Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204221
mardi 6 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2204221 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | KARZAZI |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er septembre 2022, M. A B, représenté par Me Karzazi, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision résultant du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande reçue le 16 février 2022 tendant à l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre le 8 avril 2020 pour une durée d'un an, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'interdiction de retour sur le territoire français l'empêche d'obtenir un visa en qualité de conjoint d'une ressortissante française, et qu'il doit rejoindre sa conjointe dans les meilleurs délais ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que sa demande de communication des motifs de la décision attaquée est restée vaine.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 25 juillet 2022 sous le numéro 2203660 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est né en 1999, de nationalité tunisienne. Par un arrêté du 8 avril 2020, le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement. Le 21 mai 2021, l'intéressé s'est marié en France avec une ressortissante française. Le 8 octobre 2021, il s'est conformé à l'obligation de quitter le territoire. Le 4 février 2022, l'intéressé a sollicité l'abrogation de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français. Par la présente requête, il demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision résultant du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande d'abrogation reçue le 16 février 2022.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". En vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Au soutien de sa demande de suspension de l'exécution de la décision litigieuse, M. B se borne à faire état de ce que le refus d'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre le 8 avril 2020 l'empêche d'obtenir un visa pour rentrer en France en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. Toutefois, cette seule circonstance n'est pas de nature à justifier de l'urgence qu'il y aurait à statuer sur sa demande dans de brefs délais dès lors notamment que la suspension de l'exécution du refus d'abrogation n'aurait pas pour effet de le placer en situation régulière sur le territoire français. Il résulte de l'instruction qu'il a épousé une ressortissante française le 21 mai 2021, soit postérieurement à la décision d'interdiction de retour. Eu égard au caractère tardif et récent de ce mariage et en l'absence de tout élément sérieux établissant l'ancienneté et l'inscription dans la durée de la relation, le requérant n'établit pas, dans les circonstances de l'espèce, l'urgence à suspendre l'exécution de la décision contestée avant qu'elle ne cesse de produire ses effets, soit le 8 octobre 2022. La situation d'urgence ne résulte pas davantage de la nature et de la portée de la décision attaquée. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Une copie pour information sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice, le 6 septembre 2022.
Le juge des référés,
Signé
T. C
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,