Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une saisine enregistrée le 27 janvier 2025, le préfet du Calvados, défère M. A... B..., comme prévenu trois contraventions de grande voirie et demande au tribunal au titre de l’action publique de le condamner au paiement d’une amende de 500 euros sur le fondement de l’article L. 5337-5 pour avoir refusé d’obtempérer aux ordres de la capitainerie et au paiement d’amendes sur le fondement des articles L. 5337-1 et R. 5337-1 du code des transports et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques pour avoir pénétré dans le chenal sans autorisation et avoir navigué à vitesse excessive.
Il soutient que les faits du 22 octobre 2024 établis par deux procès-verbaux du 20 novembre 2024 constituent trois contraventions de grande voirie prévues et réprimées par les articles L. 5334-5, L. 5337-1, L. 5337-5 et R. 5333-8, R. 5 337-1 du code des transports, L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques, 8.4 et 32.3 du règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham annexé à l’arrêté conjoint du préfet du Calvados et du président du syndicat mixte ouvert de Ports de Normandie du 21 mars 2024 et par l’article 131-13 du code pénal.
La saisine a été communiquée à M. A... B..., qui n’a pas produit de mémoire.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie n°056/2024 dressé le 20 novembre 2024 pour non-respect des articles R. 5333-8 du code des transports, L. 5334-5 du code des transports, 8.4 du règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham ;
- le procès-verbal de contravention de grande voirie n°055/2024 dressé le 20 novembre 2024 pour non-respect de l’article 32.3 du règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham ;
- la notification des procès-verbaux, comportant invitation à produire une défense écrite ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des transports ;
- le règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham ;
- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.
La présidente du tribunal a désigné Mme C... en application de l’article L.774-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme C... ;
les conclusions de M. Martinez, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Sur l’action publique :
D’une part, aux termes de l’article L. 5337-1 du code des transports : « Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre. (…)». Aux termes de l’article L. 5334-5 du même code : « Dans les limites administratives du port maritime et à l'intérieur de la zone maritime et fluviale de régulation mentionnée à l'article L. 5331-1, tout capitaine, maître ou patron d'un navire, d'un bateau ou de tout autre engin flottant est tenu d'obtempérer aux signaux réglementaires ou aux ordres donnés, par quelque moyen que ce soit, par les officiers de port, officiers de port adjoints ou surveillants de port concernant le mouvement de son navire, bateau ou engin ». Aux termes de l’article L. 5337-5 du même code : « Le fait, pour un capitaine, maître ou patron d'un navire, d'un bateau ou de tout autre engin flottant de ne pas obtempérer aux signaux ou aux ordres conformément aux dispositions de l'article L. 5334-5 est passible d'une amende calculée comme suit : 1° Pour le navire, bateau ou autre engin flottant d'une longueur hors tout inférieure ou égale à 20 mètres : 500 € ;(…). ».
D’autre part, aux termes de l’article R. 5337-1 du code des transports : « Constitue une contravention de grande voirie la violation des interdictions ou le manquement aux obligations prévues par le règlement général de police défini au chapitre III et par les règlements locaux le complétant. / Sauf disposition législative contraire, ces contraventions sont punies de l'amende prévue par le premier alinéa de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques. ». Aux termes de l’article R. 5333-8 du code des transports : « Les officiers de port, officiers de port adjoints et les surveillants de port, agissant au nom de l'autorité investie du pouvoir de police portuaire, autorisent l'accès au port et le départ du port de tous les navires, bateaux et engins flottants. Ils fixent les tirants d'eau admissibles en prenant en compte les informations fournies par l'autorité portuaire sur l'état des fonds et les autres éléments pouvant affecter la navigation. / Ils règlent l'ordre d'entrée et de sortie du port des navires, bateaux et engins flottants. Les officiers de port, officiers de port adjoints et surveillants de port peuvent interdire l'accès du port aux navires, bateaux et engins flottants dont l'entrée serait susceptible de compromettre la sûreté, la sécurité, la santé ou l'environnement ainsi que la conservation ou la bonne exploitation des ouvrages portuaires. / Ils ordonnent et dirigent tous les mouvements des navires, bateaux et engins flottants. Les mouvements des navires, bateaux et engins flottants sont effectués conformément à la signalisation réglementaire. Cependant, les ordres donnés par les officiers de port, officiers de port adjoints et surveillants de port prévalent sur la signalisation. / Les mouvements des navires, bateaux et engins flottants s'effectuent conformément aux usages en matière de navigation et aux ordres reçus, sous la responsabilité de leur capitaine ou patron qui reste maître de la manœuvre et doit prendre les mesures nécessaires pour prévenir les accidents. Ils doivent s'effectuer à une vitesse qui ne soit pas préjudiciable aux autres usagers, aux chantiers de travaux maritimes et de sauvetage, aux passages d'eau, aux quais et appontements et autres installations. / Lorsqu'il entre dans le port et lorsqu'il sort, tout navire arbore, outre les pavillons de signalisation réglementaire, le pavillon de sa nationalité. / L'autorité investie du pouvoir de police portuaire peut imposer aux capitaines l'assistance de services de remorquage et de lamanage ». Aux termes du 4 de l’article 8 du règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham annexé à l’arrêté conjoint du préfet du Calvados et du président du syndicat mixte ouvert de Ports de Normandie du 21 mars 2024 : « Les navires de pêche, les bateaux de plaisance et autres engins flottants ne sont autorisés à faire mouvement sur le plan d’eau que sur autorisation du chef de quart de la vigie de Ouistreham. ». L’article 32 de ce même règlement limite la vitesse à 7 nœuds à l’intérieur des limites administratives du port de Caen Ouistreham à l’exception de la base de vitesse et de trois zones dont celle de l’avant-port entre les écluses de Ouistreham et la limite nord de la zone d’évitage, comme le précise le point 3, où la vitesse est réduite à 5 nœuds.
