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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2500015

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2500015

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2500015
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2025, M. E demande au tribunal :

1°) d'ordonner, avant dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture des Alpes-Maritimes

2°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2025 par lequel préfet des Alpes-Maritimes a fixé la Tunisie comme pays de destination en exécution de l'interdiction judiciaire de territoire d'une durée de trois ans prononcée à son encontre par la cour d'appel d'Aix-en-Provence le 21 avril 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté contesté :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est entaché d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- est entaché d'une erreur de droit en l'absence de rejet définitif de sa demande d'asile en Italie ;

- et méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête, aucun des moyens n'étant fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Cueilleron a été entendu au cours de l'audience publique du 6 mars 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant algérien né le 22 aout 1992, a fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de trois ans prononcée par la cour d'appel d'Aix-en-Provence le 21 avril 2022. Par arrêté du 3 janvier 2025, le préfet des Alpes-Maritimes fixé le pays de destination en exécution de cette interdiction. Par la présente requête, M. B, demande au Tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à la production, avant-dire droit, de l'entier dossier de M. B :

2. Dès lors que l'affaire est en état d'être jugée et que le principe du contradictoire a été respecté, il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal. ". Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. / Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. / () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). " Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où elle serait exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-936 du 9 septembre 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 209-2024 du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, Mme A C, cheffe du pôle éloignement du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour a reçu délégation de signature du préfet des Alpes-Maritimes pour signer les actes en matière d'éloignement des étrangers, dont la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en litige manque en fait et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B sur lesquelles le préfet s'est fondé pour fixer le pays de destination. En particulier, il précise que le requérant, de nationalité algérienne, a fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire de trois ans prononcée le 21 avril 2022 par la cour d'appel d'Aix en Provence. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.

8. En troisième lieu, il est constant que M. B, de nationalité algérienne, a fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire de trois ans prononcée le 21 avril 2022 par la cour d'appel d'Aix en Provence. Le préfet des Alpes-Maritimes a, par la décision litigieuse, fixé, comme il était tenu de le faire pour pourvoir à l'exécution de cette décision du juge judiciaire, le pays à destination duquel le requérant doit être reconduit. En outre, si le requérant soutient qu'il a déposé une demande d'asile en Italie, en se bornant à produire un document en langue italienne, il n'établit pas être demandeur d'asile dans ce pays. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir qu'il aurait dû faire l'objet d'un arrêté de réadmission en Italie. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet des Alpes-Maritimes aurait commis une erreur de droit en fixant, comme pays de destination de son éloignement, l'Algérie ou tout autre pays dans lequel l'intéressé serait légalement admissible, doit être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En l'espèce, si le requérant soutient que la décision litigieuse l'exposerait à des risques de tortures et de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Algérie, il ne l'établit pas. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, les conclusions susmentionnées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction et au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 6 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

M. Bulit, conseiller ;

Mme Cueilleron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 mars 2025.

La rapporteure,

signé

S. Cueilleron

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Susssen

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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