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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303606

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303606

vendredi 11 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303606
TypeDécision
Formation3ème chambre
Avocat requérantBELAÏCHE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes annule la décision du 2 juin 2023 par laquelle la préfète de Vaucluse a rejeté la demande de regroupement familial de M. A pour son fils mineur. Le tribunal juge que la préfète s'est estimée à tort liée par le seul non-respect de la condition de ressources prévue à l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans examiner l'atteinte au droit à la vie familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme) ni l'intérêt supérieur de l'enfant (article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant). La solution retenue est l'annulation de la décision pour erreur de droit.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 septembre 2023 et 12 février 2025, M. B A, représenté par Me Belaïche, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 2 juin 2023 par laquelle la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son fils ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de faire droit à sa demande de regroupement familial dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est estimée liée par le non-respect de la condition de ressources pour rejeter sa demande de regroupement familial et n'a pas examiné sa situation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ses ressources sont suffisantes pour subvenir à ses besoins et à ceux de son fils né en 2019 ;

- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Une mise en demeure a été adressée au préfet de Vaucluse le 6 février 2025 en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 19 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mouret,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant centrafricain né en 1992, s'est vu délivrer une carte de résident, valable du 2 octobre 2018 au 3 octobre 2028, en qualité de réfugié. Il a sollicité, le 2 décembre 2022, le bénéfice du regroupement familial en faveur de son fils né le 11 juin 2019 au Tchad. Par une décision du 2 juin 2023, la préfète de Vaucluse a rejeté cette demande. M. A demande l'annulation pour excès de pouvoir de cette décision du 2 juin 2023.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit. Il lui appartient seulement, lorsque les dispositions citées ci-dessus sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

3. En dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 6 février 2025, le préfet de Vaucluse n'a produit aucun mémoire en défense avant la clôture de l'instruction. Il est donc réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans les écritures de M. A.

Sur la légalité de la décision litigieuse :

4. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille () ".

5. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit du demandeur de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou lorsqu'il est porté atteinte à l'intérêt supérieur d'un enfant tel que protégé par les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

6. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. A au profit de son fils mineur, la préfète de Vaucluse s'est fondée sur le seul motif tiré du caractère insuffisant des ressources de l'intéressé. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas des termes de la décision litigieuse, que la préfète aurait apprécié la situation de M. A au regard des stipulations mentionnées au point précédent alors qu'il lui appartenait de procéder à un examen de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment des incidences de son refus sur la situation du fils mineur de l'intéressé. Dans ces conditions, la préfète de Vaucluse doit être regardée comme s'étant, à tort, estimée liée par le non-respect de la condition fixée par les dispositions citées au point 4 pour rejeter la demande dont elle était saisie. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens qu'il invoque, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de la préfète de Vaucluse du 2 juin 2023.

Sur l'injonction et l'astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de Vaucluse de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial présentée par M. A, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55 %, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 550 euros à Me Belaïche, avocat de M. A, sous réserve que Me Belaïche renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète de Vaucluse du 2 juin 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial présentée par M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Belaïche une somme de 550 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat[0].

Article 4 : Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Vaucluse et à Me Belaïche.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2025.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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