jeudi 12 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2401666 |
| Type | Décision |
| Recours | Exécution d'un jugement |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | JAZOTTES |
Vu la procédure suivante :
Par une demande, enregistrée le 15 décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Arvis, demande au tribunal administratif d'enjoindre à la chambre de commerce et d'industrie Nouvelle-Aquitaine de prendre les mesures qu'implique l'exécution du jugement n° 2101893 du 10 novembre 2022 par lequel le tribunal a enjoint à la chambre de commerce et d'industrie Nouvelle-Aquitaine de procéder à sa réintégration à la date d'effet de la décision de licenciement du 15 février 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement.
Par une ordonnance du 12 mars 2024, le président du tribunal administratif a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle.
Par des mémoires enregistrés le 12 février 2024, le 7 mars 2024, le 25 septembre 2024, le 11 octobre 2024 et le 7 avril 2025, Mme B A, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :
1°) de prescrire par voie juridictionnelle les mesures d'exécution de son jugement précité ;
2°) de mettre à la charge de la chambre de commerce et d'industrie Nouvelle-Aquitaine la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a pas bénéficié d'une reconstitution de carrière effective à la suite de sa réintégration ;
- la part salariale de ses cotisations sociales pour les années 2021-2022 a été rétroactivement collectée sur son traitement à partir du mois de mai 2023, alors qu'il incombait à l'employeur de prendre en charge le versement de la part salariale de ces cotisations, au même titre que la part patronale ; la chambre de commerce et d'industrie doit lui restituer la part indûment prélevée sur son salaire et procéder au rattrapage des cotisations pôle emploi du 16 avril 2021 au 11 novembre 2022 ;
- la reconstitution de carrière n'a pas suffisamment pris en compte l'évolution de son indice de résultat ;
- son compte personnel de formation n'a pas été correctement alimenté ;
- les injonctions prononcées par le jugement du 10 novembre 2022 n'ont pas été exécutées " cela, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de réintégration du 24 mars 2023 et de son annulation par le tribunal de céans, le 19 juin 2024 " ; cette situation lui permet d'invoquer " l'inexécution du jugement du 10 novembre 2022 par voie d'exception, à l'appui du jugement susvisé ".
Par des mémoires en défense enregistrés le 22 janvier 2024, le 26 mars 2024 et le 9 mai 2025, complétés par des pièces enregistrées le 21 mai 2025, la chambre de commerce et d'industrie Nouvelle-Aquitaine, représentée par Me Jazottes, conclut au rejet de la demande.
Elle soutient que le jugement n° 2101893 du 10 novembre 2022 a été entièrement exécuté.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mai 2025 :
- le rapport de M. Katz,
- les conclusions de M. Bilate, rapporteur public,
- les observations de Mme A,
- et les observations de Me Blanc, représentant la chambre de commerce et d'industrie Nouvelle-Aquitaine.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée le 23 avril 2007 par la chambre de commerce et d'industrie de la Dordogne, et titularisée l'année suivante, en qualité de responsable du service communication. Par délibération du 19 novembre 2020, l'assemblée générale de la chambre de commerce et d'industrie Nouvelle-Aquitaine a décidé la suppression du poste de responsable de la communication de la chambre de commerce et d'industrie de la Dordogne, eu égard aux difficultés financières de l'établissement, et Mme A a été licenciée par une décision du 15 février 2021. Par un jugement n° 2101893 du 10 novembre 2022, ce tribunal a annulé ce licenciement et enjoint à la chambre de commerce et d'industrie Nouvelle-Aquitaine, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de procéder à la réintégration de Mme A dans un délai de deux mois suivant la notification dudit jugement.
2. Aux termes de l'article L. 911-1 code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 911-4 du même code : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. () Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ".
3. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le jugement faisant l'objet de la demande d'exécution prescrit déjà les mesures qu'il implique nécessairement en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il appartient le cas échéant au tribunal administratif, saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du même code, d'en édicter de nouvelles en se plaçant à la date de sa décision, sans toutefois pouvoir remettre en cause celles qui ont précédemment été prescrites ni méconnaître l'autorité qui s'attache aux motifs qui sont le soutien nécessaire du dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution lui est demandée.
4. En premier lieu, Mme A soutient que le jugement n° 2101893 du 10 novembre 2022 n'a pas été entièrement exécuté en ce que son employeur ne lui aurait pas restitué la part salariale des cotisations sociales indûment prélevée sur son salaire pour les années 2021-2022. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment des bulletins de paie versés au dossier, ainsi que des attestations versées en cours d'instance par la chambre de commerce et d'industrie Nouvelle-Aquitaine en réponse aux demandes de la requérante, que la chambre de commerce et d'industrie a effectivement procédé à une régularisation de prise en charge de la part salariale des cotisations sociales.
5. En deuxième lieu, Mme A soutient que le jugement du 10 novembre 2022 n'a pas été entièrement exécuté en ce que la reconstitution de carrière n'aurait pas suffisamment pris en compte l'évolution de son indice de résultat. Il résulte toutefois de l'instruction que la chambre de commerce et d'industrie Nouvelle-Aquitaine a procédé à la reconstitution de carrière de Mme A en la faisant bénéficier d'une progression d'indice conformément aux articles 15 et 19 du statut du personnel administratif des chambres de commerce et d'industrie. A cet égard, il n'est pas démontré par Mme A qu'elle aurait dû nécessairement bénéficier d'une augmentation de son indice de résultats, la circonstance qu'elle ait, par le passé, bénéficié d'une forte progression de cet indice compte tenu de la qualité de son travail étant sans incidence sur une reconstitution de carrière. En outre, au regard de la prise en compte de la progression d'indice qui devait être celle de Mme A, il résulte de l'instruction, que l'ensemble des droits sociaux de l'intéressée ont été reconstitués pour la période d'éviction en cause. Enfin, il résulte des documents produit par la chambre de commerce et d'industrie, notamment des échanges de courriels entre cet établissement et les caisses concernées, que l'employeur de Mme A a fait toutes les diligences nécessaires pour régulariser la situation de la requérante à l'issue de sa reconstitution de carrière.
