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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2103830

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2103830

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2103830
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBAULIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2021, Mme D B, représentée par Me Baulimon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 mai 2021 par laquelle le ministre de la justice, garde des sceaux, a refusé de lui attribuer le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de la justice de lui verser la nouvelle bonification indiciaire sur la période courant du 1er janvier 2016, date de son arrivée au sein de l'UEMO de Bordeaux, au 1er juillet 2020, date de son départ en retraite, soit une somme totale de 7 597,80 euros, et ce dans le délai d'un mois et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation régulièrement publiée ;

- la décision est insuffisamment motivée en fait et est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les dispositions des articles 1 et 4 et de l'annexe du décret du 14 novembre 2001.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2024, le ministre de la justice, garde des sceaux, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;

- le décret n°2001-1061 du 14 novembre 2001 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zuccarello a été entendu lors de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse, a exercé ses fonctions au sein de l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) de Bordeaux 1 du 1er janvier 2016 au 1er septembre 2016, puis au sein de l'UEMO de Bordeaux 2 du 1er septembre 2016 au 1er juillet 2020, date de son départ en retraite. Par un courrier du 26 décembre 2017, l'intéressée a sollicité l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er janvier 2016, date d'affectation à l'UEMO de Bordeaux 1. Par une décision du 21 mai 2021, dont Mme B demande l'annulation, le ministre de la justice a rejeté cette demande.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par une décision du 6 avril 2021, régulièrement publié au journal officiel de la République française le 15 avril 2021, le ministre de la justice a donné délégation à Mme C A, cheffe de bureau des carrières et du développement professionnel à la direction de la protection judiciaire de la jeunesse, pour signer en son nom les actes au nombre desquels figure la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ".

4. D'autre part, aux termes du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires () est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret ". En vertu de l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 relatif à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice : " Une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville () peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe au présent décret ". L'article 2 du même décret précise que : " La nouvelle bonification indiciaire prévue par le présent décret est soumise aux dispositions du décret du 26 mars 1993 () " relatif aux conditions de mise en œuvre de la nouvelle bonification indiciaire dans la fonction publique de l'Etat. Aux termes de l'article 1er de ce décret du 26 mars 1993 : " La nouvelle bonification indiciaire est attachée à certains emplois comportant l'exercice d'une responsabilité ou d'une technicité particulière. Elle cesse d'être versée lorsque l'agent n'exerce plus les fonctions y ouvrant droit ". Enfin, il ressort de l'annexe du même décret du 14 novembre 2001 que, parmi les fonctions donnant lieu au versement d'une nouvelle bonification indiciaire au titre de la politique de la ville au bénéfice des fonctionnaires du ministère de la justice, figurent les suivantes : " () Fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : / 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville ; / 2. En centre d'action éducative situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité () ".

5. Mme B soutient que la décision litigieuse est insuffisamment motivée en fait et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière, en ce qu'elle se borne à préciser que l'unité d'affectation de l'intéressée n'est pas localisée au sein d'un quartier prioritaire de la politique de la ville, lequel motif correspond au deuxième critère de l'annexe du décret du 14 novembre 2001 précitée. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes du courrier du 26 décembre 2017 que Mme B a sollicité le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er janvier 2016, date de son affectation dans une unité éducative en milieu ouvert, et a ainsi entendu se prévaloir du deuxième cas prévu par les dispositions précitées. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que l'intéressée aurait également entendu fonder sa demande sur le troisième cas prévu par ces dispositions, en faisant parvenir à l'administration les éléments lui permettant utilement de se prononcer sur sa situation. Dans ces conditions, l'administration a légalement pu limiter sa motivation et son examen au seul fondement invoqué par la requérante à l'appui de sa demande. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret ". Aux termes de l'article 1 du décret du 14 novembre 2001 relatif à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministères de la justice : " Une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe au présent décret ". Au titre de l'article 4 de ce décret : " Le montant de la nouvelle bonification indiciaire et le nombre d'emplois bénéficiaires correspondant aux fonctions mentionnées en annexe au présent décret sont fixés par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, et des ministres chargés de la fonction publique et du budget ". Enfin l'annexe de ce décret précise les fonctions pouvant donner lieu à son versement : " () Fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : () 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité () ".

7. D'une part, les contrats locaux de sécurité définis par la circulaire ministérielle du 28 octobre 1997 publiée sous la référence NOR : INTK9700174, sont des outils d'une politique de sécurité s'appliquant en priorité aux quartiers sensibles, conclus sous l'impulsion du maire d'une ou plusieurs communes et du représentant de l'Etat dans le département, lorsque la délinquance est particulièrement sensible sur un territoire donné. D'autre part, en application des dispositions de l'article L. 132-4 du code de la sécurité intérieure, dans leur version alors applicable, le maire ou son représentant préside un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) dans les communes de plus de 10 000 habitants et dans les communes comprenant un quartier prioritaire de la politique de la ville. Enfin, aux termes de l'article D. 132-7 du même code : " Le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance constitue le cadre de concertation sur les priorités de la lutte contre l'insécurité et de la prévention de la délinquance dans la commune. / () / Il assure l'animation et le suivi du contrat local de sécurité lorsque le maire et le préfet de département, après consultation du procureur de la République et avis du conseil, ont estimé que l'intensité des problèmes de délinquance sur le territoire de la commune justifiait sa conclusion. ". La circonstance que les contrats locaux de sécurité sont conclus en priorité dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville et sont animés, lorsqu'ils existent, par le CLSPD, n'implique pas, et n'a pas pour effet, que tout quartier prioritaire politique de la ville soit couvert par un contrat local de sécurité.

8. Pour bénéficier de la NBI prévue par l'article 1er du décret du 14 novembre 2001, les fonctionnaires titulaires du ministère de la justice figurant en annexe à ce décret qui entendent se prévaloir de la condition prévue au point 3 de cette annexe doivent apporter la preuve, par tout moyen, qu'ils accomplissent la majeure partie de leur activité dans le ressort territorial d'un ou plusieurs contrats locaux de sécurité, quel que soit par ailleurs leur lieu d'affectation.

9. Mme B fait valoir qu'elle pouvait prétendre au bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire dès le 1er septembre 2016 dès lors qu'elle exerçait dans le ressort d'un contrat local de sécurité. En tout état de cause, la requérante se borner à verser des documents généraux. Elle produit en particulier un document relatif au projet pédagogique de l'UEMO de Bordeaux 2 décrivant en termes généraux les missions exercées par les éducateurs spécialisés, dont certaines sont exercées à l'unité d'affectation ou au tribunal judiciaire, et dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils seraient situés dans des zones couvertes par un contrat local de sécurité. L'intéressée verse également au dossier, le projet de service du service territorial éducatif de milieu ouvert (STEMO), dont il ressort seulement que l'UEMO de Bordeaux 2 a été associé en 2015 et 2016 aux missions de prévention de la délinquance dans les quartiers de Bordeaux couverts par un contrat local de sécurité. En outre, si Mme B produit des attestations de la directrice du STEMO et de la responsable de l'UEMO de Bordeaux 2 témoignant qu'elle a participé depuis janvier 2016 " aux instances des cellules de veille des quartiers du ressort de l'UEMO " dont une partie est couverte par un contrat local de sécurité au sens du projet du STEMO, l'intéressée ne verse aucun élément permettant d'apprécier la quotité de travail effectuée dans ces quartiers et, en particulier, la proportion réalisée dans les quartiers effectivement couverts par un contrat local de sécurité. Dans ces conditions, Mme B n'apporte pas la preuve qui lui incombe qu'elle aurait effectué, sur la totalité de la période au titre de laquelle la nouvelle bonification indiciaire est demandée, la majeure partie de ses missions dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du décret du 14 novembre 2001 doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles liées aux frais d'instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au ministre de la justice, garde des sceaux.

Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Zuccarello, présidente,

- Mme Jaouën première conseillère,

- Mme Caste première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La présidente-rapporteure,

F. ZUCCARELLO

L'assesseure,

F. CASTE

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne à la ministre de la justice, garde des sceaux, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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