Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2400548
mardi 3 novembre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2400548 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ACTY |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 janvier 2024, la société Securit dog man, représentée par Me Barrière, demande au tribunal :
1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme globale de 1 463 000 euros au titre de la perte de chance sérieuse d’obtenir l’attribution des marchés de prestations de service de sécurité humaine, sécurité incendie, télésurveillance et télévidéosurveillance des services et établissements publics de l’Etat en région Nouvelle-Aquitaine ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le rejet de sa candidature comme irrégulière a méconnu l’article R. 2142-8 du code de la commande publique ;
- elle disposait d’une chance sérieuse de remporter le marché ;
- le montant des préjudices nés de son manque à gagner s’élève à la somme globale de 1 463 000 euros.
Par ordonnance du 13 novembre 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 13 janvier 2026.
Un mémoire présenté pour la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a été enregistré le 8 octobre 2026 postérieurement à la clôture de l’instruction et n’a pas été analysé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Béroujon,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,
- et les observations de Mme W... et de M. F..., représentant la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine.
Considérant ce qui suit :
1. L’Etat a lancé une consultation pour la passation d’un accord-cadre ayant pour objet des prestations de service de sécurité humaine, sécurité incendie, télésurveillance et télévidéosurveillance au profit des services et établissements publics de l’Etat en région Nouvelle-Aquitaine. La société Securit dog man a candidaté aux lots n° 1, 3, 5 et 6 de cet accord cadre. Sa candidature a été écartée au motif qu’elle n’établissait pas sa capacité économique et financière au regard de l’insuffisance de son chiffre d’affaires. Elle demande la condamnation de l’Etat à lui verser la somme globale de 1 463 000 euros au titre de la perte de chance sérieuse d’obtenir l’attribution des marchés de prestations de service de sécurité humaine, sécurité incendie, télésurveillance et télévidéosurveillance des services et établissements publics de l’Etat en région Nouvelle-Aquitaine auxquels elle a candidaté.
Sur la régularité de la candidature de la société Securit dog man :
2. Aux termes de l’article R. 2142-1 du code de la commande publique : « Les conditions de participation à la procédure de passation relatives aux capacités du candidat mentionnées à l'article L. 2142-1, ainsi que les moyens de preuve acceptables, sont indiqués par l'acheteur dans l'avis d'appel à la concurrence ou dans l'invitation à confirmer l'intérêt ou, en l'absence d'un tel avis ou d'une telle invitation, dans les documents de la consultation ». Aux termes de l’article R. 2142-6 de ce même code : « L'acheteur peut notamment exiger que les opérateurs économiques réalisent un chiffre d'affaires annuel minimal, notamment dans le domaine concerné par le marché ». Aux termes de l’article R. 2142-7 du même code, dans sa version applicable au litige : « Le chiffre d'affaires minimal exigé ne peut être supérieur à deux fois le montant estimé du marché ou du lot, sauf justifications liées à son objet ou à ses conditions d'exécution (…). Aux termes de l’article R. 2142-8 de ce code : « En cas de marché alloti, le plafond mentionné à l'article R. 2142-7 s'applique pour chacun des lots. Toutefois, l'acheteur peut exiger un chiffre d'affaires annuel minimal pour des groupes de lots, dans l'éventualité où un titulaire se verrait attribuer plusieurs lots à exécuter en même temps ». Aux termes de l’article R. 2142-9 de ce code : « Pour les accords-cadres, le plafond mentionné à l'article R. 2142-7 est calculé sur la base du montant total maximal des marchés subséquents ou des bons de commande dont l'exécution par un même titulaire pourrait être effectuée concomitamment ou, si ce montant ne peut être estimé, sur la base de la valeur totale estimée des marchés passés sur le fondement de l'accord-cadre ou des bons de commande susceptibles d'être attribués à un même titulaire pendant la durée de validité de l'accord-cadre.
3. La société Securit dog man soutient que l’examen de sa capacité financière par groupes de lots et non lot par lot par la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine aurait méconnu les dispositions de l’article R. 2142-8 du code de la commande publique. Toutefois les dispositions de cet article permettent, au contraire, à l’acheteur, qui choisit d’allotir la passation d’un marché ou d’un accord-cadre, de prévoir une appréciation globale de la capacité financière du candidat qui dépose plusieurs offres dans l'éventualité où il se verrait attribuer plusieurs lots à exécuter en même temps. Par suite, cet unique moyen, ne peut qu’être écarté comme manquant en droit.
