mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2304994 |
| Type | Décision |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CGCB ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 septembre 2023, M. et Mme B et A C, représentés par Me Laveissière, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le maire de la commune du Haillan a délivré à la SCCV Génération un permis de construire pour diviser un lot sur deux parcelles cadastrées section AC n°s 17 et 548 et pour créer sur ce lot 20 habitations, ensemble la décision par laquelle cette autorité a implicitement rejeté le recours gracieux qu'ils ont formé contre cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de la commune du Haillan la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient avoir un intérêt à agir ;
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet ; il y manque, en méconnaissance des articles R. 431-8 et R. 431-9 du code de l'urbanisme, une présentation suffisante, dans la notice et dans le plan de masse, de la végétation existante, le dispositif de rejet des eaux pluviales dans le réseau public et les caractéristiques de l'accès ;
- l'arrêté contesté méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et l'article 1.3.1.1. du règlement de la zone UM17 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Bordeaux Métropole ; la servitude d'utilité publique liée à une canalisation de gaz naturel n'est pas respectée par le projet qui se situe lui-même dans la zone d'identification d'un phénomène dangereux majorant au sens de l'article R. 555-10-1 du code de l'environnement ;
- il méconnaît l'article 3.3.2. du règlement de la zone UM17 du PLUi de Bordeaux Métropole ; le projet prévoit de rejeter les eaux pluviales dans un réseau privé, sans accord préalable du gestionnaire de ce réseau ou constitution d'une servitude, et sans justification de la capacité de ce réseau pour recevoir les eaux de ruissellement ;
- il méconnaît les dispositions cumulées des articles 2.1.2.1.et 2.2.1. du règlement de la zone UM17 du PLUi ; le projet comporte une construction destinée à la présentation des ordures ménagères, implantée dans la marge de recul imposée par l'article 2.2.1. ;
- il méconnaît l'article 3.2.2. du règlement de la zone UM17 du PLUi de Bordeaux Métropole et l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ; il comporte un accès dangereux pour la sécurité des usagers et des tiers ; il n'est pas justifié de la conformité de la largeur de l'accès aux dispositions de cet article ;
- il méconnaît l'article 2.4.4.4. du règlement de la zone UM17 du PLUi de Bordeaux Métropole ; le projet prévoit d'abattre deux arbres sans replantation.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 novembre 2023, et par un mémoire en défense distinct enregistré le 17 janvier 2024 et présenté sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme, la SCCV Génération, représentée par la SELARL Urbanlaw avocats, conclut au rejet de la requête, reconventionnellement à ce que les requérants soient condamnés à lui payer, à titre indemnitaire, la somme de 772 000 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 janvier 2024 et de la capitalisation de ces intérêts et, en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ne justifient pas avoir un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;
- la requête présente un caractère abusif.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2023, la commune du Haillan, représentée par Me Gauci, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ne justifient pas avoir un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pinturault,
- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,
- et les observations de Me Roncin, substituant Me Laveissière, représentant M. et Mme C, D, représentant la commune du Haillan, et de Me Lapprand, représentant la SCCV Génération.
Une note en délibéré présentée pour la SCCV Génération a été enregistrée le 2 octobre 2024.
Une note en délibéré présentée pour M. et Mme C a été enregistrée le 3 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B et A C demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le maire de la commune du Haillan a délivré à la SCCV Génération un permis de construire pour diviser un lot sur les parcelles cadastrées section AC n°s 17 et 548, situées 59 rue du Médoc, et y créer 20 logements dont 2 en bail réel solidaire (BRS), ainsi que la décision par laquelle cette autorité a rejeté le recours gracieux qu'ils ont formé contre cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé () c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain () e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. " Aux termes de l'article R. 431-9 de ce code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement () ".
3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
4. D'une part, le projet comporte un plan des réseaux qui présente le dispositif de rétention et d'évacuation gravitaire des eaux pluviales, via une solution compensatoire. La société pétitionnaire, en réponse à une demande de complément de dossier qui lui a été adressée par le service instructeur le 12 décembre 2022 pour remplacer l'évacuation initialement proposée vers le collecteur situé à l'ouest du projet rue du Médoc, qui impliquait de réaliser des travaux d'extension du réseau public, par une déverse soit au sud rue de Sauternes, soit au nord dans un collecteur privé situé allée de Listrac, a complété le dossier de demande de permis de construire en présentant un nouveau plan des réseaux. A la déverse initialement prévue, ce nouveau plan substitue, conformément à la seconde alternative proposée par le service instructeur, un dispositif d'évacuation vers le collecteur situé sur un fonds privé situé au nord, allée de Listrac. Le 27 février 2023, les services de Bordeaux Métropole, en charge de la gestion des eaux pluviales, ont rendu un avis favorable sur le dispositif proposé et sur la solution compensatoire qu'il comporte pour assurer un rejet à débit régulé de 3 L/h/ha, conformément aux dispositions de l'article 3.3.2.1. du règlement de la zone UM17 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi). Ces informations étaient suffisantes pour permettre au service instructeur d'apprécier le respect des règles relatives à l'évacuation des eaux pluviales.
