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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2101223

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2101223

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2101223
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BIAIS ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 mars 2021, 8 mars, 9 mars et 23 mai 2022 (non communiqué pour ce-dernier), la société Dilmex, représentée par Me Frédéric Biais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2021 par lequel la préfète de la Gironde l'a mise en demeure de régulariser la situation administrative de sa carrière de sable et installation de stockage de déchets non dangereux non inertes située sur le territoire de la commune de Cussac-Fort-Médoc, a édicté des mesures conservatoires et a suspendu le fonctionnement de l'installation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'erreur de fait et d'erreurs d'appréciation dès lors que le site est sécurisé, aucune activité de remblaiement n'a eu lieu, aucun déchet n'est présent sur le site ; si des déchets sont présents sur le site, une telle activité n'est pas exercée depuis plus d'un an ;

- le dossier de cessation d'activités est en cours de réalisation ;

- le délai qui lui est imparti est insuffisant pour se conformer à la mise en demeure, la fragilité de sa situation financière ne lui permet pas de verser l'astreinte fixée à son encontre, un tiers de la carrière peut encore être exploité.

Par des mémoires en défense enregistrés les 18 février et 30 mars 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la société ne peut utilement se prévaloir de la sécurisation du site ;

- aucun des autres moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 31 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 31 mai 2022.

Le tribunal a, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, invité les parties, par courrier du 23 février 2023, à produire une preuve de dépôt d'un dossier de cessation d'activités.

Des pièces produites pour la société Dilmex ont été enregistrées le 1er mars 2023 et communiquées le 3 mars 2023 au préfet de la Gironde.

Des observations sur ces pièces, produites par le préfet de la Gironde, ont été enregistrées le 6 mars 2023 et communiquées le lendemain à la société Dilmex.

Le tribunal a, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, invité la société requérante, par courrier du 7 mars 2023, à produire un calendrier prévisionnel de réalisation du dossier de cessation d'activités et de justifier chaque mois des diligences accomplies.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- l'arrêté du 12 décembre 2014 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations du régime de l'enregistrement relevant de la rubrique n° 2760 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bongrain,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- et les observations de Mmes A et Peguin, représentant le préfet de la Gironde.

Considérant ce qui suit :

1. La société Dilmex, spécialisée en travaux de démolition et terrassement, exploite une carrière à ciel ouvert de grave sur le territoire de la commune de Cussac-Fort-Médoc depuis le 20 février 1995. La société a sollicité le renouvellement de son autorisation d'exploiter le 27 octobre 2011 sans l'obtenir. Par arrêté du 14 octobre 2019, la préfète de la Gironde a mis en demeure la société Dilmex de respecter les dispositions des articles 8.4, 9.1 et 9.2 de l'arrêté du 20 février 1995 et de déposer un dossier de cessation d'activités. Lors d'une visite inopinée, le 26 novembre 2020, l'inspection des installations classées a non seulement constaté que la société Dilmex ne s'était pas conformée à la mise en demeure prononcée le 14 octobre 2019 mais aussi qu'elle exploitait une installation de stockage de déchets inertes (rubrique n°2760-3) sans autorisation. Par un arrêté du 13 janvier 2021, dont la société requérante demande l'annulation, la préfète de la Gironde l'a mise en demeure de régulariser la situation administrative de son installation de stockage de déchets non dangereux non inertes située sur le territoire de la commune de Cussac-Fort-Médoc, a édicté des mesures conservatoires et a suspendu le fonctionnement de l'installation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. / Elle peut, par le même acte ou par un acte distinct, suspendre le fonctionnement des installations ou ouvrages, l'utilisation des objets et dispositifs ou la poursuite des travaux, opérations, activités ou aménagements jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la déclaration ou sur la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification, à moins que des motifs d'intérêt général et en particulier la préservation des intérêts protégés par le présent code ne s'y opposent. / L'autorité administrative peut, en toute hypothèse, édicter des mesures conservatoires aux frais de la personne mise en demeure () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. / Les dispositions du présent titre sont également applicables aux exploitations de carrières au sens des articles L. 100-2 et L. 311-1 du code minier ". Aux termes de l'article L. 511-2 de ce code : " Les installations visées à l'article L. 511-1 sont définies dans la nomenclature des installations classées établie par décret en Conseil d'Etat, pris sur le rapport du ministre chargé des installations classées, après avis du Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques. Ce décret soumet les installations à autorisation, à enregistrement ou à déclaration suivant la gravité des dangers ou des inconvénients que peut présenter leur exploitation ". Aux termes de l'article R. 511-9 du même code : " La colonne " A " de l'annexe au présent article constitue la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ". Aux termes de la rubrique n°2760 : " Installation de stockage de déchets, à l'exclusion des installations mentionnées à la rubrique 2720 : () 3. Installation de stockage de déchets inertes (E) () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 12 décembre 2014 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations du régime de l'enregistrement relevant de la rubrique n° 2760 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement : " Au sens du présent arrêté, on entend par : () " Installation de stockage de déchets inertes " : installation de dépôt de déchets inertes, à l'exclusion des installations de dépôt de déchets où : () - les déchets sont entreposés pour une durée inférieure à un an avant leur transport sur un lieu de stockage définitif () ".

