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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300692

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300692

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300692
TypeDécision
Formation2ème chambre JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une saisine et un mémoire enregistrés le 14 mars 2023 et le 15 janvier 2024, le préfet de la Manche, défère M. A H, M. G F, M. I D et M. C B comme prévenus d'une contravention de grande voirie et conclut à ce que le tribunal constate que les faits établis par procès-verbal constituent une contravention de grande voirie prévue et réprimée par les articles L. 2122-1, L. 2132-3 et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques et 131-13 du code pénal et condamne par suite M. H, M. F, M. D et M. B à la peine d'amende prévue par le code pénal pour les contraventions de cinquième classe.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 mars 2023 et le 15 mai 2023, M. A H qui ne conteste pas avoir ancré le catamaran dont il est co-propriétaire dans le havre de Blainville-sur-Mer conclut à la relaxe.

Il fait valoir que :

- le bateau est simplement ancré sans que soit utilisée une vis en acier ou un coffre en béton ;

- le bateau a été ancré de bonne foi sans autorisation d'occupation du domaine préalable dans le havre de Blainville-sur-Mer pour assurer sa mise en sécurité pendant l'hiver ;

- aucune interdiction de mouillage dans le havre de Blainville-sur-Mer n'a été enfreinte, ni aucune limitation de durée de mouillage ;

- des précautions ont été prises pour ne pas dégrader l'environnement : maniement des ancres et choix d'une zone sablonneuse pour tenir compte de l'avertissement reçu en 2020 concernant la mise à l'abri du bateau sur un herbu dans le havre de Regnéville-sur-Mer ;

- une installation dans le havre de Regnéville-sur-Mer est mobilisée à l'année pour ce bateau dont l'usage en hiver présente des risques pour l'environnement en raison des courants et vents violents ;

- le bateau a effectivement été ancré l'hiver précédent dans le même havre de Blainville-sur-Mer mais à un autre point GPS pour garantir sa sécurité compte tenu de ses caractéristiques ;

- sur les trois bateaux présents dans le havre de Blainville-sur-Mer en hiver seul celui-ci a fait l'objet d'une suspicion d'abandon et d'un avis de recherche de propriétaire alors même que des échanges avaient eu lieu avec l'agent assermenté de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) de sorte qu'il est porté atteinte au principe d'égalité devant la loi et au principe d'impartialité qui s'impose à cet agent ;

- le navire a quitté sa position d'hivernage le 21 avril 2023 pour rejoindre sa bouée au havre de Regnéville-sur-Mer.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 mars 2023 et le 24 janvier 2024, M. C B qui ne conteste pas avoir ancré le catamaran dont il est co-propriétaire dans le havre de Blainville-sur-mer conclut à la relaxe.

Il fait valoir que :

- le bateau est simplement ancré sans que soit utilisée une vis en acier ou un coffre en béton ;

- le bateau a été ancré de bonne foi sans autorisation d'occupation du domaine préalable dans le havre de Blainville-sur-Mer pour assurer sa mise en sécurité pendant l'hiver ;

- aucune interdiction de mouillage dans le havre de Blainville-sur-Mer n'a été enfreinte, ni aucune limitation de durée de mouillage, la navigation et le mouillage y sont autorisés comme en attestent les cartes du service hydrographique et océanique de la marine ;

- des précautions ont été prises pour ne pas dégrader l'environnement : maniement des ancres et choix d'une zone sablonneuse pour tenir compte de l'avertissement reçu en 2020 concernant la mise à l'abri du bateau sur un herbu dans le havre de Regnéville-sur-Mer ;

- une installation dans le havre de Regnéville-sur-Mer est mobilisée à l'année pour ce bateau dont l'usage en hiver présente des risques pour l'environnement en raison des courants et vents violents ;

- le bateau a effectivement été ancré l'hiver précédent dans le même havre de Blainville-sur-Mer mais à un autre point GPS pour garantir sa sécurité compte tenu de ses caractéristiques ;

- sur les trois bateaux présents dans le havre de Blainville-sur-Mer en hiver seul celui-ci a fait l'objet d'une suspicion d'abandon et d'un avis de recherche de propriétaire alors même que des échanges avaient eu lieu avec l'agent assermenté de la DDTM de sorte qu'il est porté atteinte au principe d'égalité ;

- il n'a pas été porté atteinte à l'intégrité du domaine public maritime ;

- le bateau n'était pas en hivernage pour entretien.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2023, M. G F qui ne conteste pas avoir ancré le catamaran dont il était co-propriétaire dans le havre de Blainville-sur-Mer conclut à la relaxe.