5. D'autre part, il est constant que la notice mentionne de manière erronée que seuls deux arbres seront abattus lors de la réalisation du projet. Toutefois, elle indique aussi que le terrain à l'origine est constitué majoritairement de bosquets d'acacias. Les photographies jointes au dossier le corroborent également. Par ailleurs, le dossier précise que l'arbre feuillu et celui résineux abattus, dont les plans révèlent qu'ils sont à grand développement, seront replantés tandis que 24 arbres de moyens développement, avec indication des types d'essence, seront replantés en application de la règle d'un sujet de moyenne tige pour 80 m²/ emprise de pleine terre. Dans ces conditions, alors que les dispositions du plan local d'urbanisme ne prévoient pas d'obligation de planter un nombre d'arbres identique au nombre d'arbres abattus, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette erreur ait nui à l'appréciation par le service instructeur de la conformité du projet aux règles relatives au traitement des végétations.
6. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. " En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
7. D'autre part, aux termes de l'article 1.3.4.1. du règlement de la zone UM17 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Bordeaux Métropole : " () Risques naturels et technologiques / Pour protéger les biens et les personnes, les occupations et utilisations du sol sont soumises à conditions au vu de la réglementation en vigueur (plans de préventions) et de la connaissance du risque le plus récent, en application de l'article R. 111-2 du Code de l'urbanisme. Ces conditions s'appliquent notamment dans les secteurs repérés au plan de zonage ou en annexe du PLU au titre : () - des risques technologiques. "
8. Enfin, outre les servitudes d'utilité publique prévues à l'article L. 555-27 du code de l'environnement pour permettre l'installation des canalisations de transport de gaz naturel, l'article R. 555-30 du code de l'environnement dispose : " Le préfet de chaque département concerné institue par arrêté : () b) En application du troisième alinéa de l'article L. 555-16, après avis de la commission départementale compétente en matière d'environnement et de risques sanitaires et technologiques, des servitudes d'utilité publiques : / -subordonnant, dans les zones d'effets létaux en cas de phénomène dangereux de référence majorant au sens de l'article R. 555-10-1, la délivrance d'un permis de construire relatif à un établissement recevant du public susceptible de recevoir plus de 100 personnes ou à un immeuble de grande hauteur et son ouverture à la fourniture d'une analyse de compatibilité ayant reçu l'avis favorable du transporteur ou, en cas d'avis défavorable du transporteur, l'avis favorable du préfet rendu au vu de l'expertise mentionnée au III de l'article R. 555-31 ; / -interdisant, dans les zones d'effets létaux en cas de phénomène dangereux de référence réduit au sens de l'article R. 555-10-1, l'ouverture d'un établissement recevant du public susceptible de recevoir plus de 300 personnes ou d'un immeuble de grande hauteur ; / -interdisant, dans les zones d'effets létaux significatifs en cas de phénomène dangereux de référence réduit au sens de l'article R. 555-10-1, l'ouverture d'un établissement recevant du public susceptible de recevoir plus de 100 personnes ou d'un immeuble de grande hauteur () ". Selon l'article R. 555-10-1 de ce code : " L'étude de dangers mentionnée au 5° de l'article R. 555-8 [pour les demandes d'autorisation de construire et exploiter une canalisation de transport de gaz naturel ou assimilé] () b) Aux fins de détermination des zones d'effets mentionnées au b de l'article R. 555-30, identifie parmi ces phénomènes dangereux () : -le phénomène dangereux dit " de référence " majorant engendrant les distances d'effets les plus étendues ; / -lorsque ce dernier est de probabilité très faible, le phénomène dangereux dit " de référence réduit ", qui est, parmi les phénomènes dangereux résiduels, celui engendrant les distances d'effets les plus étendues () ". Il résulte de ces dispositions combinées que dans des zones qu'il incombe au préfet de délimiter, cette servitude légale subordonne à l'avis favorable de l'exploitant de la canalisation concernée toute construction d'immeuble de grande hauteur (IGH) ou d'établissement recevant du public (ERP) ayant une capacité d'accueil de plus de 100 personnes dans la zone où le risque le plus élevé présente des effets les plus étendus, et interdit toute construction d'un tel immeuble ou établissement, s'il a une capacité d'accueil de plus de 100 personnes ou 300 personnes selon le caractère significatif ou non du danger mortel existant, dans les zones où un tel danger existe, quand bien même sa probabilité est faible.