4. Il résulte de ce qui précède que la société Securit dog man n’est pas fondée à contester son éviction lors de la procédure de passation du marché.
Sur les conclusions à fin d’indemnisation :
5. Lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce contrat et qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute résultant de l'irrégularité et les préjudices invoqués par le requérant à cause de son éviction, il appartient au juge de vérifier si le candidat était ou non dépourvu de toute chance de remporter le contrat. En l'absence de toute chance, il n'a droit à aucune indemnité. Dans le cas contraire, il a droit en principe au remboursement des frais qu'il a engagés pour présenter son offre. Il convient en outre de rechercher si le candidat irrégulièrement évincé avait des chances sérieuses d'emporter le contrat conclu avec un autre candidat. Si tel est le cas, il a droit à être indemnisé de son manque à gagner, incluant nécessairement, puisqu'ils ont été intégrés dans ses charges, les frais de présentation de l'offre, lesquels n'ont donc pas à faire l'objet, sauf stipulation contraire du contrat, d'une indemnisation spécifique. En revanche, le candidat ne peut prétendre à une indemnisation de ce manque à gagner si la personne publique renonce à conclure le contrat pour un motif d'intérêt général.
6. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4 que la société Securit dog man n’a pas été irrégulièrement évincée de la procédure qui a été engagée pour la passation du marché. Dans ces conditions, elle n’est pas fondée à solliciter une indemnisation au titre du manque à gagner qu’a représenté, pour elle, cette éviction. Par suite, les conclusions indemnitaires de la société Securit dog man doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Securit dog man est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Securit dog man et à la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2026, à laquelle siégeaient :
M. Bourgeois, président,
M. Béroujon, premier conseiller,
M. Riou, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2026.
Le rapporteur,
F. BÉROUJON
Le président,
M. I...
La greffière,
M. E...
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Par une requête enregistrée le 19 janvier 2024, la société Securit dog man, représentée par Me Barrière, demande au tribunal :
1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme globale de 1 463 000 euros au titre de la perte de chance sérieuse d’obtenir l’attribution des marchés de prestations de service de sécurité humaine, sécurité incendie, télésurveillance et télévidéosurveillance des services et établissements publics de l’Etat en région Nouvelle-Aquitaine ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le rejet de sa candidature comme irrégulière a méconnu l’article R. 2142-8 du code de la commande publique ;
- elle disposait d’une chance sérieuse de remporter le marché ;
- le montant des préjudices nés de son manque à gagner s’élève à la somme globale de 1 463 000 euros.
Par ordonnance du 13 novembre 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 13 janvier 2026.
Un mémoire présenté pour la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a été enregistré le 8 octobre 2026 postérieurement à la clôture de l’instruction et n’a pas été analysé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Béroujon,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,
- et les observations de Mme W... et de M. F..., représentant la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine.
Considérant ce qui suit :
1. L’Etat a lancé une consultation pour la passation d’un accord-cadre ayant pour objet des prestations de service de sécurité humaine, sécurité incendie, télésurveillance et télévidéosurveillance au profit des services et établissements publics de l’Etat en région Nouvelle-Aquitaine. La société Securit dog man a candidaté aux lots n° 1, 3, 5 et 6 de cet accord cadre. Sa candidature a été écartée au motif qu’elle n’établissait pas sa capacité économique et financière au regard de l’insuffisance de son chiffre d’affaires. Elle demande la condamnation de l’Etat à lui verser la somme globale de 1 463 000 euros au titre de la perte de chance sérieuse d’obtenir l’attribution des marchés de prestations de service de sécurité humaine, sécurité incendie, télésurveillance et télévidéosurveillance des services et établissements publics de l’Etat en région Nouvelle-Aquitaine auxquels elle a candidaté.
