jeudi 27 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2405272 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2024, M. C A B, représenté par Me Jaidane, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Jaidane en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, lequel renonce, par avance, à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, à défaut, à M. A B si le bénéfice de l'aide juridictionnelle n'est pas accordé.
Il doit être regardé comme soutenant que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il est entaché d'erreurs de fait ;
- il méconnait les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 7 mars 1988 ;
- il méconnait les dispositions des articles L. 435-1, L. 435-4 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- et il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. A B été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 décembre 2024 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.
Un note en délibéré a été produite pour M. A B le 13 mars 2025 qui n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien du 7 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 mars 2025 :
- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa;
- et les observations de Me Jaidane, représentant M. A B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 2 janvier 1975, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 août 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les textes dont il fait application, notamment les articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A B ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour prendre les décisions litigieuses. En particulier, l'arrêté mentionne que l'intéressé est marié avec une femme ne résidant pas sur le territoire français, qu'il est sans enfant à charge et qu'il ne justifie pas d'une insertion professionnelle d'une intensité et d'une qualité suffisantes. Dès lors, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, et alors que le requérant, qui ne verse pas au dossier sa demande d'admission au séjour, n'établit pas avoir formé sa demande sur le fondement de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux de la situation du requérant doivent être écartés.
3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que le préfet des Alpes-Maritimes aurait commis des erreurs de fait en considérant qu'il ne justifiait pas avoir les compétences et l'expérience professionnelle suffisantes pour occuper l'emploi de mécanicien, qu'il ne justifiait que de courts contrats à durée déterminée, qu'il ne justifiait que de huit bulletins de salaire et qu'il n'établissait pas s'être continuellement maintenu sur le territoire national depuis son entrée le 10 juillet 2021, le requérant a ainsi entendu contester l'appréciation portée par le préfet sur sa demande. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 juin 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié ". Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants tunisiens visés à l'alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. () Les autres ressortissants tunisiens ne relevant pas de l'article 1er du présent Accord et titulaires d'un titre de séjour peuvent également obtenir un titre de séjour d'une durée de dix ans s'ils justifient d'une résidence régulière en France de trois années () ". Et aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
5. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
6. En l'espèce, et d'une part, en ce qui concerne l'admission exceptionnelle au séjour du requérant pour raison professionnelle, si M. A B soutient qu'il devrait de plein droit se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien précité, il ne justifie pas d'un visa long séjour en cours de validité, pas davantage qu'il ne justifie d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les stipulations de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 auraient été méconnues.
7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A B ne conteste pas être marié avec une femme ne résidant pas sur le territoire et être sans enfant à charge en France. En outre, si le requérant se prévaut de sa situation professionnelle en tant que mécanicien, produisant un contrat à durée indéterminée en date du 1er juillet 2024 ainsi que des bulletins de salaire, ces circonstances ne sauraient, à elles seules, établir que sa situation relèverait de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à permettre une admission exceptionnelle au séjour en France. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux serait entaché d'une méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / () ". Si le requérant soutient que le préfet des Alpes-Maritimes aurait méconnu ces dispositions, un tel moyen est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
9. En cinquième et dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas entaché les décisions litigieuses d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle du requérant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Jaidane et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 6 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
Mme Cueilleron, conseillère,
M. Bulit, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 mars 2025.
Le président-rapporteur,
signé
F. Silvestre-Toussaint-FortesaL'assesseure la plus ancienne,
signé
S. Cueilleron
La greffière,
signé
C. Sussen
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
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