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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2024729

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2024729

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2024729
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Montpellier, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, les requêtes enregistrées au greffe du tribunal administratif de Toulouse les 22 septembre 2020, 2 décembre 2020 et 4 janvier 2021, présentées par M. C B.

I. - Par une requête enregistrée sous le n° 2024729 le 22 septembre 2020, M. C B, représenté par Me Laclau, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis le 7 février 2019 par le directeur départemental des finances publiques des Hauts-de-Seine lui réclamant le remboursement de la somme de 6 641,17 euros, la mise en demeure émise le 25 novembre 2019 mettant à sa charge une majoration de 664 euros, ainsi que la décision par laquelle le directeur général des finances publiques a implicitement rejeté l'opposition présentée à l'encontre de ce titre ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer les sommes qui lui sont réclamées ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le titre exécutoire du 7 février 2019 a été pris par une autorité incompétente ;

- il ne précise, ni les modalités de calcul de la somme exigée, ni les bases de liquidation de la créance ;

- il procède illégalement au retrait d'une décision créatrice de droits, en méconnaissance des dispositions de l'article 47 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- la mise en demeure de payer du 25 novembre 2019 doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du titre exécutoire qui la fonde, de même que la décision de rejet de la réclamation préalable formée à l'encontre de celui-ci.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2021, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation s'en remet à la sagesse du tribunal.

La requête a été communiquée au directeur départemental des finances publiques des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire en défense.

II. - Par une requête enregistrée sous le n° 2026158 le 2 décembre 2020, M. C B, représenté par Me Laclau, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis le 7 février 2019 par le directeur départemental des finances publiques des Hauts-de-Seine lui réclamant le remboursement de la somme de 6 641,17 euros, la mise en demeure émise le 25 novembre 2019 mettant à sa charge une majoration de 664 euros, ainsi que la décision par laquelle le directeur général des finances publiques a implicitement rejeté l'opposition présentée à l'encontre de ce titre ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer les sommes qui lui sont réclamées ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il reprend les mêmes moyens que dans sa requête n° 2024729.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2021, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation s'en remet à la sagesse du tribunal.

La requête a été communiquée au directeur départemental des finances publiques des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire en défense.

III. - Par une requête enregistrée sous le n° 2120016 le 4 janvier 2021, M. C B, représenté par Me Laclau, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis le 7 février 2019 par le directeur départemental des finances publiques des Hauts-de-Seine lui réclamant le remboursement de la somme de 6 641,17 euros, la mise en demeure émise le 25 novembre 2019 mettant à sa charge une majoration de 664 euros, ainsi que la décision par laquelle le directeur général des finances publiques a implicitement rejeté l'opposition présentée à l'encontre de ce titre ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer les sommes qui lui sont réclamées ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il reprend les mêmes moyens que dans sa requête n° 2024729.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2021, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation s'en remet à la sagesse du tribunal.

La requête a été communiquée au directeur départemental des finances publiques des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique,

- et les observations de Me Jacquinet, substituant Me Laclau, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, professeur de lycée professionnel agricole depuis le 1er septembre 2002 affecté à Cahors, a été placé en congé de longue durée du 4 avril 2013 au 3 avril 2018, puis en disponibilité d'office pour raison de santé, du 4 avril 2018 au 30 novembre 2018. Par un arrêté du 8 novembre 2018, il a été admis à la retraite pour invalidité, avec effet rétroactif au 4 avril 2018. Le 7 février 2019, la direction départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine a émis un titre de perception à son encontre d'un montant de 6 641,17 euros en recouvrement du demi-traitement dont il a bénéficié durant la période du 4 avril 2018 au 8 novembre 2018. Le 25 novembre 2019, une mise en demeure a été émise à son encontre pour lui réclamer le paiement de la somme de 6 641,17 euros, majorée de 664 euros. Par un courrier du 22 janvier 2020, M. B a formé une opposition à l'encontre du titre de perception qui a été implicitement rejetée par une décision du 24 juillet 2020. Par ses requêtes nos 2024729, 2026158 et 2120016, qui ont fait l'objet d'une instruction commune et qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. B demande au tribunal d'annuler le titre de perception, la mise en demeure de payer et la décision de rejet de l'opposition à l'exécution de ce titre et de le décharger de l'obligation de payer la somme globale de 7 305,17 euros.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

2. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement. Le fonctionnaire conserve ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () ". Aux termes de l'article 47 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit reclassé dans un autre emploi, (), soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis de la commission de réforme. / Pendant toute la durée de la procédure requérant soit l'avis du comité médical, soit l'avis de la commission de réforme, soit l'avis de ces deux instances, le paiement du demi-traitement est maintenu jusqu'à la date de la décision de reprise de service ou de réintégration, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite ".

3. Il résulte de ces dispositions que la circonstance que la décision prononçant la reprise d'activité, le reclassement, la mise en disponibilité ou l'admission à la retraite rétroagisse à la date de fin des congés de maladie n'a pas pour effet de retirer le caractère créateur de droits du maintien du demi-traitement, de sorte que le demi-traitement versé au titre de ces dispositions ne présente pas un caractère provisoire et reste acquis à l'agent alors même que celui-ci est, par la suite, placé rétroactivement dans une position statutaire n'ouvrant pas par elle-même droit au versement d'un demi-traitement.

4. Il résulte de l'instruction que M. B a été placé en disponibilité d'office pour raison de santé, du 4 avril 2018 au 30 novembre 2018, à l'expiration de ses droits à congé de longue durée, et qu'il a bénéficié d'un demi-traitement au cours de la période comprise entre le 4 avril 2018 et le 8 novembre 2018 au cours de laquelle les instances médicales ont été consultées pour se prononcer sur sa situation, avant d'être admis à la retraite pour invalidité, avec effet rétroactif au 4 avril 2018. Dès lors, ainsi qu'il a été dit au point précédent, que le demi-traitement versé au cours de la période litigieuse ne présentait pas un caractère provisoire et restait acquis à l'agent, M. B est fondé à soutenir que le ministre de l'agriculture et de l'alimentation ne pouvait procéder légalement, par le titre de perception émis le 7 février 2019, au rappel de la somme de 6 641,17 euros correspondant au demi-traitement dont il a bénéficié à l'expiration de ses droits à congés de longue durée, dans l'attente de son admission à la retraite pour invalidité.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation du titre de perception du 7 février 2019 ainsi que, par voie de conséquence, de la mise en demeure du 25 novembre 2019 et de la décision implicite de rejet de sa réclamation préalable, ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme globale de 7 305,17 euros.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire émis le 7 février 2019 à l'encontre de M. B, la mise en demeure de payer émise le 25 novembre 2019 ainsi que la décision implicite de rejet de la réclamation préalable formée à l'encontre de ce titre sont annulés.

Article 2 : M. B est déchargé de l'obligation de payer la somme de 7 305,17 euros.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Gayrard, président,

- Mme Bayada, première conseillère,

- Mme Gavalda, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

La rapporteure,

A. ALe président,

J-P. Gayrard

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 septembre 2022.

La greffière,

B. Flaesch

Nos 2024729, 2026158 et 2120016

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