vendredi 28 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2403252 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BREY CÉLINE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 septembre 2024 et 14 février 2025 sous le n° 2403252, Mme I F, représentée par Me Brey, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 août 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisée à résider en France au titre de l'asile, a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une attestation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme F soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que, d'une part, elle a vainement demandé au préfet de lui communiquer l'arrêté du 14 août 2024 et, d'autre part, l'arrêté attaqué a été produit par le préfet ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour est entachée d'une erreur de droit, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, en outre, est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en outre, est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision lui accordant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant les décisions de refus de séjour et d'éloignement, d'un défaut d'examen particulier de sa situation, méconnait les dispositions des articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en outre, est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme F le versement d'une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le préfet de la Côte-d'Or soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que Mme F, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 412-1 du code de justice administrative, n'a pas transmis la décision qu'elle entend attaquer ;
- les moyens invoqués par Mme F ne sont pas fondés.
Par une décision du 7 octobre 2024, Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 septembre 2024 et 14 février 2025 sous le n° 2403374, M. G, représenté par Me Brey, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 août 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisé à résider en France au titre de l'asile et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une attestation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- la décision refusant de l'autoriser à résider en France est entachée d'une erreur de droit, d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et, en outre, est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision refusant de l'autoriser à résider en France et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant les " décisions de refus de séjour " et d'éloignement, est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, méconnait les dispositions des articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en outre, est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. D le versement d'une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le préfet de la Côte-d'Or soutient que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.
Par une décision 21 octobre 2024, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boissy,
- et les observations de Me Brey, représentant Mme F et M. D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F et M. D, ayant tous les deux la nationalité brésilienne et angolaise et nés respectivement en 1988 et 1982, sont entrés irrégulièrement en France, le 21 octobre 2022, accompagnés de leurs deux enfants. Les intéressés ont présenté des demandes d'asile qui ont été successivement rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 18 janvier 2023 et 9 janvier 2024. Mme F a alors présenté, le 2 février 2024, une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 14 août 2024, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté la demande de titre de séjour de Mme F, a refusé d'autoriser M. D à résider en France au titre de l'asile et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. Par des requêtes nos 2403252 et 2403374, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, Mme F et M. D demandent l'annulation de ces arrêtés du 14 août 2024.
Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Mme F et M. D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions des 7 et 21 octobre 2024, leurs conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
3. Par un arrêté du 18 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 22 janvier 2024, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. Johann Mougenot, secrétaire général de la préfecture et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme A C, sous-préfète, secrétaire générale adjointe de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. E n'aurait pas été absent ou empêché le 14 août 2024. Par suite, les moyens tirés de ce que Mme C n'était pas compétente pour signer les arrêtés attaqués manquent en fait et doivent être écartés pour ce motif.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision de refus de séjour opposée à Mme F :
4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or, qui a notamment fait mention de l'avis motivé émis, le 24 juin 2024, par un collège de trois médecins identifiés de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui s'est réuni pour évaluer collégialement l'état de santé de l'intéressée, aurait omis de procéder à un examen personnalisé de la situation de Mme F avant de statuer sur sa demande de titre de séjour, laquelle a été examinée avant le prononcé de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et du défaut d'examen doivent être écartés.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
6. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect du secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et d'établir l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi et de la possibilité pour l'intéressé d'y accéder effectivement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. L'avis du collège des médecins de l'OFII indique que si l'état de santé de Mme F nécessite une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. L'administration doit ainsi être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Les seuls éléments versés au dossier, et en particulier les certificats médicaux produits le 14 février 2025, ne sont en l'espèce pas de nature à renverser la présomption qui s'attache à l'avis du collège des médecins du service médical de l'OFII. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté. Le préfet de la Côte-d'Or n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision refusant d'autoriser M. D à résider en France au titre de l'asile :
8. Dans le cas où le préfet se borne à rejeter une demande d'autorisation de séjour présentée uniquement au titre de l'asile, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un titre à l'intéressé, ce dernier ne peut pas utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée.
9. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 14 août 2024 que le préfet de la Côte-d'Or a uniquement refusé d'autoriser M. D à résider sur le territoire français au titre de l'asile en conséquence du rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA et la CNDA. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit, du défaut d'examen particulier, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont inopérants et doivent être écartés pour ce motif.
En ce qui concerne les moyens propres aux décisions portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, la décision refusant de délivrer à Mme F un titre de séjour et la décision refusant d'autoriser M. D à résider en France n'étant pas entachées d'illégalité, les moyens invoqués par la voie de l'exception à l'encontre des décisions d'éloignement, tirés de l'illégalité de ces décisions, doivent être écartés.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Mme F fait valoir que son retour au Brésil ou en Angola risquerait d'aggraver son état de santé ainsi que ses " troubles post-traumatiques ". Toutefois, tout d'abord, ainsi qu'il a été exposé au point 7, l'état de santé de l'intéressée ne justifie pas la délivrance d'un titre de séjour dès lors que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Mme F n'établit pas davantage la réalité des " troubles post-traumatiques " dont elle se prévaut. Ensuite, les requérants n'apportent aucun élément de nature à établir qu'ils seraient significativement insérés personnellement, socialement ou professionnellement en France. Par ailleurs, les requérants se trouvent dans la même situation administrative et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale, composée également de leurs trois enfants mineurs, se reconstitue au Brésil, pays dont ils ont la nationalité et dans lequel ils n'établissent pas être dépourvus d'attaches familiales ou personnelles. Enfin, leur demande d'asile ayant été successivement rejetée par l'OFPRA et la CNDA, ainsi qu'il a été dit au point 1, Mme F et M. D ne disposent plus du droit de se maintenir en France. Dans ces circonstances, les décisions d'éloignement n'ont pas porté au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Le préfet de la Côte-d'Or n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle des intéressés.
13. En troisième lieu, la décision obligeant Mme F à quitter le territoire français n'ayant pas, par elle-même, pour objet de renvoyer l'intéressée au Brésil, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
15. La décision obligeant M. D à quitter le territoire n'implique pas, compte tenu notamment de ce qui a été dit au point 12, que les enfants soient séparés de leur père. Le requérant n'établit pas davantage que ses enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité au Brésil. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit par suite être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres aux décisions fixant un délai de départ volontaire :
16. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".
17. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 7 et 12 et dès lors que les requérants ne font valoir aucune circonstance particulière ou impératif médical, le préfet de la Côte-d'Or, en leur accordant un délai de départ volontaire de trente jours, lequel est toujours susceptible de faire l'objet d'une décision de prolongation selon les circonstances propres à la situation des intéressés, n'a pas entaché ses décisions fixant un délai de départ volontaire d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne les moyens propres aux décisions fixant le pays de renvoi :
18. En premier lieu, les décisions de refus de séjour, de refus d'autorisation de résidence et d'éloignement n'étant pas entachées d'illégalité, les moyens invoqués par la voie de l'exception à l'encontre des décisions fixant le pays de renvoi, tirés de l'illégalité de ces décisions, doivent être écartés.
19. En deuxième lieu, il ne résulte ni des termes des décisions attaquées ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet aurait omis de procéder à l'examen particulier de la situation des requérants avant de prendre les décisions en litige.
20. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
21. Mme F et M. D, dont les demandes d'asile ont été rejetées par l'OFPRA et la CNDA, n'établissent pas, par les seuls arguments qu'ils exposent, la réalité ou l'actualité des risques qu'ils seraient, selon eux, susceptibles d'encourir en cas de retour au Brésil. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. A défaut d'argumentation spécifique, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, en tout état de cause, être écartés pour les mêmes motifs.
22. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 13, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
23. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F et M. D doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme F et M. D doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil des requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
26. Le préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat et ne justifie pas avoir exposé des frais spécifiques à l'occasion de l'instance, n'est pas fondé à demander qu'une somme soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme F et M. D à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions présentées par les parties sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme I F, à M. H D, au préfet de Côte-d'Or et à Me Brey.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 20 février 2025 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2025.
L'assesseure la plus ancienne,
M. DesseixLe président,
L. Boissy
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Nos 2403252, 2403374
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA01283
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA01974
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA02326
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA02620
08/04/2026