9. Le sous-sol du terrain d'assiette du projet litigieux est traversé, dans l'axe nord-sud, par la canalisation de transport de gaz naturel à haute pression n° DN 250 qui relie Saint-Médard-en-Jalles à Ludon-Médoc, exploitée par la société Téréga (anciennement la société TIGF), et est, à ce titre, grevé d'une servitude d'utilité publique, inscrite dans le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Bordeaux-Métropole et instituée dans la commune du Haillan, en application des dispositions précitées du code de l'environnement, par un arrêté du préfet de la Gironde du 6 janvier 2017. Aux termes des dispositions combinées des articles 1er et 2 de cet arrêté, la zone " SUP1 ", qui correspond à celle dans laquelle aucun IGH ou ERP ne peut être construit sans avis favorable de l'exploitant de la canalisation, est délimitée dans une bande de 75 m de part et d'autre de la canalisation. Les zones " SUP2 " et " SUP 3 ", qui correspondent à celles dans lesquelles une telle construction est interdite, sont toutes les deux délimitées dans une bande de 5 m de part et d'autre de la canalisation. La surface du terrain d'assiette, dont il ressort des pièces du dossier qu'il mesure, de part et d'autre de la canalisation qui le traverse en son milieu, moins de 75 m mais plus de 5 m, est ainsi en totalité incluse dans la zone " SUP1 " de la servitude d'utilité publique, et en partie dans les zones " SUP2 " et " SUP3 " de cette servitude.
10. Toutefois, et d'une part, aucune disposition de cette servitude d'utilité publique ne peut s'appliquer au projet en litige, puisque ce projet ne comporte aucun IGH ni aucun ERP. D'autre part si, dans l'avis qu'elle a rendu sur le projet le 9 juin 2022, la société Téréga, gestionnaire du réseau de transport de gaz naturel dont fait partie la canalisation n° DN 250, évoque une servitude qu'elle déclare avoir elle-même contractée lors de la construction de cette conduite et qui, selon elle, interdit " toute construction dans une bande de 4 m axée sur la conduite " et toute plantation dans une bande de 6 m " axée sur la canalisation ", il ressort des pièces du dossier que les préconisations formulées par cet organisme, qui s'appuient sur l'existence de cette servitude conventionnelle, ont été reprises, à titre de prescription, dans l'article 9 de l'arrêté contesté, et qu'elles sont respectées par le projet, qui ne comporte aucune construction ni aucune plantation dans la bande considérée, les places de stationnement et la voirie créées dans cette même bande n'étant quant à elles que des aménagements de surface qui, contrairement à ce qui est soutenu, ne peuvent être regardés comme des constructions.
11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'existence d'un risque pour la sécurité publique au regard de la violation d'une servitude d'utilité publique, doit être écarté.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3.3.2. du règlement de la zone UM17 du PLUi de Bordeaux Métropole : " () Eaux pluviales / 3.3.2.1. Généralités / Tout terrain doit être aménagé avec des dispositifs permettant l'évacuation qualitative et quantitative des eaux pluviales. Ils doivent être adaptés à la topographie, à la nature du sous-sol et aux caractéristiques des constructions. / Sous réserve des autorisations réglementaires éventuellement nécessaires, les eaux pluviales doivent préférentiellement rejoindre directement le milieu naturel (par infiltration dans le sol ou rejet direct dans les eaux superficielles). / A défaut, elles peuvent être rejetées gravitairement, suivant le cas, et par ordre de préférence, au caniveau, au fossé, dans un collecteur d'eaux pluviales ou un collecteur unitaire si la voie en est pourvue () Pour les constructions nouvelles et les extensions, dès lors que la surface imperméabilisée projetée est supérieure à 100 m², le projet présentera obligatoirement la solution retenue pour la gestion des eaux pluviales. Dans le cas d'un rejet final au caniveau, au fossé, dans un collecteur d'eaux pluviales ou un collecteur unitaire si la voie en est pourvue, le débit rejeté est plafonné à 3 L/s/ha () Les branchements au réseau collectif d'assainissement des eaux pluviales, dès lors qu'il existe, doivent être effectués conformément à la réglementation en vigueur. "
