittances de loyers produites de manière incomplète, que les requérants auraient fixé en France le centre de leur vie privée et familiale. En outre, les requérants se sont maintenus irrégulièrement en France après le rejet de leurs demandes d'asile. En outre, ils ne font état d'aucune attache familiale en France et ils n'établissent pas être dépourvus d'attaches familiales en Arménie où ils ont passé l'essentiel de leur existence. D'ailleurs, les époux et les enfants ayant tous la nationalité arménienne, rien ne fait obstacle à la poursuite de leur vie familiale en Arménie. Ils ne ressortent pas non plus des pièces du dossier une insertion sociale ou professionnelle, la promesse d'embauche du 9 septembre 2020 ne saurait suffire à elle seule à établir une insertion professionnelle. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que les décisions litigieuses portent à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. En l'espèce, les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de leurs parents. Par ailleurs, il n'est pas fait état d'obstacle à la reconstitution de la cellule familiale et à la poursuite de la scolarisation des enfants en Arménie. Par suite, alors même que ces enfants sont scolarisés en France et compte tenu notamment de leur bas âge à la date des décisions contestées, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que ces décisions méconnaissent leur intérêt supérieur garanti par les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

9. Pour les mêmes motifs, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas davantage entaché ses décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle des intéressés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et Mme C ne peuvent qu'être rejetées y compris en leurs conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme D C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Faucher, première conseillère,

Mme Gazeau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2022.

La rapporteure,

signé

S. B

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert

La greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

2 - 2005323

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