Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête en référé de Mme B..., ressortissante marocaine, qui demandait, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, des mesures provisoires pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour. Le juge a estimé que la situation de précarité invoquée par la requérante résultait de son propre choix de ne pas exécuter une précédente obligation de quitter le territoire français, validée par un jugement du 12 avril 2023. Par conséquent, la condition d'urgence n'était pas remplie et la demande a été rejetée.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juin 2025, Mme A... B..., représentée par Me Bourabah, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre au préfet de la Gironde de la convoquer en vue du dépôt du dossier actualisé de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, d’examiner sa demande de renouvellement de titre de séjour déposée le 10 septembre 2024 et reçue le 17 septembre suivant, dans un délai de trois mois à compter de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à défaut et dans l’attente de l’instruction de son dossier, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l’autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la mesure sollicitée présente un caractère d’urgence dès lors que la délivrance du titre de séjour ou a minima du récépissé est nécessaire à la préservation de son emploi au sein du Cabinet comptable dans lequel elle officie ;
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative ;
- la mesure sollicitée est utile en ce que les dysfonctionnements entrainent l’impossibilité pour elle d’obtenir le renouvellement de son titre de séjour et ont un impact tant sur la vie familiale que sur la préservation de son emploi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2025, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la mesure sollicitée ne présente pas un caractère d’urgence ;
- la mesure sollicitée n’est pas utile en ce que la requérante ne peut se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; elle ne peut se voir délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, sa situation relevant de la procédure de regroupement familial régie par l’article L. 423-14 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Gay, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A... B..., né le 29 septembre 1994, de nationalité marocaine, est entrée régulièrement en France le 5 octobre 2019, muni d’un visa portant la mention « étudiant » valable jusqu’au 2 octobre 2020. Le 6 décembre 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour délivré le 16 octobre 2020 valable jusqu’au 15 octobre 2021. Par un arrêté du 9 décembre 2022, le préfet de la Gironde a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée. La requête tendant à l’annulation de cet arrêté a été rejetée par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 12 avril 2023. Par un courrier reçu le 17 septembre 2024, Mme B... a sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui permettre de déposer un dossier actualisé de sa demande de titre de séjour, d’examiner sa demande de délivrance de titre de séjour et de lui délivrer, dans l’attente de l’instruction de son dossier, un récépissé de demande de titre de séjour.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. D’une part, aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ». Saisi sur le fondement de ces dispositions d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
3. Ainsi qu’il a été rappelé au point 1, il résulte de l’instruction que, par un arrêté du 9 décembre 2022, le préfet de la Gironde a rejeté la demande de Mme A... B..., lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée et que la requête tendant à l’annulation de cet arrêté a été rejetée par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 12 avril 2023. En conséquence, si Mme A... B... a déposé un nouveau dossier de demande de titre de séjour, elle se maintient en France irrégulièrement et ce, depuis le 9 décembre 2022, au mépris de la décision juridictionnelle précitée, qui a validé l’obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l’objet. Dans ces conditions, la circonstance que le défaut de remise d’un récépissé prive l’intéressée du droit au séjour et au travail, et la maintienne dans une situation de précarité, laquelle résulte de son choix de ne pas exécuter la décision précitée, ne saurait être regardée comme créant une situation d’urgence pour l’application de l’article L. 521-3 du code de justice administrative. Au demeurant, elle ne peut utilement invoquer le risque de perdre son emploi, qu’elle occupe irrégulièrement, pour faire valoir une situation d’urgence. Dès lors, les conclusions de l’intéressée aux fins d’injonction ne peuvent qu’être rejetées.
Sur la demande d’aide juridictionnelle à titre provisoire et les conclusions relatives aux frais de l’instance :
4. Aux termes de l’article 7 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : « L’aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l’action n’apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement » et aux termes de l’article 20 de cette loi : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président ». Il résulte des points précédents que la requête de Mme B... ne satisfait pas de manière manifeste à l’une des conditions fixées par l’article L. 521-3 du code de justice administrative. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l’article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n’y a pas lieu de lui accorder l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
5. Par ailleurs, les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont Mme B... demande le versement au profit de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par Mme B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B..., à Me Bourabah et au préfet de la Gironde.
Fait à Bordeaux, le 7 juillet 2025.
La juge des référés
N. Gay
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,