Il fait valoir que :

- il n'est plus co-propriétaire du bateau depuis le 5 avril 2023 ;

- le bateau est mis à l'abri chaque hiver, sauf en 2020, dans le havre de Blainville-sur-Mer depuis 1997 où il arrive en septembre/octobre lors d'une grande marée et repart en mars/avril ;

- il n'est contrevenu à aucune interdiction d'y jeter l'ancre ;

- cela n'a jamais posé de difficulté ni à la commune ni aux services préfectoraux ;

- contrairement à ce qu'affirme l'agent assermenté aucune installation de corps mort n'a été mise en place ;

- le navire n'a jamais été laissé à l'abandon par ses propriétaires ;

- l'utilisation du mouillage habituel du bateau présente un risque d'échouement élevé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2023, M. I D qui ne conteste pas avoir ancré le catamaran dont il est co-propriétaire dans le havre de Blainville-sur-mer conclut à la relaxe.

Il fait valoir que :

- le bateau n'était pas en hivernage pour entretien ;

- le bateau n'était pas non plus échoué ;

- les cartes du service hydrographique et océanique de la marine ne font état d'aucune interdiction de mouillage ;

- le mouillage habituel du bateau est dans une zone particulièrement dangereuse lors des tempêtes d'Ouest qui n'est pas considérée comme un abri par les instructions nautiques du service hydrographique de la marine ;

- la convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer conclue à Londres le 1er janvier 1974 garantit le droit d'abriter un voilier avant des tempêtes pour protéger l'environnement d'éventuels échouements et de la destruction dudit navire.

Vu :

- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 27 février 2023 pour mouillage sans autorisation et occupation sans titre du domaine public maritime ;

- les notifications à M. H, M. F, M. D et M. B du procès-verbal, comportant invitation à produire une défense écrite ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale de 1974 pour la sauvegarde de la vie humaine en mer ;

- le code pénal ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.

La présidente du tribunal a désigné Mme E en application de l'article L. 774-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,

- et les observations de M. H, en présence de M. B qui n'a pas souhaité s'exprimer.

Considérant ce qui suit :

Sur l'action publique :

1. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. () ". Aux termes de l'article L. 2132-3 du même code : " Nul ne peut bâtir sur le domaine public maritime ou y réaliser quelque aménagement ou quelque ouvrage que ce soit sous peine de leur démolition, de confiscation des matériaux et d'amende. / Nul ne peut en outre, sur ce domaine, procéder à des dépôts ou à des extractions, ni se livrer à des dégradations. ". Aux termes de l'article L. 2132-2 du même code : " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1. / Elles sont constatées, poursuivies et réprimées par voie administrative. ". Aux termes de l'article L. 2132-26 du même code : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal (). ". Aux termes de l'article 131-13 du code pénal : " () le montant de l'amende est le suivant : () / 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la cinquième classe montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention constitue un délit ".

2. Ces dispositions définissent les infractions propres au domaine public maritime naturel dont la constatation justifie que les autorités chargées de la conservation de ce domaine engagent, après avoir cité le contrevenant à comparaître, des poursuites conformément à la procédure de contravention de grande voirie prévue par les articles L. 774-1 à L. 774-13 du code de justice administrative. Dans le cadre de cette procédure, le contrevenant peut être condamné par le juge, au titre de l'action publique, à une sanction pénale consistant en une amende ainsi que, au titre de l'action domaniale et à la demande de l'administration, à remettre lui-même les lieux en état en procédant à la destruction des ouvrages construits ou maintenus illégalement sur la dépendance domaniale ou à l'enlèvement des installations. Si le contrevenant n'exécute pas les travaux dans le délai prévu par le jugement, l'administration peut y faire procéder d'office, si la loi le prévoit ou si le juge l'a autorisée à le faire. La personne qui peut être poursuivie pour contravention de grande voirie est, soit celle qui a commis ou pour le compte de laquelle a été commise l'action qui est à l'origine de l'infraction, soit celle sous la garde de laquelle se trouvait l'objet qui a été la cause de la contravention. Aucune disposition applicable aux contraventions de grande voirie ne permet au juge administratif, dès lors qu'il a constaté la matérialité de ces infractions, de dispenser leur auteur de la condamnation aux amendes prévues par les textes et non frappées de prescription. Eu égard au principe d'individualisation des peines, il lui appartient cependant de fixer, dans les limites prévues par les textes applicables, le montant des amendes dues compte tenu de la gravité de la faute commise, qu'il apprécie au regard de la nature du manquement et de ses conséquences. Il ne saurait légalement condamner plusieurs prévenus solidairement au paiement de la même amende.

