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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305170

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305170

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305170
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 août 2023 et le 25 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Bachet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a retiré sa carte de résident, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre, au préfet de la Haute-Garonne de lui restituer sa carte de résident dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à tout le moins de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant retrait de la carte de résident :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été mise en mesure de formuler des observations dans le cadre de la procédure contradictoire préalable ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est tardive et que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Péan a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine, née le 11 mars 1996, est entrée sur le territoire français le 4 septembre 2021. Elle a obtenu une carte de résident valable du 21 septembre 2021 au 20 septembre 2031 en sa qualité de conjointe d'un ressortissant étranger titulaire d'un titre de séjour. Par un arrêté du 31 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne lui a retiré la carte de résident, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Haute-Garonne qui bénéficie d'une délégation de signature du préfet de ce département du 13 mars 2023, publiée le 15 mars 2023 au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-099 à l'effet de signer notamment les décisions défavorables au séjour, les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le préfet de la Haute-Garonne a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme A, et notamment l'article L. 423-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel était fondé le retrait de la carte de résident qu'elle détenait. Il a également précisé les conditions de son entrée en France, et exposé qu'en l'absence de communauté de vie effective elle ne remplissait plus les conditions pour pouvoir bénéficier d'une carte de résident. Il précise aussi que Mme A n'a fait valoir aucune observation. Dans ces conditions, et alors que le préfet n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante, la décision portant refus de séjour comprend les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée. En application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre de séjour. Et, la décision fixant le pays de renvoi mentionne qu'à l'expiration du délai de départ volontaire Mme A sera reconduite dans le pays dont elle a la nationalité et qu'elle n'établit pas y être exposé à des traitements prohibés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit soulevé à ce titre ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant retrait de la carte de résident :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". L'article L. 211-2 du même code dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Les dispositions de l'article L 121-1 précité du code des relations entre le public et l'administration trouvent à s'appliquer lorsque le préfet décide, d'office, de retirer un titre de séjour.

6. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier recommandé du 22 mars 2023 envoyé à l'adresse communiquée par Mme A aux services de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a informé cette dernière de ce qu'il envisageait de procéder au retrait du titre de séjour dont elle bénéficiait et l'a invitée à présenter ses observations. Il ressort également de l'avis de réception postal produit par le préfet que Mme A, avisée de la mise à disposition de ce pli, ne s'est pas présentée auprès du guichet postal pour le récupérer et qu'il a été retourné, le 18 avril 2023, aux services de la préfecture avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Si Mme A soutient qu'elle ne résidait plus à cette adresse et avoir alerté l'administration de son changement d'adresse par courriel du 1er mars 2023, il ressort du courriel qu'elle produit que c'est l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), et non la préfecture de la Haute-Garonne, qui a été destinataire de ce courriel. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que, le changement d'adresse ayant été porté à la connaissance de l'OFII, le préfet de la Haute-Garonne était réputé en avoir été informé, dès lors que les dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, selon lesquelles : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ", ne visent que la seule hypothèse d'une demande, ce qui n'est pas le cas d'un courriel adressée à un service administratif l'informant d'un changement d'adresse. Mme A ne peut donc être regardée comme établissant avoir prévenu l'administration chargée de statuer sur sa demande de séjour de son changement d'adresse domiciliaire. Dès lors, Mme A, à qui il appartenait en tout état de cause, par application de l'article R. 321-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de signaler à la préfecture un éventuel changement de domicile, n'est pas fondée à se plaindre de ce qu'elle n'a pas réceptionné ce pli et à soutenir que l'arrêté attaqué aurait été pris en méconnaissance des dispositions citées au point 4 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas de rupture de la vie commune ne résultant pas du décès de l'un des conjoints, le titre de séjour qui a été remis au conjoint d'un étranger peut, pendant les trois années suivant l'autorisation de séjourner en France au titre du regroupement familial, faire l'objet d'un retrait ou d'un refus de renouvellement. () ". Aux termes de l'article L. 423-18 du même code : " Lorsque l'étranger a subi des violences familiales ou conjugales et que la communauté de vie a été rompue, l'autorité administrative ne peut procéder au retrait du titre de séjour de l'étranger admis au séjour au titre du regroupement familial et en accorde le renouvellement. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition de Mme A dans le cadre d'un dépôt de plainte à l'encontre de son époux, le 10 février 2023, que l'intéressée indique avoir subi des violences psychologiques depuis son arrivée sur le territoire français et des violences physiques le 21 décembre 2022. Elle fait valoir à ce titre qu'elle a quitté la France le 22 décembre 2022 pour rejoindre sa tante en Espagne où elle a consulté le médecin conseil du consulat de France à Barcelone le 29 décembre 2022 qui a certifié qu'elle présentait deux ecchymoses et un état de stress aigu post traumatique. La requérante produit également deux attestations, l'une établie le 11 août 2023 par une éducatrice spécialisée de l'association " le Touril " et l'autre établie le 16 août 2023 par des membres de l'association " APIAF ", qui précisent qu'elle a été prise en charge par ces associations en raison des faits de violence dont elle serait victime. Toutefois ces éléments sont insuffisants et ne permettent pas de corroborer la réalité des violences conjugales alléguées alors que notamment la plainte du 10 février 2023 a été classée sans suite, faute de caractérisation suffisante de l'infraction. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a fait une inexacte application des dispositions précitées en procédant au retrait de sa carte de résident pour rupture de la vie commune.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. La requérante se prévaut de son intégration sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A est arrivée sur le territoire français le 4 septembre 2021, qu'elle est séparée de son époux et qu'elle est sans charge de famille. Par ailleurs, elle n'est pas dépourvue d'attache familiale dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans et où résident, selon les déclarations qu'elle a effectuées auprès des services de police, sa famille. Si Mme A se prévaut de son inscription à une formation en marketing digital, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine où elle avait validé un diplôme de technicien spécialisé en infographie. Dans ses conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision contestée ne porte pas au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs du refus. Elle ne méconnaît dès lors pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que Mme A n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant retrait de la carte de résident à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 9.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

13. Il résulte de ce qui précède que, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré du défaut de base légale dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi, par la voie de l'exception d'illégalité manque en fait et doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Haute-Garonne, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carthé Mazères, présidente,

Mme Préaud, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La rapporteure,

C. PEAN

La présidente,

I. CARTHE MAZERES

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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