lundi 31 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2101717 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | PRAXIOME BORDEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 6 avril 2021 et 31 août 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Ardilla et Co, représentée par Me Bach, avocat, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui allouer une somme de 17 526,17 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi du fait de la fermeture administrative de son établissement pour une durée de quinze jours, cette somme devant être assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande préalable et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- si l'arrêté préfectoral du 9 septembre 2020 portant fermeture administrative du bar " l'Ardilla Café " pendant une durée de 15 jours est fondé sur un rapport de police du 26 août 2020 faisant état de ce que les salariés auraient été dépourvus de masque, d'une part, les policiers, qui ne sont pas entrés dans le bar, n'ont pu opérer depuis l'extérieur une telle constatation, d'autre part, il ressort de nombreuses attestations produites que les salariés de l'établissement respectaient le port du masque. ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- l'illégalité de l'arrêté en cause est constitutive d'une faute, de nature à engager la responsabilité pour faute de l'Etat ;
- elle est en droit de solliciter l'indemnisation de ses préjudices causés par la fermeture de " l'Ardilla Café ", caractérisés par le coût du personnel payé pendant deux semaines malgré la fermeture pour un montant de 5 500 euros, ainsi que la perte de chiffre d'affaires évaluée à 12 026,17 euros, soit un total de 17 526,17 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 novembre 2021, la préfète de Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens présentés par la SAS Ardilla et Co ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2020-856 du 9 juillet 2020 ;
- le décret n° 2020-860 du 10 juillet 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Molina-Andréo, rapporteure,
- les conclusions de Mme Passerieux, rapporteure publique,
- et les observations de Me Rouget, représentant la SAS Ardilla et Co.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 9 septembre 2020, la préfète de la Gironde a prononcé, sur le fondement de la loi du 9 juillet 2020 organisant la sortie de l'état d'urgence sanitaire et du décret du 10 juillet 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans les territoires sortis de l'état d'urgence sanitaire et dans ceux où il a été prorogé, la fermeture administrative, pour une durée de quinze jours, du bar à l'enseigne " Ardilla Café ". La société par actions simplifiée (SAS) Ardilla et Co, qui exploite cet établissement situé avenue Jean Lafitte à Hourtin, demande la condamnation de l'Etat à lui allouer une somme de 17 526,17 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de cette fermeture administrative.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article 1er du décret du 10 juillet 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans les territoires sortis de l'état d'urgence sanitaire et dans ceux où il a été prorogé, en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " I. - Afin de ralentir la propagation du virus, les mesures d'hygiène définies en annexe 1 au présent décret et de distanciation sociale, incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, dites barrières , définies au niveau national, doivent être observées en tout lieu et en toute circonstance./ II. - Les rassemblements, réunions, activités, accueils et déplacements ainsi que l'usage des moyens de transports qui ne sont pas interdits en vertu du présent décret sont organisés en veillant au strict respect de ces mesures. Dans les cas où le port du masque n'est pas prescrit par le présent décret, le préfet de département est habilité à le rendre obligatoire, sauf dans les locaux d'habitation, lorsque les circonstances locales l'exigent. ". Aux termes du 3ème alinéa de l'article 29 du même décret : " Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret. ". Aux termes de l'article 40 du même décret : " I. - Dans les territoires sortis de l'état d'urgence sanitaire, les établissements recevant du public relevant des types suivants définis par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation ne peuvent accueillir du public que dans le respect des conditions prévues au présent article : / - établissements de type N : Restaurants et débits de boissons ; / () II. - Pour l'application de l'article 1er, les gérants des établissements mentionnés au I organisent l'accueil du public dans les conditions suivantes : / 1° Les personnes accueillies ont une place assise ; / 2° Une même table ne peut regrouper que des personnes venant ensemble ou ayant réservé ensemble, dans la limite de dix personnes ; / 3° Une distance minimale d'un mètre est garantie entre les tables occupées par chaque personne ou groupe de personnes venant ensemble ou ayant réservé ensemble, sauf si une paroi fixe ou amovible assure une séparation physique. / III. - Portent un masque de protection : / 1° Le personnel des établissements ; / 2° Les personnes accueillies de onze ans ou plus lors de leurs déplacements au sein de l'établissement. ". Il résulte de ces dernières dispositions que, dans les territoires sortis de l'état d'urgence sanitaire, dont fait partie le département de la Gironde en vertu de l'annexe préliminaire du même décret, les établissements de restauration et débit de boissons, ne pouvaient accueillir du public qu'à la condition que le personnel de ces établissements porte un masque de protection.