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la présence au mouillage, sans autorisation préalable, du catamaran " IMAG'IN CH " a été constatée, le 14 février 2023, au lieu-dit " Le havre de Blainville " situé sur le territoire de la commune de Blainville-sur-Mer, par un agent assermenté de la direction départementale des territoires et de la Mer de la Manche. Selon les énonciations du procès-verbal de contravention de grande voirie qui a été dressé le 27 février 2023, à l'encontre de Messieurs H, D, F et B, co-propriétaires de ce bateau au moment des faits, complétées par un cliché photographique joint à ce procès-verbal, " les installations sur lesquelles ce navire est amarré ne sont pas autorisées et représentent à ce titre une occupation sans titre du domaine public maritime ". Il est constant que le catamaran concerné a mouillé dans le havre de Blainville-sur-Mer durant les périodes hivernales en 2022 et 2023. Si ses co-propriétaires soutiennent que le dispositif de mouillage litigieux serait en réalité l'ancre du navire qui s'est trouvée enterrée et que le bateau n'était pas amarré à un corps mort, cette circonstance n'est pas de nature à les exonérer des poursuites, dès lors qu'ils ne disposaient pas d'un titre d'occupation les autorisant à faire stationner leur bateau sur le domaine public maritime à cet endroit. Ces faits sont constitutifs de la contravention de grande voirie prévue et réprimée par les articles L. 2122-1, L. 2132-2 et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques. Les circonstances qu'ils paieraient un emplacement à l'année à Regnéville-sur-Mer plus exposé aux tempêtes d'Ouest l'hiver, qu'ils ont entendu limiter les risques d'échouement de leur bateau et que le mouillage à l'ancre n'aurait pas porté atteinte à l'intégrité du domaine public sont sans influence sur la matérialité de l'infraction constatée.

4. En deuxième lieu, les co-propriétaires du catamaran ne peuvent utilement se prévaloir des indications des cartes du service hydrographique et océanique de la marine, les moyens tirés de ce qu'ils seraient de bonne foi et n'auraient à leur connaissance enfreint aucune interdiction de mouillage ou limitation de durée de mouillage ne sont pas opérants.

5. En troisième lieu, si les co-propriétaires du catamaran exposent avoir pris l'habitude de mettre leur bateau à l'abri durant l'hiver dans le havre de Blainville-sur-Mer sans que cela n'ait eu de conséquences, ils ne peuvent utilement se prévaloir de l'absence de poursuites antérieures.

6. En quatrième lieu, les moyens tirés de l'atteinte aux principes d'égalité et d'impartialité s'imposant à l'agent verbalisateur au motif que d'autres bateaux n'auraient pas fait l'objet d'une suspicion d'abandon et de procédures en recherche de propriétaires sont inopérants.

7. En cinquième lieu, les co-propriétaires du catamaran ne peuvent utilement se prévaloir des stipulations de la convention internationale de 1974 pour la sauvegarde de la vie humaine en mer applicable aux navires marchands.

8. Dès lors, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de condamner Messieurs H, D, F et B chacun au paiement d'une amende de 500 euros pour les faits susmentionnés.

Sur l'action domaniale :

9. Dès qu'il est saisi par une autorité compétente, le juge doit se prononcer tant sur l'action publique que sur l'action domaniale, que lui soient ou non présentées des conclusions en ce sens. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'occupation illicite du domaine public maritime a pris fin le 21 avril 2023 et que l'infraction constatée n'a porté aucune atteinte à l'intégrité du domaine public maritime. Par suite, l'action domaniale est sans objet.

D E C I D E :

Article 1er : M. H est condamné à payer une amende de 500 euros.

Article 2 : M. D est condamné à payer une amende de 500 euros.

Article 3 : M. F est condamné à payer une amende de 500 euros.

Article 4 : M. B est condamné à payer une amende de 500 euros.

Article 5 : Il n'y a pas lieu de statuer sur l'action domaniale.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Manche pour notification à M. A H, à M. G F, à M. I D et à M. C B dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. E

Le greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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