Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2203472

lundi 8 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2203472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2022, M. C B, représenté par Me Jorion, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 3 juin 2022 par laquelle la directrice générale de l'établissement public foncier (EPF) Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) a décidé d'exercer le droit de préemption sur un bien cadastré section A 185 et 186, situé 50- 52 avenue Léon Montier à Théoule-sur-Mer ;

2°) de mettre à la charge de l'EPF PACA une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- la condition d'urgence doit être regardée comme remplie eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets vis-à-vis de l'acquéreur évincé ; de plus, il a obtenu un accord de prêt bancaire en vue de l'acquisition du bien dont la mise à disposition des fonds doit intervenir au plus tard le 17 septembre 2022 ; enfin, l'établissement public foncier Provence-Alpes-Côte d'Azur (EPF PACA) ayant décidé de préempter le bien au prix et conditions fixées dans la déclaration d'intention d'aliéner, il peut en disposer librement et risque d'en user dans des conditions qui rendraient irréversible la décision de préemption ;

- il existe des moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

-la décision est entachée d'incompétence :

- il appartient à l'EPF PACA d'établir qu'il a consenti une délégation à sa directrice générale ; d'établir que la délégation consentie du conseil d'administration est régulière et exécutoire et de produire à cet effet, la délibération de délégation de compétence du 5 mars 2020 évoquée dans la décision attaquée, la liste des membres du conseil d'administration de l'EPF PACA à la date de l'adoption de la décision de préemption litigieuse ; il doit également produire la copie de l'ensemble des convocations adressées aux membres du conseil d'administration ainsi que l'ordre du jour effectivement porté à leur connaissance, au moins dix jours à l'avance ; le procès-verbal des débats permettant d'établir que la " moitié au moins des membres " participait à la séance ou était représenté, que la décision a été prise à la majorité des suffrages exprimés conformément au décret modifié n°2001-1204 du 20 décembre 2001 portant création de l'établissement public foncier de Provence-Alpes-Côte d'Azur ; en outre, l'EPF devra également produire la preuve de son approbation par le préfet ainsi que la preuve de sa publication ou de son affichage ;

-il appartiendra à l'EPF PACA d'établir qu'il a été régulièrement désigné par la commune de Théoule-sur-Mer pour exercer le droit de préemption et de produire à cet effet, la convention d'intervention foncière sur le site du centre-ville signée entre la commune de Théoule-sur-Mer et l'EPF PACA le 31 décembre 2019, la délibération du conseil municipal de la commune de Théoule-sur-Mer autorisant le maire à signer ladite convention et la preuve de sa transmission au contrôle de légalité ainsi que de sa publication ou de son affichage et la délibération du conseil d'administration de l'EPF PACA autorisant la directrice générale de l'établissement à signer ladite convention et la preuve de sa transmission au contrôle de légalité ainsi que de sa publication ou de son affichage ;

- la décision de préemption est entachée d'un vice de procédure : il appartient à l'EPF PACA de démontrer qu'il a réceptionné l'avis du service des domaines du 16 mai 2022 et qu'il a pu en prendre connaissance avant l'édiction de la décision litigieuse ;

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;

- à défaut de justification du caractère exécutoire de l'arrêté préfectoral du 3 août 2017 portant création de la zone d'aménagement différé dans le secteur du centre-ville sur le territoire de la commune de Théoule-sur-Mer, la décision en litige est entachée d'un défaut de base légale : il doit être justifié de l'accomplissement des formalités de publicité de cette décision conformément aux dispositions de l'article R. 212-2 du code de l'urbanisme ;

- l'EPF PACA doit établir que la décision de préemption a été prise dans les délais conformément à l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme ; l'EPF PACA doit établir que le délai de préemption a été valablement interrompu par la demande de visite du bien et de communication de documents et la visite du bien elle-même, au regard des exigences des dispositions des articles D. 213-13-1 et D. 213-13-2 du code de l'urbanisme ; que toutes les formalités de notification ont été respectées ; en tout état de cause, la déclaration d'intention d'aliéner ayant fait courir le délai visé à l'article L. 213-2 est celle reçue le 9 février 2022, la seconde déclaration d'aliéner, en tout point identique à la première et produite à la demande de l'EPF PACA, n'ayant pu faire courir un nouveau délai, de sorte que la demande de visite du bien et de communication de documents en date du 27 avril 2022 ne pouvait valablement interrompre le délai de deux mois et que la décision de préemption en date du 3 juin 2022 est nécessairement tardive ;

- l'EPF PACA ne justifie pas, à la date de la décision attaquée, de la réalité du projet ayant conduit à la décision de préemption ni de son caractère d'intérêt général.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, l'EPF PACA, représenté par Me Ceccarelli-Le Guen, conclut, à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal limite la portée d'une éventuelle suspension de la décision de préemption uniquement à la possibilité pour l'EPF PACA de poursuivre la vente à son profit, de sorte que le bien ne puisse être cédé à l'acquéreur évincé et en tout état de cause, de mettre à la charge du requérant une somme de 5 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les pièces du dossier ;

-les pièces produites au cours de l'audience publique du 1er août 2022 ;

-la requête n°2203470, enregistrée le 13 juillet 2022, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision du 3 juin 2022 par laquelle la directrice générale de l'établissement public foncier (EPF) Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) a décidé d'exercer le droit de préemption sur un bien cadastré section A 185 et 186, situé 50- 52 avenue Léon Montier à Théoule-sur-Mer.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D, en application du premier alinéa de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 1er août 2022, tenue en présence de Mme Suner, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport d'audience de Mme Le Guennec, juge des référés ;

-les observations de Me Favain, substituant Me Jorion, représentant M. B, qui a repris ses écritures, en les développant et a soutenu, en outre, que l'arrêté préfectoral du 3 août 2017 portant création de la zone d'aménagement différé est insuffisamment motivé.

-les observations de Me Pupponi, représentant I'EPF PACA qui a repris et développé ses écritures et a fait valoir, en outre, que le moyen tiré de ce que l'arrêté préfectoral du 3 août 2017 serait insuffisamment précis est irrecevable dès lors que cet arrêté est devenu définitif.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une déclaration d'intention d'aliéner, reçue le 8 mars 2022 par la commune de Théoule-sur-Mer, Me Nardini a fait part de l'intention de M. A E de céder à M. C B un bien cadastré section A 185 et 186, situé 50- 52 avenue Léon Montier à Théoule-sur-Mer. Par une décision en date du 3 juin 2022, la directrice générale de l'établissement public foncier Provence-Alpes-Côte d'Azur (EPF PACA) a décidé d'exercer le droit de préemption sur cette cession, au prix de 680 000 euros mentionné dans la déclaration d'intention d'aliéner. M. C B, acquéreur évincé, demande à la juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par le requérant et récapitulés dans les visas de la présente ordonnance n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

4 Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence, les conclusions présentées par le requérant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

6. D'une part, les dispositions précédentes s'opposent à ce que soit mise à la charge de l'EPF PACA qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de M. B le versement d'une somme de 1 500 euros à l'EPF PACA.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à l'établissement public foncier Provence-Alpes-Côte d'Azur une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et à l'établissement public foncier Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Copie sera adressée à M. A E, au préfet des Alpes-Maritimes et à la commune de Théoule-sur-Mer.

Fait à Nice, le 8 août 2022.

La juge des référés,

Signé

B. D

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,