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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205912

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205912

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205912
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge social
Avocat requérantTAORMINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 octobre et 25 novembre 2022, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Gironde a implicitement confirmé le refus, opposé le 29 juillet 2022, de lui délivrer une carte mobilité inclusion mention " stationnement ".

Elle soutient qu'elle est atteinte, outre un syndrome dépressif, de la maladie d'Ehlers Danlos qui bloque ses mouvements induisant de nombreuses luxations et tendinites ainsi que de sévères douleurs et qu'elle ne peut marcher plus de 100 mètres et s'aide d'une canne ce qui aggrave ses douleurs aux poignets et coudes et épaules ; par ailleurs, elle est gênée dans les actes simples de la vie quotidienne.

Par courrier du 21 novembre 2022, la maison départementale des personnes handicapées a communiqué, à la demande du greffe du tribunal en date du 16 novembre 2022 et en application de l'article R.772-8 du code de justice administrative, l'ensemble du dossier constitué pour l'instruction de la demande de Mme A.

Le président du conseil départemental de la Gironde n'a communiqué aucun mémoire.

Des pièces complémentaires ont été enregistrées pour Mme A le 11 mai 2023 sans être communiquées.

Ce dossier a été initialement inscrit au rôle de l'audience du 16 mai 2023 mais a dû être reporté au rôle de l'audience du 4 juillet en raison de la réception du mémoire de Me Taormina, représentant Mme A, qui s'est constitué le 28 avril 2023 et a communiqué son mémoire le 11 mai 2023.

.

Il est demandé au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Gironde a implicitement confirmé le refus, opposé le 29 juillet 2022, refusé de délivrer à Mme A une carte mobilité inclusion mention " stationnement " ;

2°) d'annuler la décision du 6 février 2023 par laquelle le recours préalable de Mme A a été rejeté ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Gironde de délivrer à Mme A la carte sollicitée pour une durée de deux ans dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de condamner le département de la Gironde à verser la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 31 juillet 1991.

Elle soutient que les décisions en cause sont entachées d'une erreur d'appréciation.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 27 juin 2023.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions d'annulation présentées à l'encontre de la décision du 29 juillet 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Taormina, représentant Mme A, qui a développé les moyens soulevés dans la requête.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 juin 2022, Mme A, née le 12 mars 1982, a déposé une demande de délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement ". Le 29 juillet 2022, un refus lui a été opposé, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Gironde ayant émis un avis défavorable le 28 juillet 2022. Le 26 août 2022, la requérante a formulé un recours préalable obligatoire auprès du président du conseil départemental de la Gironde, dont il a été accusé réception le 7 septembre suivant. Il n'a pas été répondu à ce recours de sorte qu'est née le 7 novembre une décision implicite de rejet dont Mme A demande l'annulation. Toutefois, par une décision du 6 février 2023, le recours préalable obligatoire de Mme A a été expressément rejeté. Dans ses dernières écritures, Mme A par l'intermédiaire de son conseil demande l'annulation des décisions des 29 juillet 2022 et de celle du 6 février 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision née le 7 novembre 2022 :

2. Par une décision du 6 février 2023, le président du conseil départemental a expressément rejeté la demande présentée par l'intéressée de délivrance de la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement ". Dans ces conditions, cette seconde décision s'est substituée à la première et les conclusions à fin d'annulation, ainsi que les moyens dirigés contre la décision implicite initiale, doivent être regardés comme dirigés contre la décision expresse du 6 février 2023.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 29 juillet 2022 :

3 Aux termes de l'article R. 241-17-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le recours préalable obligatoire formé contre une décision relative à la carte "mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est formé, par tout moyen lui conférant date certaine, devant le président du conseil départemental./ Ce recours préalable comprend une lettre de saisine et une copie de la décision contestée ou, lorsqu'elle est implicite, une copie de l'accusé [de] réception de la demande ayant fait naître cette décision. La lettre de saisine peut exposer les motifs de la contestation et les éléments insuffisamment ou incorrectement pris en compte. / Ce recours préalable est examiné selon les mêmes modalités que la demande initiale. Le silence gardé pendant plus de deux mois par l'auteur de la décision, à partir de la date à laquelle le recours préalable obligatoire a été présenté auprès du président du conseil départemental, vaut décision de rejet de la demande. ".

