Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une saisine et un mémoire, enregistrés le 31 janvier 2025 et le 28 mars 2025, le président du conseil départemental du Calvados, défère M. C... A..., comme prévenu d’une contravention de grande voirie et demande au tribunal, au titre de l’action publique, de condamner M. A... à une peine d’amende contraventionnelle de 5ème classe et, au titre de l’action domaniale, de lui enjoindre de déplacer son bateau, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir.
Il soutient qu’il a été constaté, d’abord le 29 novembre 2022, puis le 5 juillet 2024, que le navire « Maëline », appartenant à M. A..., était stationné, sans droit ni titre, dans le chenal de la Dive du port départemental de Dives-Cabourg-Houlgate, sans que l’intéressé ait pris les mesures nécessaires pour l’enlèvement du bateau malgré la mise en demeure qui lui a été adressée par le département du Calvados le 1er octobre 2024 ; qu’ont ainsi été méconnus les articles L. 5335-4 du code des transports et L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques ; que les circonstances que M. A... aurait acquis ce navire dans le cadre d’une association venant en aide aux personnes défavorisées et qu’il n’en serait plus propriétaire pour l’avoir cédé à un tiers en mars 2020 sont sans incidence dès lors qu’en l’absence d’enregistrement de cette cession le bateau est demeuré sous sa garde.
Par un mémoire en défense, enregistré 14 mars 2025, M. C... A... conclut à la relaxe et à la décharge de l’obligation de déplacer le navire.
Il fait valoir qu’il a cédé gracieusement ce navire à un tiers en mars 2020 et qu’il a tenté de contacter celui-ci, ressortissant étranger, qui avait la charge de procéder aux formalités d’enregistrement et que ce bateau a été acquis dans le cadre d’une association de bienfaisance qu’il préside.
Par une ordonnance du 18 mars 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 10 avril 2026.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 29 novembre 2022 pour occupation illégale du domaine public maritime en méconnaissance l’article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques et constatant une entrave prolongée à l’exercice des activités portuaires ;
- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 5 juillet 2024 pour occupation illégale du domaine public maritime en méconnaissance l’article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques et constatant une entrave prolongée à l’exercice des activités portuaires ;
- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 21 octobre 2024 pour occupation illégale du domaine public maritime en méconnaissance l’article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques et constatant une entrave prolongée à l’exercice des activités portuaires ;
- la notification du procès-verbal du 5 juillet 2024, comportant invitation à produire une défense écrite et mise en demeure de déplacer le navire ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.
La présidente du tribunal a désigné Mme D... en application de l’article L.774-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme D... ;
- les conclusions de M. Martinez, rapporteur public ;
- et les observations de M. B... représentant le président du conseil départemental du Calvados qui précise que le bateau occupe toujours illégalement le domaine public.
Considérant ce qui suit :
Sur l’action publique :
D’une part, aux termes de l’article L. 5337-1 du code des transports : « Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre. (…)». Aux termes de l’article R. 5337-1 du code des transports : « Constitue une contravention de grande voirie la violation des interdictions ou le manquement aux obligations prévues par le règlement général de police défini au chapitre III et par les règlements locaux le complétant. / Sauf disposition législative contraire, ces contraventions sont punies de l'amende prévue par le premier alinéa de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques. ». L’article L. 5335-4 du même code interdit de laisser séjourner sur les quais, terre-pleins et dépendances d'un port maritime au-delà du délai prévu par le règlement général de police ou, si le délai prévu est plus long, par le règlement particulier, tous véhicules, objets, matériaux ou autres, dès lors qu'ils stationnent ou ont été déposés sans autorisation sur les quais, terre-pleins et dépendances d'un port maritime. Aux termes de l’article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : « Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. / (…) ».
