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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2401818

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2401818

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2401818
TypeDécision
RecoursAutorisation
Formation2ème Chambre
Avocat requérantFOUCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2024 complétée par deux mémoires enregistrés le 26 avril 2024 et le 14 mai 2024, Mme D F représentée par Me Astié, demande au tribunal dans le dernier état de ses conclusions :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête n'est pas tardive, à défaut de date précise de notification de la décision du bureau d'aide juridictionnelle ;

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant tel que garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est fondée sur un refus de séjour illégal ;

- elle méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant tel que garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2024 le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 14 mars 2023, Mme F a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cabanne, présidente,

- et les observations de Me Kecha substituant Me Astié, représentant Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante algérienne née le 3 janvier 1967 est entrée sur le territoire français régulièrement, le 26 novembre 2017, munie d'un visa C. Une autorisation provisoire de séjour en tant que parent d'un enfant malade lui a été octroyée le 4 janvier 2022 pour une durée de six mois. Le 17 juin 2022 elle a demandé le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour. Après avoir saisi, pour avis, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le préfet de la Gironde a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire en fixant le pays de destination. Mme F demande l'annulation de cet arrêté du 13 janvier 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions de refus de titre de séjour et d'éloignement :

2. Mme C H, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté en litige, disposait par un arrêté du 5 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2022-196 du même jour et librement accessible, d'une délégation à l'effet de signer toutes décisions et correspondances relevant de l'autorité préfectorale en matière de droit au séjour, toutes décisions et correspondances prises en application des livres II, IV et VIII de ce code, en matière d'éloignement, toutes décisions d'éloignement et décisions accessoires s'y rapportant prises en application des II, IV, V, VI, VII et VIII du même code, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A E, directeur des migrations et de l'intégration. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté litigieux doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision expose avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. De même, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée, que le préfet de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen ne peuvent qu'être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. "

5. Les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un titre de séjour pour l'accompagnement d'un enfant malade.

6. Mme F sollicite le droit au séjour au titre d'accompagnant de sa fille mineure, B. Cependant, il ressort des termes de la décision attaquée et n'est pas contesté qu'elle n'a pas adressé le certificat médical confidentiel au médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Ne disposant pas d'information sur l'état de santé de cet enfant, le préfet de la Gironde a regardé la requérante comme renonçant à sa demande et n'a pas examiné sa situation à ce titre. Ainsi, le moyen soulevé tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet dans l'usage de son pouvoir discrétionnaire ne peut être accueilli.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Si Mme F se prévaut d'une résidence en France depuis six ans, elle a vécu dans son pays d'origine, l'Algérie, jusqu'à l'âge de 50 ans. Elle invoque également la présence en France de ses trois enfants, I, G et B sur le territoire national. Agés respectivement de 22 ans, 17 ans et 15 ans ils sont tous les trois de nationalité algérienne et ont grandi pour partie en Algérie. Il ne ressort pas des pièces du dossier que son fils aîné serait en situation régulière sur le territoire français. Par ailleurs, si elle indique être séparée de son époux, trois de ses six enfants, cinq de ses six frères et sœurs résident toujours en Algérie et Mme F ne justifie pas ne plus avoir de contact avec eux. La requérante n'apporte aucun élément fiable permettant d'établir que ses enfants ne peuvent pas poursuivre leur scolarité en Algérie qu'ils ont débutée pour partie dans ce pays. En outre, Madame F se prévaut de plusieurs contrats de travail à compter de l'année 2022 avec une activité partielle, cette circonstance ne permet pas de démontrer une insertion professionnelle notable en France. Dans ces conditions, le refus de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Mme F soutient que le suivi de sa fille B en France est indispensable pour réduire les effets de son handicap et pour son bien-être. Toutefois le collège de médecins de l'OFII avait estimé par un avis rendu le 9 octobre 2020 dans le cadre de l'instruction d'une première demande de titre de séjour que l'absence de traitement ne devrait pas avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé B. La requérante, qui n'a pas suivi la procédure de demande de titre de séjour concernant l'accompagnement de sa fille jusqu'à son terme, n'apporte pas d'élément suffisant de nature à démontrer que son enfant ne pourrait pas disposer d'un accompagnement similaire dans son pays d'origine, et que le refus de lui délivrer un titre de séjour porterait atteinte à son intérêt supérieur. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit donc être écarté.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. Les moyens soulevés à l'encontre du refus de séjour ayant été écartés, Mme F n'est pas fondée à exciper l'illégalité de cette décision à l'appui de son recours dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français.

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. Les moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire, ayant été écartés, Mme F n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination est fondée sur une décision illégale et à en demander l'annulation par voie de conséquence.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2023.

Sur les autres conclusions de la requête :

16. Dès lors que les conclusions aux fins d'annulation ont été rejetées, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles relative aux frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

Mme Fazi-Leblanc, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

La présidente-rapporteure,

C. CABANNE

L'assesseur le plus ancien,

M. PINTURAULT

La greffière,

M-A PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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