Enfin aux termes de l’article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : « Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal (…) ». Aux termes de l’article 131-13 du code pénal : « (…) Le montant de l’amende est le suivant : (…) / 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5ème classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention est un délit ».
Il résulte de l’instruction que M. A... B..., est propriétaire d’un navire à moteur baptisé « Kairos II », d’une longueur de 11, 61 mètres, immatriculé CH G43372, qui est entré dans le chenal du port de Ouistreham le 22 octobre 2024 sans autorisation de la vigie du port et s’est trouvé en entrée dans le chenal du port de Ouistreham à l’arrière du travers tribord du Ferry « Mont Saint Michel » qui arrivait au port. En dépit ordres de l’officier de port lui intimant par VHF de ne pas engager la manœuvre d’évitage pour l’accostage du ferry et de le laisser manœuvrer, le « Kairos II » est passé sur le tribord du ferry entre celui-ci et sa place à quai, l’obligeant à modifier sa manœuvre d’accostage, et a outrepassé la vitesse limitée à cinq nœuds à cet endroit pour atteindre les vingt-huit nœuds en contravention avec les dispositions précitées du code des transports et du règlement particulier de police applicable au port de Caen Ouistreham. Ces faits ont été constatés par les procès-verbaux de contravention de grande voirie dressés le 20 novembre 2024 par l’officier de port adjoint de la capitainerie du port de Caen-Ouistreham.
En premier lieu, si M. B... a fait valoir devant le préfet du Calvados qu’il a signalé sa présence et adressé plusieurs appels pour annoncer son arrivée, il reconnait être entré et s’être dirigé vers l’appontement d’attente sans y avoir été autorisé. Ce fait établi par procès-verbal est constitutif d’une première contravention de grande voirie prévue et réprimée par les articles L. 5337-1, R. 5333-8 et R. 5337-1 du code des transports et 8.4 du règlement particulier de police du port de Caen Ouistreham et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques.
En deuxième lieu, M. B... a reconnu devant le préfet du Calvados être entré en même temps que le ferry dans le chenal et, dans son empressement à pénétrer dans le chenal pour ne pas arriver en retard à un rendez-vous, avoir serré à tribord pour passer à temps. Il ne conteste pas le fait établi par procès-verbal d’avoir excédé la vitesse autorisée qui est constitutif d’une deuxième contravention de grande voirie prévue et réprimée par les articles L. 5337-1, R. 5337-1 du code des transports et R. 32.3 du règlement particulier de police de Caen-Ouistreham et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques.
En troisième lieu, M B... a soutenu devant le préfet du Calvados n’avoir pas pu entendre les ordres de l’officier de port lui intimant de ne pas engager la manœuvre d’évitage en l’absence de contact radio avec la capitainerie sans toutefois apporter la preuve de ces allégations allant à l’encontre des faits établis par procès-verbal selon lesquels ces ordres lui ont été adressés par VHF et qu’il n’y a pas obtempéré. Ces faits constitutifs d’une troisième contravention de grande voirie prévue et réprimée par les articles L. 5337-1, L. 5334-5, R. 5333-8, R. 5337-1 du code des transports et 8.4 du règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques, sont par suite établis.
En quatrième lieu, lorsqu’il retient la qualification de contravention de grande voirie s’agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d’infliger une amende au contrevenant. Alors même que les dispositions précitées ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences.
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, compte tenu de la gravité des manquements et de leurs conséquences sur les conditions d’accostage du ferry et les risques engendrés pour la sécurité de la navigation, de condamner M. B... à payer à l’Etat une première amende de 500 euros pour être entré dans le chenal et avoir circulé sans autorisation préalable, puis une deuxième amende de 500 euros pour ne pas avoir respecté les ordres de la capitainerie et une troisième amende de 500 euros pour avoir excédé la vitesse de circulation autorisée.
Sur l’action domaniale :
Dès qu’il est saisi par une autorité compétente, le juge doit se prononcer tant sur l’action publique que sur l’action domaniale, que lui soient ou non présentées des conclusions en ce sens.
En l’espèce, il résulte de l’instruction que l’infraction constatée n’a porté aucune atteinte à l’intégrité du domaine public portuaire, ni entrainé une occupation illicite du domaine public à laquelle il conviendrait de mettre un terme. Par suite, l’action domaniale est sans objet.
D E C I D E :
Article 1er : M. A... B..., est condamné à payer trois amendes de 500 euros, soit un montant total de 1 500 euros.
Article 2 : Il n’y a pas lieu de statuer sur l’action domaniale.
Article 3 : Le présent jugement sera adressé au préfet du Calvados pour notification à M. A... B..., dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La magistrate désignée,
Signé
Mireille C...
La greffière,
Signé
Mélanie COLLET
La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Mélanie Collet