D’autre part, aux termes de l’article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : « Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal (…) ». L’article L. 2132-27 du même code précise que les sanctions des occupants sans titre d’une dépendance du domaine public qui se commettent chaque journée peuvent donner lieu au prononcé d'une amende pour chaque jour où l'occupation est constatée, lorsque cette occupation sans titre compromet l'accès à cette dépendance, son exploitation ou sa sécurité. Aux termes de l’article 131-13 du code pénal : « (…) Le montant de l’amende est le suivant : (…) / 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5ème classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention est un délit ».
Il résulte de l’instruction que M. C... A..., est propriétaire d’un bateau de plaisance de type voilier dénommé « Maëline », qui était stationné, sans droit ni titre, dans le chenal de la Dive du port départemental de Dives-Cabourg-Houlgate, depuis le 28 novembre 2022 jusqu’au 21 octobre 2024 sans que l’intéressé ait pris les mesures nécessaires pour l’enlèvement du bateau en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée par le président du conseil départemental du Calvados le 1er octobre 2024, en contravention avec les dispositions de l’article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques. Ces faits constatés par procès-verbaux de contravention de grande voirie dressés les 29 novembre 2022, 5 juillet 2024 et 21 octobre 2024 par le surveillant de port, et dont la matérialité n’est pas contestée, sont constitutifs d’une contravention de grande voirie prévue et réprimée par les articles par les articles L. 5337-1, L. 5335-4 du code des transports, L. 2122-1, L. 2132-26 et L. 2132-27 du code général de la propriété des personnes publiques.
En premier lieu, la personne, qui peut être poursuivie pour contravention de grande voirie, est soit celle qui a commis ou pour le compte de laquelle a été commise l’action qui est à l’origine de l’infraction, soit celle sous la garde de laquelle se trouvait la chose qui a été la cause du dommage.
M. A... se borne à affirmer d’une part ne plus avoir la garde du bateau « Maëline » pour l’avoir cédé gracieusement à un tiers en mars 2020, il n’établit toutefois pas la réalité de cette cession et d’autre part avoir acquis ce bateau en qualité de président de l’association Anatom’s, sans toutefois établir que le bateau serait sous la garde de cette personne morale. M. A... doit, par suite, être regardé comme ayant conservé la garde de ce bateau et peut être poursuivi à ce titre.
En second lieu, lorsqu’il retient la qualification de contravention de grande voirie s’agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d’infliger une amende au contrevenant. Alors même que les dispositions précitées ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, compte tenu de la gravité du manquement marqué par la durée prolongée du stationnement du bateau dans le chenal et la gêne qu’il occasionne au bon fonctionnement des installations portuaires, de condamner M. A... à payer à l’Etat une amende de 1 500 euros pour avoir occupé sans autorisation le domaine public maritime.
Sur l’action domaniale :
Lorsqu'il qualifie de contravention de grande voirie des faits d'occupation irrégulière d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, saisi d'un procès-verbal accompagné ou non de conclusions de l'administration tendant à l'évacuation de cette dépendance, d'enjoindre au contrevenant de libérer sans délai le domaine public et, s'il l'estime nécessaire et au besoin d'office, de prononcer une astreinte.
M. A... ne justifie d’aucune autorisation pour occuper le domaine public maritime. A la date de la présente décision, il n’a pas procédé au retrait de son bateau du chenal de la Dive du port départemental de Dives-Cabourg-Houlgate. Il devra réaliser ce retrait dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. A l’expiration de ce délai, l’administration sera autorisée à procéder d’office à ces opérations aux frais et risques du contrevenant.
D E C I D E :
Article 1er : M. A..., est condamné à payer une amende de 1 500 euros.
Article 2 : M. A... devra procéder, s’il ne l’a déjà fait, à l’enlèvement de son bateau du domaine public maritime dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Article 3 : Le présent jugement sera adressé au président du conseil départemental du Calvados pour notification à M. C... A..., dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La magistrate désignée,
Signé
Mireille D...
La greffière,
Signé
Mélanie COLLET
La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Mélanie Collet