13. Il ressort des pièces du dossier que le projet, tel qu'avalisé par l'arrêté contesté, prévoit de rejeter gravitairement les eaux pluviales dans un collecteur privé, situé au nord du terrain d'assiette, allée de Listrac, sur un terrain qui appartient à la SCI du Mayne des Caparruts, via un dispositif de stockage et de régulation constitué notamment d'une structure réservoir d'une contenance utile de 105 m3, munie d'un ouvrage de régulation calibré à 3 L/s/ha, c'est-à-dire un débit conforme aux dispositions précitées. D'une part, il est constant que le choix du rejet des eaux pluviales via une solution compensatoire, par rapport à la solution d'infiltration sur le terrain d'assiette, est justifié au regard de la faible perméabilité du sol, qui ne permet pas cette infiltration, comme cela ressort de l'étude hydrogéologique qui a été réalisée à l'initiative de la société pétitionnaire et produite dans le dossier de demande de permis de construire, et comme cela a été confirmé par les services de Bordeaux Métropole, en charge de la gestion des eaux pluviales, dans l'avis qu'ils ont rendu sur le projet le 27 février 2023. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet, au regard de la solution compensatoire et du dispositif de rejet à débit régulé retenus, serait de nature à aggraver la servitude légale d'écoulement des eaux pluviales depuis le terrain d'assiette, fonds dominant comme étant situé en surplomb, vers la parcelle de la SCI des Caparruts, fonds servant, où elles sont évacuées, de sorte que les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de l'absence d'institution d'une servitude conventionnelle préalablement à l'autorisation d'urbanisme attaquée. Enfin, les requérants ne produisent aucun élément de nature à établir que le collecteur privé vers lequel seront rejetées les eaux pluviales n'aurait pas la capacité suffisante pour les recevoir, alors que cette solution correspond à l'une des deux alternatives de raccordement qui ont été proposées à la société pétitionnaire par la mairie du Haillan lors de l'instruction de la demande de permis de construire et que les services de Bordeaux Métropole ont rendu, sur l'ensemble du dispositif, un avis favorable. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions réglementaires précitées, doit être écarté.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article 2.1.2.1. de la zone UM17 du PLUi de Bordeaux Métropole : " () Recul (R) / Définition / Le recul R d'une construction est la distance mesurée, perpendiculairement aux voies, qu'elles soient publiques ou privées () et aux emprises publiques, existantes ou projetées. Ce recul ne s'applique qu'aux constructions implantées en premier rang, c'est-à-dire les plus proches de la voie ou de l'emprise publique () La marge de recul est issue de l'application du recul R. Il s'agit de l'espace compris entre le recul minimum imposée et la voie ou l'emprise publique. / Principes généraux / A l'intérieur des marges de recul sont exclusivement autorisées : () - les locaux ou aires de présentation des bacs destinés à la collecte des déchets à condition qu'ils bénéficient d'un traitement qualitatif et paysager en lien avec le secteur environnant et que leur gestion soit en conformité avec le règlement de collecte en vigueur () ". Il résulte du schéma et du tableau inclus dans l'article 2.2.1. de ce règlement que, dans cette zone, la marge de recul définie ci-dessus est égale ou supérieure à 5 m.
15 Les requérants reprochent au projet de prévoir, dans la marge de recul située au droit de la rue du Médoc, la construction d'un dispositif destiné au dépôt des poubelles, en vue de leur ramassage depuis la voie publique. Il ressort en effet des pièces du dossier que cet abri, destiné, d'une part, à l'entreposage des poubelles et, d'autre part, à leur présentation sur la voie publique en vue de leur ramassage est, dans le projet, constitué d'un appentis en dur et recouvert d'une toiture, situé à côté du double accès carrossable et piétonnier qui serait créé depuis cette voie, et accolé à l'ensemble bâti n°1, situé le plus à proximité de la voie publique. Cependant, les dispositions précitées de l'article 2.1.2.1. du règlement de zone excluent d'une manière générale l'application de la règle de recul pour les locaux destinés à la présentation des ordures ménagères, étant au demeurant relevé que le dispositif envisagé apparaît le mieux à même d'assurer un traitement qualitatif de ce local, en lien avec le secteur environnant. Le moyen sera écarté.
16. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3.2.2. du règlement de la zone UM17 du PLUi de Bordeaux Métropole : " () Conditions d'accès / Tout accès doit permettre d'assurer la sécurité de ses utilisateurs ainsi que celle des usagers des voies, quel que soit leur mode de déplacement. / Cette sécurité est appréciée compte tenu, notamment, de la position de l'accès, de sa configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. / Le nombre et la localisation des accès devront être déterminés en tenant compte : / - des besoins liés au bon fonctionnement interne de l'opération : nature, taille, foisonnement des activités ; / - des contraintes liées au bon fonctionnement du domaine public limitrophe : sécurité de circulation des véhicules motorisés, accessibilité, sécurité et confort des circulations piétonnes, offre de stationnement public, offre et aménagement existants de transport collectif (abri, arrêt, voie tramway) () Pour les constructions à destination d'habitation de plus d'un logement () : - les accès ont une largeur égale à 3 m avec une circulation en sens unique alterné ; / - les accès ont une largeur égale à 5,5 m avec une circulation à double sens. / Une largeur différente peut être exceptionnellement autorisée en tenant compte des besoins et contraintes liés tant au bon fonctionnement interne de l'opération qu'à celui du domaine public limitrophe. "
17. Les requérants reprochent au projet de comporter un accès qui, d'une part, présenterait un risque parce qu'il se trouve à proximité d'un passage piétons traversant la rue du Médoc et dont, d'autre part, la largeur, à défaut de précisions, serait susceptible de méconnaître les dispositions précitées. Toutefois, s'agissant du danger qui résulterait de la proximité du passage piétons, il ressort des pièces du dossier que ce passage n'est pas à proximité immédiate de l'accès, mais à environ 10 m, au surplus sur la rue du Médoc, qui est une voie large et droite sur toute la largeur de son emprise et qui offre une visibilité suffisante à la fois à ceux qui y circulent, à pied ou en véhicule, comme à ceux qui y accèderont depuis l'accès envisagé. En outre, le plan de masse du rez-de-chaussée précise, contrairement aux dires des requérants, que l'accès est d'une largeur égale à celle de la voirie interne, qui est de 5,5 m, conforme à la largeur minimale requise pour un accès à double sens de circulation. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3.3.2 du plan local d'urbanisme doit être écarté. Pour les mêmes motifs, en l'absence de risque pour la sécurité publique généré par l'accès, le maire de la commune n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
18. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2.4.4.4. du règlement de la zone UM17 du PLUi de Bordeaux Métropole : " () Aménagements paysagers et plantations () Lorsqu'un arbre de moyen ou grand développement est coupé lors du projet, un sujet qui aura un gabarit équivalent à l'âge adulte doit être replanté sur le terrain, sous réserve de la conformité aux règles de droit civil et sauf disposition différente liée à une autorisation de défrichement au titre du code forestier () ".
19. En l'espèce, et d'une part, si les requérants soutiennent que le terrain comporte, dans son état d'origine, plus d'arbres de moyen ou grand gabarit que les deux arbres mentionnés sur les plans fournis dans le dossier de demande de permis de construire décrivant l'état existant du terrain, et que le projet propose d'abattre, cette affirmation n'est pas établie par les pièces du dossier. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit de planter au total 26 arbres présentant un développement au moins équivalent à celui des arbres abattus. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'obligation de remplacer les arbres existants par des essences présentant un gabarit équivalent à l'âge adulte, doit être écarté.
20. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, la requête de M. et Mme C doit être rejetée.
Sur les conclusions reconventionnelles :
21. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel. "
22. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les conclusions aux fins d'annulation soutenues par les requérants traduiraient un comportement abusif de la part de ces derniers ou qu'elles auraient dégénéré en abus de droit, ce qui ne peut être déduit de la seule circonstance que les moyens présentés à l'appui de leur requête sont rejetés. Par suite, les conclusions aux fins indemnitaires présentées par la SCCV Génération seront rejetées.
Sur les frais liés au litige :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Haillan, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent M. et Mme C au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre solidairement à la charge des requérants une somme de 1 000 euros au bénéfice de la commune du Haillan et de la SCCV Génération, chacune.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : M. et Mme C verseront solidairement à la commune du Haillan une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : M. et Mme C verseront solidairement à la SCCV Génération une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et A C, à la commune du Haillan et à la SCCV Génération.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
Mme Fazi-Leblanc, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
Le rapporteur,
M. PINTURAULT
La présidente,
C. CABANNELa greffière,
M.-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2315884
01/07/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2518544
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulouse — N° TA31-2303311
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulouse — N° TA31-2401556
01/07/2026