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Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205760

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205760
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. F, qui demandait la décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de 2018, résultant d'une plus-value de cession immobilière. M. F soutenait que le bien cédé constituait sa résidence principale, ce qui l'exonérait d'impôt en application de l'article 150 U du code général des impôts. Le tribunal a estimé que les éléments produits ne démontraient pas une occupation effective et habituelle du logement à titre de résidence principale, notamment en raison de l'absence de preuves de vie quotidienne et de la vente rapide du bien après son acquisition. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant l'imposition de la plus-value.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2022, M. A F, représenté par Me Dumas, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2018 à raison de la plus-value résultant d'une opération d'achat-revente d'un immeuble d'habitation situé 1 rue Rosa Parks à Mios ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que cet immeuble constituant sa résidence principale, la plus-value réalisée à l'occasion de la cession de cet immeuble était exonérée d'imposition en application de l'article 150 U du code général des impôts et du bulletin officiel des finances publiques BOI-RFPI-PVI n°10-40-10.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2023, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête n'est pas fondée.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G,

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. F a acquis le 31 octobre 2014 un terrain composé de trois parcelles situé chemin des Gassinières à Mios. Le 20 juin 2016, ce terrain a été divisé en deux parcelles désignées 1 rue Rosa Parks et 15 chemin des Gassinières, devant chacune accueillir une maison d'habitation. Le 8 janvier 2018 M. F a informé l'administration fiscale qu'il résidait désormais au 1 rue Rosa Parks. Il a fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle à l'issue duquel l'administration a remis en cause l'exonération d'imposition de la plus-value réalisée à l'occasion de la cession de cette maison d'habitation, au motif qu'elle ne constituait pas sa résidence principale. M. F demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2019 à raison de cette plus-value, pour un montant de 57 068 euros.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. Aux termes de l'article 150 U du code général des impôts : " I. - () les plus-values réalisées par les personnes physiques () lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis ou de droits relatifs à ces biens, sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH. Ces dispositions s'appliquent, sous réserve de celles prévues au 3° du I de l'article 35, aux plus-values réalisées lors de la cession d'un terrain divisé en lots destinés à être construits. II. - Les dispositions du I ne s'appliquent pas aux immeubles, aux parties d'immeubles ou aux droits relatifs à ces biens : 1° Qui constituent la résidence principale du cédant au jour de la cession () ".

3. M. F, qui avait déclaré résider au 1er janvier 2018 au 8 rue des Haras au Teich avec sa compagne, soutient que c'est à la suite de sa séparation d'avec cette dernière qu'il a emménagé le 8 janvier 2018 au 1 rue Rosa Parks, faute de disposer d'un autre logement. Il ajoute qu'il a ensuite décidé de vendre cette maison trop grande pour lui seul à l'été 2018, et que la circonstance qu'il ne l'a occupée que brièvement ne fait nullement obstacle à ce qu'il soit regardé comme y ayant établi sa résidence principale. Il produit notamment à cet effet l'avis de taxe foncière du 15 chemin des Gassinières qui lui a été expédié à cette adresse, deux factures d'eau, dont l'une couvrait la période d'octobre 2017 à octobre 2018 et faisait état d'une consommation de 72 m3. Il explique s'être douché à l'eau froide, s'être chauffé avec un poêle à pétrole, s'être éclairé à l'aide d'un groupe électrogène, avoir fait la cuisine avec un réchaud à gaz, avoir sollicité le voisin pour utiliser son réseau électrique dans l'attente de son propre raccordement, qu'il aurait eu des difficultés à obtenir. Il produit également des attestations d'amis et de sa mère indiquant qu'il a effectivement emménagé et vécu à cette adresse.

4. Il résulte toutefois de l'instruction que M. et Mme E, acquéreurs de cette maison, auprès desquels l'administration a fait usage de son droit de communication, ont déclaré l'avoir visitée les 4 et 5 juillet 2018 avec la conjointe du requérant (Mme C D), intervenant pour le compte du cabinet Bedin Immobilier, qui était chargé de sa vente. Ils ont également attesté qu'à ces dates la maison était vide et que les derniers travaux étaient en cours de finition, ce que corrobore la souscription d'un raccordement auprès du distributeur d'électricité le 23 juillet 2018 seulement à l'issue de ceux-ci. Il en résulte également que M. F a ensuite indiqué résider dans la maison construite au 15 chemin des Grassières, jusqu'à sa mise en vente le 26 août 2019, pour finalement déclarer regagner sa résidence d'origine au 8 rue des Haras au Teich. Ces éléments établissent, en l'absence par ailleurs de toute pièce démontrant de manière probante que M. F a réellement occupé la maison située au 1 rue Rosa Parks, que celle-ci n'a nullement constitué sa résidence principale sur la période alléguée. Il n'est donc pas fondé dans ces conditions, et sur le terrain de la loi fiscale, à solliciter la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2019 à raison de cette plus-value. Il n'est pas davantage fondé à solliciter cette décharge sur le fondement de la doctrine référencée BOI-RFPI-PVI n°10-40-10, qui ne donne pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions par lesquelles M. F demande qu'une somme soit mise à la charge de ce dernier en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme G et Mme B, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

E. G

Le président,

D. FERRARI La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,