Sur la régularité de la candidature de la société Securit dog man :
2. Aux termes de l’article R. 2142-1 du code de la commande publique : « Les conditions de participation à la procédure de passation relatives aux capacités du candidat mentionnées à l'article L. 2142-1, ainsi que les moyens de preuve acceptables, sont indiqués par l'acheteur dans l'avis d'appel à la concurrence ou dans l'invitation à confirmer l'intérêt ou, en l'absence d'un tel avis ou d'une telle invitation, dans les documents de la consultation ». Aux termes de l’article R. 2142-6 de ce même code : « L'acheteur peut notamment exiger que les opérateurs économiques réalisent un chiffre d'affaires annuel minimal, notamment dans le domaine concerné par le marché ». Aux termes de l’article R. 2142-7 du même code, dans sa version applicable au litige : « Le chiffre d'affaires minimal exigé ne peut être supérieur à deux fois le montant estimé du marché ou du lot, sauf justifications liées à son objet ou à ses conditions d'exécution (…). Aux termes de l’article R. 2142-8 de ce code : « En cas de marché alloti, le plafond mentionné à l'article R. 2142-7 s'applique pour chacun des lots. Toutefois, l'acheteur peut exiger un chiffre d'affaires annuel minimal pour des groupes de lots, dans l'éventualité où un titulaire se verrait attribuer plusieurs lots à exécuter en même temps ». Aux termes de l’article R. 2142-9 de ce code : « Pour les accords-cadres, le plafond mentionné à l'article R. 2142-7 est calculé sur la base du montant total maximal des marchés subséquents ou des bons de commande dont l'exécution par un même titulaire pourrait être effectuée concomitamment ou, si ce montant ne peut être estimé, sur la base de la valeur totale estimée des marchés passés sur le fondement de l'accord-cadre ou des bons de commande susceptibles d'être attribués à un même titulaire pendant la durée de validité de l'accord-cadre.
3. La société Securit dog man soutient que l’examen de sa capacité financière par groupes de lots et non lot par lot par la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine aurait méconnu les dispositions de l’article R. 2142-8 du code de la commande publique. Toutefois les dispositions de cet article permettent, au contraire, à l’acheteur, qui choisit d’allotir la passation d’un marché ou d’un accord-cadre, de prévoir une appréciation globale de la capacité financière du candidat qui dépose plusieurs offres dans l'éventualité où il se verrait attribuer plusieurs lots à exécuter en même temps. Par suite, cet unique moyen, ne peut qu’être écarté comme manquant en droit.
4. Il résulte de ce qui précède que la société Securit dog man n’est pas fondée à contester son éviction lors de la procédure de passation du marché.
Sur les conclusions à fin d’indemnisation :
5. Lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce contrat et qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute résultant de l'irrégularité et les préjudices invoqués par le requérant à cause de son éviction, il appartient au juge de vérifier si le candidat était ou non dépourvu de toute chance de remporter le contrat. En l'absence de toute chance, il n'a droit à aucune indemnité. Dans le cas contraire, il a droit en principe au remboursement des frais qu'il a engagés pour présenter son offre. Il convient en outre de rechercher si le candidat irrégulièrement évincé avait des chances sérieuses d'emporter le contrat conclu avec un autre candidat. Si tel est le cas, il a droit à être indemnisé de son manque à gagner, incluant nécessairement, puisqu'ils ont été intégrés dans ses charges, les frais de présentation de l'offre, lesquels n'ont donc pas à faire l'objet, sauf stipulation contraire du contrat, d'une indemnisation spécifique. En revanche, le candidat ne peut prétendre à une indemnisation de ce manque à gagner si la personne publique renonce à conclure le contrat pour un motif d'intérêt général.
6. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4 que la société Securit dog man n’a pas été irrégulièrement évincée de la procédure qui a été engagée pour la passation du marché. Dans ces conditions, elle n’est pas fondée à solliciter une indemnisation au titre du manque à gagner qu’a représenté, pour elle, cette éviction. Par suite, les conclusions indemnitaires de la société Securit dog man doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Securit dog man est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Securit dog man et à la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2026, à laquelle siégeaient :
M. Bourgeois, président,
M. Béroujon, premier conseiller,
M. Riou, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2026.
Le rapporteur,
F. BÉROUJON
Le président,
M. I...
La greffière,
M. E...
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière