Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une saisine et un mémoire, enregistrés les 27 janvier 2025 et 4 juillet 2025, le préfet du Calvados, défère au tribunal, en tant que prévenue d’une contravention de grande voirie, la société Humann et Taconet, pour ne pas avoir respecté son obligation de nettoyer les quais, et demande au tribunal, au titre de l’action publique, de condamner la société Humann et Taconet au paiement d’une amende de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 5337-1 et R. 5337-1 du code des transports et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques.
Il soutient qu’il a été constaté, le 28 décembre 2024, que du blé était présent en quantité sur le quai et le liston du Poste F1 du quai de Blainville au port de Ouistreham-Caen-la-Mer au-delà du délai de vingt-quatre heures après le départ du navire « Fédéral Hudson » qui, sous la responsabilité de la société Humann et Taconet, est venu se charger en blé lors de son escale du 16 au 19 décembre 2024 et a méconnu l’article 18 du règlement particulier de police du port de Caen Ouistreham qui met à la charge des navires le nettoyage des quais au plus tard vingt-quatre heures après leur départ.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2025, la Humann et Taconet conclut à la relaxe.
Elle fait valoir que :
elle n’avait pas d’intention de méconnaitre cette obligation de nettoyage qu’elle n’assume pas habituellement dès lors que le silo s’en charge ;
il n’est pas établi que la salissure du quai lui soit entièrement imputable, dès lors que d’autres bateaux ont accosté durant la période en litige ;
elle ne dispose pas de la liste des entreprises habilitées à nettoyer ce quai en dépit de la demande qu’elle en a faite à la chambre de commerce et d’industrie ;
la chambre de commerce et d’industrie est habilitée à nettoyer le quai et les défenses selon la capitainerie ;
aucun matériel n’est mis à disposition pour procéder au nettoyage ;
le 23 janvier 2025 elle a organisé avec ses confrères une opération de nettoyage des défenses prévue le 31 janvier 2025 qui n’a pas pu avoir lieu et a partagé avec les agents maritimes locaux au sujet de l’application de la règle du nettoyage dans les vingt-quatre heures dont l’application s’est révélée difficile en raison du manque de disponibilité des entreprises de nettoyage ;
l’application de l’article 18 du règlement de police du port de Caen Ouistreham est difficilement réalisable en raison de nombreux aléas, matériels et climatiques et humains.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie N° 063/2024, dressé le 2 janvier 2025, pour non-respect de l’article 18 du règlement de police du port de Caen Ouistreham ;
- le certificat constatant la notification du procès-verbal, comportant invitation à produire une défense écrite ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des transports ;
- le règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham ;
- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.
La présidente du tribunal a désigné Mme A... en application de l’article L.774-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme A... ;
les conclusions de M. Martinez, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Sur l’action publique :
D’une part, aux termes de l’article L. 5335-2 du code des transports : « Il est interdit de porter atteinte au bon état et à la propreté du port et de ses installations, notamment de jeter dans les eaux du port tous déchets, objets, terre, matériaux ou autres ». Aux termes de l’article L. 5337-1 du même code : « Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre. (…)». Aux termes de l’article R. 5337-1 du même code : « Constitue une contravention de grande voirie la violation des interdictions ou le manquement aux obligations prévues par le règlement général de police défini au chapitre III et par les règlements locaux le complétant. / Sauf disposition législative contraire, ces contraventions sont punies de l'amende prévue par le premier alinéa de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques. ». Aux termes de l’article R. 5333-18 du même code : « Lorsque les opérations de déchargement ou de chargement sont terminées, le revêtement du quai devant le navire, bateau ou engin flottant sur une largeur de vingt-cinq mètres et sur toute la longueur du navire, bateau ou engin flottant augmentée de la moitié de l'espace qui le sépare des navires, bateaux ou engins flottants voisins sans obligation de dépasser une distance de vingt-cinq mètres au-delà des extrémités du navire, bateau ou engin flottant doit être laissé propre ». Aux termes de l’article 18 de l’arrêté du conjoint du préfet du Calvados et du président du syndicat mixte ouvert de Ports de Normandie du 21 mars 2024 portant règlement particulier de police du port de Caen Ouistreham : « Nettoyage des quais et terre-pleins / Rappel des dispositions de l’article R. 5333-18 du code des transports (…) / Dispositions particulières au port de Caen Ouistreham : / 1. Une attention particulière sera portée eu nettoyage des quais après chargement ou déchargement de toute marchandise ou matériel. / (…) / A l’issue d’une escale, le nettoyage des quais, à la charge du navire, doit être réalisé au plus tard 24 heures ouvrées après le départ du navire. ».
