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Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205882

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205882
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSQUAIR

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. A, qui contestait une saisie administrative à tiers détenteur émise pour recouvrer des pénalités fiscales (51 958 euros) liées à un rappel de TVA, pour lequel il avait été condamné solidairement par un jugement correctionnel. Le tribunal a jugé inopérants les moyens de M. A remettant en cause le montant des pénalités, car ils tendaient à contester le bien-fondé de la créance, ce qui est interdit par l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. Il a également estimé que M. A n'apportait pas la preuve du paiement de la somme réclamée. La solution retenue est le rejet de l'intégralité des demandes, y compris celle relative aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 novembre 2022, M. C A demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 51 958 euros procédant de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 27 avril 2022 par l'agent comptable du pôle de recouvrement spécialisé de la Gironde auprès de la SARL Carrosserie du Rouergue en vue de recouvrer la quote-part des pénalités dont a été assorti le rappel de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de l'EURL A Carrosserie Mécanique au paiement de laquelle il a été solidairement condamné ou, à défaut, de ramener le montant des pénalités dues à la somme de 27 316 euros ;

2°) de prononcer la main levée de cette saisie administrative à tiers détenteur et d'ordonner la restitution des sommes perçues à tort ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il ne peut se voir réclamer le paiement solidaire des pénalités auquel il a été condamné en l'absence de précision de leur montant par le tribunal correctionnel de Bordeaux dans le dispositif de son jugement du 24 mai 2012 ;

- à titre subsidiaire, ces pénalités se rapportent à des droits éludés à hauteur de 68 290 euros et s'élèvent à 27 316 euros et non à 51 958 euros ;

- compte tenu des versements effectués, sa dette est éteinte depuis le mois d'août 2022.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2023, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,

- et les observations de Me Garcia, représentant M. A.

Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 4 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL A Carrosserie Mécanique, spécialisée dans l'achat-revente de véhicules d'occasion, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle elle a été assujettie à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée à hauteur de 416 423 euros en droits et pénalités, qui ont été mis en recouvrement le 22 décembre 2009. Par jugement du 24 mai 2012, le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné M. A, en sa qualité de gérant de cette société, au paiement solidaire des impôts fraudés à hauteur de 138 421 euros en droits et des pénalités correspondantes. Le 27 avril 2022, une saisie administrative à tiers détenteur a été émise auprès de la SARL Carrosserie du Rouergue en vue du recouvrement de ces pénalités dues par M. A à hauteur de 51 958 euros. Ce dernier demande au tribunal, à titre principal, de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme ou, à défaut, que le montant des pénalités dues soit ramené à la somme de 21 316 euros. A titre subsidiaire, il doit être regardé comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme restant à sa charge compte tenu des paiements effectués.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : () 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. () ".

3. M. A soutient qu'il ne peut se voir réclamer le paiement solidaire des pénalités auquel il a été condamné en l'absence de précision de leur montant par le tribunal correctionnel de Bordeaux dans le dispositif de son jugement du 24 mai 2012, et que ces pénalités, se rapportant en tout état de cause à des droits éludés à hauteur de 68 290 euros, doivent être réduites à un montant de 27 316 euros. De tels moyens tendent à remettre en cause le bien-fondé de la créance de l'Etat, telle qu'elle a été déterminée par le jugement du tribunal correctionnel de Bordeaux du 24 mai 2012, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. Ils sont par suite inopérants et doivent être écartés.

4. En second lieu, il n'est pas contesté en défense que les droits dont était redevable le requérant ont été payés et que cette dette a été soldée au mois de mai 2022. En revanche, en se bornant à indiquer que la dette correspondant aux pénalités est éteinte depuis la fin du mois d'août 2022 compte tenu des paiements effectués, M. A ne démontre pas qu'il s'était déjà acquitté du règlement de la dette de 51 958 euros dont le paiement a été recherché par le biais de la saisie administrative à tiers détenteur contestée. Ses conclusions aux fins de décharge de la somme qui lui a ainsi été réclamée doivent en conséquence être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de sa requête.

Sur les frais liés au litige :

5. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions par lesquelles M. A sollicite le versement de la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur régional des finances publiques de Nouvelle Aquitaine et du département de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme D et Mme B, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

E. D

Le président,

D. FERRARI La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,