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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406749

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406749

mercredi 5 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406749
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantFRANCOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 novembre 2024 et le 3 février 2025, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme A B, représentée par Me Francos, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an et l'a signalée aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le même délai ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et de la munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

4°) d'enjoindre au préfet du Tarn de retirer l'inscription aux fins de non-admission de la requérante du système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens ainsi qu'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à lui verser directement sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente pour ce faire ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- le dispositif de l'arrêté ne comporte aucun article portant sur sa demande de titre de séjour ; la décision portant refus de séjour est inexistante ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est illégale ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle dépourvue de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2024, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a présenté une demande d'aide juridictionnelle enregistrée le 1er octobre 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Péan,

- et les observations de Me Zemihi, substituant Me Francos, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante géorgienne, est entrée sur le territoire français le 30 septembre 2019, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 6 avril 2020 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 novembre 2020. La demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 29 janvier 2021, ce rejet ayant de nouveau été confirmé par la CNDA le 9 novembre suivant. Par un arrêté du 12 février 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par un jugement du 3 juin 2022, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice a rejeté son recours contre cet arrêté. Le 30 avril 2024, Mme B a déposé une demande de titre de séjour auprès de la préfecture du Tarn au titre du regroupement familial, de la présence d'un membre de famille titulaire du statut de réfugié, en qualité de salarié et au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 17 septembre 2024, le préfet du Tarn a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an et a à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du formulaire de demande de titre de séjour transmis par Mme B aux services de la préfecture du Tarn, que celle-ci a sollicité son admission au séjour au titre du regroupement familial, de la présence d'un membre de famille titulaire du statut de réfugié, en qualité de salarié et de l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il résulte de l'arrêté contesté que le préfet du Tarn n'a examiné la demande de titre de séjour de Mme B que sur le seul fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, en ne se prononçant que partiellement sur la demande de l'intéressée, le préfet du Tarn a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation particulière. Par suite, le moyen d'erreur de droit invoqué sur ce point doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du préfet du Tarn du 17 septembre 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. D'une part, l'annulation prononcée par le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet du Tarn de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de sa notification et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour

des étrangers en France et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction

de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins

de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas () d'extinction du motif de l'inscription. () ".

7. Le présent jugement, qui annule la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, implique l'effacement du signalement de Mme B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Tarn de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement de Mme B dans ce système d'information dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser au conseil de la requérante, sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Francos renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros lui sera versée directement.

9. En revanche, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par Mme B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 17 septembre 2024 du préfet du Tarn est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Tarn de faire procéder à l'effacement des informations concernant l'interdiction de retour sur le territoire français de Mme B dans le système d'information Schengen et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement en la munissant dans l'attente de ce réexamen d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'État versera à Me Francos la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Francos renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à Mme B sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Francos et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,

Mme Préaud, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2025.

La rapporteure,

C. PÉAN

La présidente,

C. VISEUR-FERRÉ La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière

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