D’autre part, aux termes de l’article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : « Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal (…) ». Aux termes de l’article 131-13 du code pénal : « (…) Le montant de l’amende est le suivant : (…) / 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5ème classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention est un délit ».
Il résulte de l’instruction que le navire « Fédéral Hudson » a stationné du 16 décembre 2024 au 19 décembre 2024 au terminal commercial de Blainville au poste F1 du quai Henri Spriet pour y faire le plein de blé. Au cours de cette escale, il était sous la responsabilité de la société Humann et Taconet. Aprés le départ de ce bateau, le 28 décembre 2024 à 15 heures, l’officier de port adjoint a constaté que le poste F1 du quai Henri Spriet à Blainville demeurait jonché de blé. Ces faits imputés la société Humann et Taconet, en sa qualité de représentant du navire « Fédéral Hudson », et révélant le non-respect de l’obligation de nettoyer les quais qui lui était impartie dans le délai de vingt-quatre heures après le départ du navire à l’issue de son escale, sont constitutifs d’une contravention de grande voirie, il en a été dressé procès-verbal par un agent assermenté le 2 janvier 2025.
En premier lieu, la société Humann et Taconet ne conteste pas l’absence de nettoyage du quai après les opérations de chargement en blé du navire placé sous sa responsabilité, ni s’être abstenue de procéder aux opérations de nettoyage dans les vingt-quatre heures qui ont suivi le départ du navire, or ce sont ces faits qui constituent l’infraction à l’article 18 du règlement particulier de police du port de Caen Ouistreham et qui donnent lieu aux poursuites pour contravention de grande voirie diligentées contre elle. La circonstance que le « Fédéral Hudson » n’est pas le seul navire dont les opérations de chargement auraient pu contribuer à joncher le quai de blé en décembre 2025, est dès lors sans incidence sur la commission de l’infraction qui lui est reprochée et n’est pas de nature à la décharger de la contravention de grande voirie qui lui est infligée.
En deuxième lieu, lorsque le juge administratif est saisi d’un procès-verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement relaxer le contrevenant des poursuites engagées à son encontre, ou le décharger de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public, qu’au cas où ce dernier produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.
En se bornant à affirmer que la mise en œuvre de l’obligation de nettoyage telle qu’elle résulte de l’article 18 du règlement particulier de police du port de Caen Ouistreham est difficile à mettre en œuvre, que la chambre de commerce et d’industrie serait habilitée à le faire, ne met pas de matériel à disposition et n’indique pas le nom des entreprises habilitées, que les disponibilités des entreprises ne sont pas certaines et que divers aléas gênent l’organisation de ces opérations, la société Humann et Taconet n’établit pas qu’elle en aurait été empêchée par un cas de force majeure ou par un fait imputable à l’administration assimilable à un cas de force majeure.
En troisième lieu, si la société Humann et Taconet invoque sa bonne foi, en faisant valoir qu’elle n’avait pas connaissance de ce que le nettoyage du quai n’avait pas été fait après le chargement dès lors que l’agent de la société Agrial qui y procède habituellement était en congés, toutefois ce moyen doit être écarté, dès lors que l'absence d'élément intentionnel ne constitue pas une cause d'exonération.
Lorsqu’il retient la qualification de contravention de grande voirie s’agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d’infliger une amende au contrevenant. Alors même que les dispositions précitées ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, compte tenu de la gravité du manquement mais aussi de son absence de conséquence dommageable, de condamner la société Humann et Taconet à payer à l’Etat une amende de 1 500 euros pour les faits susmentionnés de non-respect de l’obligation de nettoyer les quais.
Sur l’action domaniale :
Dès qu’il est saisi par une autorité compétente, le juge doit se prononcer tant sur l’action publique que sur l’action domaniale, que lui soient ou non présentées des conclusions en ce sens.
En l’espèce, il résulte de l’instruction que le quai a été nettoyé dans la semaine du 6 janvier 2025. Par suite, l’action domaniale est sans objet.
D E C I D E :
Article 1er : La société Humann et Taconet est condamnée à payer une amende de 1 500 euros.
Article 2 : Il n’y a pas lieu de statuer sur l’action domaniale.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet du Calvados pour notification à la société Humann et Taconet dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La magistrate désignée,
Signé
Mireille A...
La greffière,
Signé
Mélanie COLLET
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Mélanie Collet