4. L'institution par les dispositions précitées d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours préalable est seule susceptible d'être déférée au juge en ce qu'elle se substitue à la décision initiale. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'annulation présentées à l'encontre de la décision du 29 juillet 2022 ne sont pas recevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 février 2023 :

5. En vertu des dispositions combinées de l'article L. 241-6, de l'article L. 146-9 et du 3° du I de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles, le président du conseil départemental, au vu de l'appréciation de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, attribue, à titre définitif ou pour une durée déterminée, la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " à toute personne physique atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. Les critères d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement sont définis, conformément au IV de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles, par l'arrêté du 3 janvier 2017 visé ci-dessus. Il résulte de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles et de l'annexe à l'arrêté du 3 janvier 2017 visé ci-dessus que la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement " est délivrée uniquement aux personnes atteintes d'un handicap qui réduit de manière importante et durable, pour les déplacements extérieurs à pied, leur capacité et leur autonomie ou qui impose qu'elles soient accompagnées par une tierce personne. Ils correspondent, d'une part, aux personnes dont le périmètre de marche est inférieur à 200 mètres ou qui ne peuvent se déplacer sans recours systématique à une aide humaine en raison d'un besoin de surveillance régulier ou d'un risque de danger, d'autre part, à celles qui recourent à une aide technique (canne par exemple) ou une oxygénothérapie pour tous leurs déplacements extérieurs ou encore qui sont appareillées, soit avec une prothèse de membre inférieur, soit avec tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs, et enfin à celles qui se déplacent avec un véhicule pour personnes handicapées (fauteuil roulant par exemple). La perte d'autonomie dans le déplacement peut être également appréciée en cas de difficulté grave lors d'un tel déplacement, au sens ci-dessus exposé, en particulier chez des personnes présentant un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales. Enfin, la réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées.

6. Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d'annulation d'une décision lui refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " d'établir, par tous moyens et notamment par la production de justificatifs, qu'elle est atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied.

7. Pour demander l'annulation de la décision née le 7 novembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Gironde a rejeté sa demande de délivrance d'une carte mobilité inclusion mention " stationnement ", Mme A soutient que le syndrome d'Ehlers-Danlos dont elle est atteinte altère sérieusement sa capacité de déplacement et qu'elle est contrainte de s'aider d'une canne ce qui aggrave ses douleurs aux membres supérieurs. Elle explique que ses articulations se bloquent très facilement et provoquent très régulièrement des luxations et des tendinites, auxquelles s'ajoutent une fatigabilité importante couplée à d'intenses troubles du sommeil et des difficultés respiratoires ainsi que de multiples autres troubles. Elle indique également qu'elle est accompagnée pour faire ses courses et sur le plan médical, elle est suivie par un kinésithérapeute plusieurs fois par semaine et enfin qu'elle porte des vêtements compressifs. De plus, il résulte du dossier déposé à la maison départementale des personnes handicapées et en particulier du certificat médical produit à l'appui de cette demande que le périmètre de marche de Mme A est limité à 100 mètres. Dans ces conditions, il résulte de ce qui précède que la capacité et l'autonomie de déplacement à pied de Mme A sont nécessairement altérées de façon durable. Il suit de là que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 6 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental a refusé de lui délivrer la carte sollicitée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au président du conseil départemental de la Gironde de délivrer à Mme A dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement une carte mobilité inclusion portant la mention stationnement pour une durée qu'il y a lieu de fixer à trois ans ainsi que la requérante le demande.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 27 juin 2023. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Taormina, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Taormina de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 6 février 2023 du président du conseil départemental de la Gironde est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental de la Gironde de délivrer à Mme A dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement une carte mobilité inclusion portant la mention stationnement pour une durée qu'il y a lieu de fixer à trois ans.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : L'Etat versera à Me Taormina une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Taormina renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au département de la Gironde.

Copie sera adressée à la maison départementale des personnes handicapées de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La magistrate désignée,

P. B La greffière,

C.AHIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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