4. Les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 du code de l'environnement, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge de ce contentieux de pleine juridiction de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants et sur l'exécution par ces derniers des mesures dont ils ont été destinataires, au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société Dilmex a été autorisée à exploiter une carrière à ciel ouvert de grave sur le territoire de la commune de Cussac-Fort-Médoc, au lieu-dit " La Lande " pour une durée de quinze ans. La société pétitionnaire n'a pas obtenu le renouvellement de cette autorisation d'exploiter. Plusieurs visites d'inspection ont été effectuées en 2015, 2018 et 2019 au cours desquelles l'absence de remise en état complète et d'élaboration d'un dossier de cessation d'activités ont été constatées. Lors de leur visite du 26 novembre 2020, les inspecteurs de l'environnement ont constaté que l'installation n'était toujours pas ceinte par une clôture efficace ou un autre dispositif équivalent, la clôture étant endommagée en différents endroits notamment à proximité de la voie ferrée. Le rapport du 9 décembre 2020 précise également que le dossier de cessation d'activités de la carrière n'a pas été déposé. Au cours de l'inspection, il a notamment été constaté le remblaiement, sur une hauteur moyenne d'environ deux mètres, d'une partie du site et en particulier une partie du plan d'eau à l'aide de déchets inertes constitués de terres et de gravats (avec d'importants stockages de déchets inertes sur la partie Nord et Est du site au niveau de la voie ferrée et des dégâts au niveau de la végétation située sur la berge du plan d'eau, tel qu'un arbre déraciné) ainsi que de nombreuses traces d'engins de chantier récentes. En outre, les blocs en béton disposés à l'entrée semblent avoir été déplacés afin de permettre aux engins d'accéder à l'installation avant d'être remis en place. Les photographies prises le jour de la visite accréditent l'hypothèse de passages réguliers d'engins de chantier et démontrent l'existence de remblaiement de déchets non inertes, y compris en lieu et place du plan d'eau. Lors d'une nouvelle visite conduite le 9 décembre 2021, l'inspection des installations classées a constaté l'arrêt des activités de remblaiement, l'absence persistante de régularisation des accès aux sites et de transmission d'un dossier de cessation d'activités.

6. S'agissant de la sécurisation des accès au site, il résulte de l'instruction que la société Dilmex a été mise en demeure de se conformer aux articles 9.1 et 9.2 de l'arrêté du 20 février 1995 par un arrêté du 14 octobre 2019. Dès lors, la circonstance, à la supposer avérée, que le site serait sécurisé est sans influence sur la légalité de l'arrêté du 13 janvier 2021 en litige, qui ne porte pas sur les accès au site.

7. S'agissant de l'activité de stockage de déchets inertes, il résulte notamment de ce qui a été dit au point 5 qu'une partie du plan d'eau a été comblée avec des déchets inertes. Ce remblaiement, qui présente manifestement un caractère définitif, ne correspond pas au projet de réaménagement du site, qui prévoit la création d'un grand plan d'eau arboré. Si la société Dilmex soutient que ce dépôt ne peut être regardé comme une activité de stockage dès lors qu'il est présent depuis moins d'un an à la date de l'arrêté en litige, cette circonstance est sans incidence sur la qualification de l'activité exercée compte-tenu du caractère permanent de ce remblaiement. Dans ces conditions, en estimant que la société Dilmex exerçait une activité de stockage de déchets non dangereux (rubrique n°2760-3), la préfète de la Gironde n'a entaché sa décision ni d'erreur de fait, ni d'erreur d'appréciation.

8. Enfin, en l'absence de dépôt d'un dossier de cessation d'activités, la société Dilmex ne s'est pas conformée à la mise en demeure prononcée à son encontre.

9. En second lieu, aux termes de l'article R. 512-46-25 du code de l'environnement : " I.-Lorsqu'il initie une cessation d'activité telle que définie à l'article R. 512-75-1, l'exploitant notifie au préfet la date d'arrêt définitif des installations trois mois au moins avant celle-ci, ainsi que la liste des terrains concernés. Il est donné récépissé sans frais de cette notification. / II.-La notification prévue au I indique les mesures prises ou prévues, ainsi que le calendrier associé, pour assurer, dès l'arrêt définitif des installations, la mise en sécurité, telle que définie à l'article R. 512-75-1, des terrains concernés du site. / III.-Dès que les mesures pour assurer la mise en sécurité sont mises en œuvre, l'exploitant fait attester, conformément au dernier alinéa de l'article L. 512-7-6, de cette mise en œuvre par une entreprise certifiée dans le domaine des sites et sols pollués ou disposant de compétences équivalentes en matière de prestations de services dans ce domaine. / L'exploitant transmet cette attestation à l'inspection des installations classées. / Le référentiel auquel doit se conformer cette entreprise et les modalités d'audit mises en œuvre par les organismes certificateurs, accrédités à cet effet, pour délivrer cette certification, ainsi que les conditions d'accréditation des organismes certificateurs et notamment les exigences attendues permettant de justifier des compétences requises, sont définis par arrêté du ministre chargé de l'environnement () ". Aux termes du II de l'article R. 512-46-26 du code de l'environnement : " Au moment de la notification prévue au I de l'article R. 512-46-25, l'exploitant transmet au maire ou au président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière d'urbanisme et aux propriétaires du terrain d'assiette de ou des installations classées concernées par la cessation d'activité, les plans du site et les études et rapports communiqués à l'administration sur la situation environnementale et sur les usages successifs du site ainsi que ses propositions sur le ou les usages futurs qu'il envisage pour ces terrains. Il transmet dans le même temps au préfet une copie de ses propositions () ".

10. La société Dilmex soutient que le délai de trois mois qui a lui a été imparti pour se conformer à la mise en demeure est insuffisant, en faisant valoir que de nombreuses études environnementales sont nécessaires, sans toutefois préciser lesquelles. Ainsi que le fait valoir le préfet de la Gironde en défense, la mise en demeure en litige ne concerne que l'installation de stockage de déchets inertes, et non la carrière qui fait l'objet d'une mise en demeure distincte. A ce titre, aucune étude faune / flore n'est nécessaire, le dossier de cessation d'activité doit préciser les mesures prévues pour la mise en sécurité du site et la définition de l'usage futur ainsi que contenir un mémoire de réhabilitation. Si la société Dilmex fait également état de ses difficultés financières et de la circonstance que la gravière pourrait encore être exploitée, il est constant qu'elle s'est placée dans cette situation de son propre fait et ne dispose plus d'autorisation d'exploiter la gravière depuis 2011. Dans ces conditions, le délai de trois mois imparti à la société Dilmex pour se conformer à la mise en demeure n'est pas insuffisant.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

13. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la société Dilmex soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Dilmex est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Dilmex et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur,

A. BONGRAIN

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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