6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation Pôle emploi établie par la chambre de commerce et d'industrie que cette dernière s'est effectivement acquittée de l'ensemble de ses obligations à l'égard de cet organisme, pour la période d'éviction en cause. A cet égard, contrairement à ce que soutient Mme A, son employeur, au titre de la régularisation consécutive à la reconstitution de carrière de l'intéressée, n'avait pas à renseigner les salaires des 37 derniers mois, mais seulement ceux afférents à la période d'éviction objet de la régularisation. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le jugement n'aurait pas été entièrement exécuté sur ce point.
7. En quatrième lieu, Mme A soutient que le jugement du 10 novembre 2022 n'a pas été entièrement exécuté en ce que son compte personnel de formation aurait dû être crédité de la somme de 1000 euros pour les années 2021 et 2022, alors qu'il ne l'a été que de la somme de 107,65 euros. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme A a bénéficié d'une formation qui a été écourtée de sa propre volonté, qui a néanmoins donné lieu à une facturation à la chambre de commerce et d'industrie Nouvelle-Aquitaine à hauteur de la somme de 1 250 euros pour quatre jours de formation réalisés par Mme A. Contrairement à ce que soutient Mme A, aucune des pièces du dossier ne permet d'établir que la chambre de commerce et d'industrie Nouvelle-Aquitaine aurait donné son accord pour que cette somme ne soit pas imputée sur le compte personnel de formation de l'intéressée. Dans ces conditions, il n'est pas établi que la chambre de commerce et d'industrie Nouvelle-Aquitaine resterait redevable de la somme de 1 000 euros à verser sur le compte personnel de formation de Mme A.
8. En dernier lieu, Mme A soutient que l'injonction prononcée par le jugement du 10 novembre 2022 n'a pas été exécutée " par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de réintégration du 24 mars 2023 et de son annulation par le tribunal de céans, le 19 juin 2024 ". Mme A en infère qu'elle peut se prévaloir de " l'inexécution du jugement du 10 novembre 2022 par voie d'exception, à l'appui du jugement susvisé ". Toutefois, à supposer que Mme A ait ainsi entendu soutenir que le jugement du 10 novembre 2022 n'a pas été exécuté en ce que son employeur s'est abstenu de mettre en œuvre la procédure de reclassement prévu à l'article 35-1 du statut du personnel administratif des chambres de commerce et d'industrie, la requérante a contesté cette abstention dans l'instance n° 2302878, qui a donné lieu, le 19 juin 2024, à un jugement ayant annulé la décision du 24 mars 2023 l'affectant sur le poste de chargée de mission. Mme A a ainsi soulevé un litige distinct qui ne saurait avoir aucune incidence sur l'examen de sa demande d'exécution.
9. Il résulte de tout ce qui précède que le jugement du 10 novembre 2022 a désormais été entièrement exécuté. Il n'y a, dès lors, pas lieu de statuer sur la demande d'exécution présentée par Mme A.
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la chambre de commerce et d'industrie Nouvelle-Aquitaine au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'exécution du jugement n° 2101893 du 10 novembre 2022.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la chambre de commerce et d'industrie Nouvelle-Aquitaine.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2025, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
M. Fernandez, premier conseiller,
M. Boutet-Hervez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2025.
L'assesseur le plus ancien,
D. Fernandez Le président-rapporteur,
D. Katz
La greffière,
S. Fermin
La République mande et ordonne au préfet de la région Nouvelle-Aquitaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2519430
Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en exécution d’un précédent jugement du 23 décembre 2024, a constaté que le ministre de l’intérieur n’avait pas exécuté l’injonction de délivrer un visa d’établissement (visa long séjour type D) à Mme C... épouse B..., en lui délivrant à tort un visa de court séjour type C. Sur le fondement de l’article L. 911-4 du code de justice administrative, le tribunal a enjoint au ministre de délivrer le visa d’établissement requis sous un délai de trois mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. La solution retenue vise à assurer l’exécution complète et conforme du jugement initial.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2601124
Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant par ordonnance, donne acte du désistement du requérant concernant ses demandes d'annulation et d'injonction relatives à des titres de séjour. La juridiction rejette sa demande d'allocation d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administratif. Le litige principal est ainsi éteint par le désistement.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2603340
Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a été saisi d'une demande visant à assurer l'exécution d'une précédente injonction et à obtenir une astreinte pour son inexécution. Le juge a constaté que la préfète de l'Isère n'avait pas renouvelé le récépissé de séjour de la requérante, malgré l'injonction antérieure, et que cette dernière avait ainsi subi un préjudice (licenciement). En conséquence, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, le tribunal a ordonné à la préfète de statuer expressément sur la demande de titre de séjour dans un délai d'un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Nice — N° TA06-2506265
**Sujet principal** : Demande d'exécution d'une ordonnance de référé ayant suspendu un refus de titre de séjour et enjoint à l'administration de réexaminer la situation. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Nice (statuant par ordonnance). **Solution retenue** : Le juge constate qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'exécution, car l'administration a pris une nouvelle décision (un refus de titre de séjour daté du 7 janvier 2026), ce qui a assuré l'exécution de l'ordonnance initiale. La demande est donc devenue sans objet. **Textes appliqués** : Articles R. 222-1 (3°) et L. 911-4 du code de justice administrative.
07/04/2026