3. Par un procès-verbal de renseignement administratif établi le 20 août 2020 par un officier de police judiciaire de la gendarmerie d'Hourtin, il a été fait état du constat, à l'occasion de contrôles de gendarmerie de l'établissement " Ardilla Café " les 17, 19 et 20 août 2020, du non-respect de l'obligation du port du masque de protection par des membres du personnel de l'établissement, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 40 du décret du 10 juillet 2020. Il a ainsi été relevé dans ce procès-verbal que, le 19 août 2020 " à 15h55, nous nous présentons au bar de l'Ardilla Café. Deux employés sont présents au comptoir et ne sont pas porteurs du masque. () cette situation fait écho à nos divers passages lors de nos divers services de prévention de proximité, notamment le 17 août 2020 à 16 heures 30. () ", que " le 19 août à 22 heures 15 et le 20 août à 00 heures 30, sur constatations des gendarmes (), les employés de l'Ardilla Café n'étaient toujours par porteurs du masque, malgré nos mises en garde ", l'officier de police judiciaire estimant que " les personnels de l'Ardilla Café semblent non concernés par l'épidémie de Covid 19 et la règlementation sanitaire qui y est rattachée pour la lutte contre le virus ". Par courrier du 24 août 2020, notifié le jour même par les forces de l'ordre, la préfète de la Gironde a alors mis en demeure la SAS Ardilla et Co " de [s']assurer que [ses] salariés et [ses]clients respectent dans [son] établissement les obligations figurant dans le décret n° 2020-860 () et plus spécifiquement les mesures d'hygiène et de distanciation sociale () ainsi que les règles applicables aux commerces, restaurants, débits de boissons et hébergements figurant à l'article 40 ". Malgré cette mise en demeure, il ressort d'un procès-verbal de renseignement administratif établi le 26 août 2020 par un officier de police judiciaire de la gendarmerie d'Hourtin, que des faits similaires de non-respect de l'obligation du port du masque de protection par des membres du personnel de l'établissement " Ardilla Café " ont à nouveau été constatés lors de contrôles de gendarmerie effectués les 25 et 26 août 2020. Plus précisément, il a été constaté par deux officiers de police judiciaire que le 25 août 2020, entre 23 heures 30 et 23 heures 45, puis le 26 août 2020 à 1 heure 30, plusieurs membres du personnel de l'établissement " Ardilla Café " se situaient au bar en action de travail et ne portaient pas de masque. Alors que les procès-verbaux des 20 et 26 août 2020 font foi jusqu'à preuve contraire, la société requérante ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits qui lui sont reprochés en se bornant à faire valoir que les gendarmes, qui ne seraient pas entrés dans le bar, n'auraient pu opérer depuis l'extérieur une telle constatation, et en produisant plusieurs attestations de clients certifiant avoir constaté qu'au moment où ils se trouvaient dans le bar le personnel portait des masques. Dans ces conditions, le non-respect de l'obligation du port de masques de protection par le personnel de l'" Ardilla Café ", en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 40 du décret du 10 juillet 2020, tel que constaté par les services de police, doit être regardé comme établi.
4. Compte tenu de la gravité de la situation sanitaire liée à l'épidémie de covid-19, du manque de rigueur dont la SAS Ardilla et CO a fait preuve quant à la prévention de la transmission du virus malgré les mises en garde opérées par les services de gendarmerie lors de leurs différents contrôles et la mise en demeure adressée par la préfète de la Gironde, il existait un risque de réitération de faits de même nature propices au développement du virus justifiant qu'une mesure de fermeture administrative soit prise. La préfète de la Gironde n'a donc commis aucune illégalité en prenant l'arrêté en litige, et par suite, aucune faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
5. Il résulte de ce qui précède que la SAS Ardilla et Co n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la fermeture administrative de son établissement.
Sur les frais liés à l'instance :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la SAS Ardilla et Co au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la SAS Ardilla et Co est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Ardilla et Co et à la préfète de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président,
Mme Molina-Andréo, première conseillère,
M. Naud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2022.
La rapporteure,
B. MOLINA-ANDRÉOLe président,
Ph. DELVOLVÉ
Le greffier,
A. PONTACQ
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026