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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2026732

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2026732

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2026732
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantVACARIE & DUVERNEUIL AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Montpellier la requête présentée par les époux D C.

Par requête, enregistrée le 24 décembre 2020, M. et Mme A B et E D C, représentés par Me Cavarie, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge ou la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, mises à leur charge au titre des années 2015, 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 600 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- Leur fille, étudiante, doit être rattachée fiscalement à leur foyer et la réduction pour frais de scolarité doit s'appliquer ;

- Les revenus fonciers taxés sont erronés ;

- Le montant des frais réels déterminé par le service relatif aux indemnités kilométriques est erroné.

- Les rectifications notifiées sont consécutives à des erreurs commises et ne justifient pas la majoration pour manquement délibéré.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2021, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient avoir pris en compte les revenus fonciers pour le montant demandé par les requérants dès avant l'introduction de la requête et que pour le surplus les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, rapporteure ;

- et les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D C ont fait l'objet d'un examen de situation fiscale personnelle ayant porté sur leurs revenus perçus au titre des années 2015, 2016 et 2017. Par une proposition de rectification du 11 décembre 2018 pour l'année 2015 et une proposition de rectification du 26 février 2019 pour les années 2016 et 2017, l'administration a procédé à des rehaussements en matière d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux. Après confirmation des rectifications après les observations du contribuable, les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement au titre de l'année 2015 pour la somme de 4 205 euros en droits, intérêts et pénalités, pour l'année 2016, pour un montant de 5 233 euros en droits, intérêts et pénalités, et au titre de l'année 2017, pour la somme de 4 461 en droit, intérêts et pénalité. Par la présente requête, M. et Mme D C doivent être regardés comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux, mises à leur charge au titre des années 2015, 2016 et 2017.

Sur le bien-fondé de l'imposition supplémentaire :

En ce qui concerne le quotient familial des années 2015, 2016 et 2017 :

2. Aux termes de l'article 6 du code général des impôts dans sa rédaction applicable au litige : " () 3. Toute personne majeure âgée de moins de vingt et un ans, ou de moins de vingt-cinq ans lorsqu'elle poursuit ses études () peut opter, dans le délai de déclaration () entre : / 1° L'imposition de ses revenus dans les conditions de droit commun ; / 2° Le rattachement au foyer fiscal dont elle faisait partie avant sa majorité, si le contribuable auquel elle se rattache accepte ce rattachement et inclut dans son revenu imposable les revenus perçus pendant l'année entière par cette personne () ". L'article 170 du même code dans sa rédaction applicable au litige précise que : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, toute personne imposable audit impôt est tenue de souscrire et de faire parvenir à l'administration une déclaration détaillée de ses revenus et bénéfices, de ses charges de famille et des autres éléments nécessaires au calcul de l'impôt sur le revenu () ". Il résulte de ces dispositions qu'une personne majeure entrant dans le champ d'application du 3 de l'article 6 du code général des impôts peut opter, dans le délai de déclaration, pour l'année entière et pour l'ensemble de ses revenus, entre une imposition de ses revenus dans les conditions de droit commun et le rattachement, avec l'accord du contribuable, au foyer fiscal de ses parents ou de l'un de ses parents, selon le cas et en suivant les règles fixées par ces dispositions. A l'expiration du délai de déclaration, l'option exercée est irrévocable pour l'année au titre de laquelle elle a été souscrite.

3. Aux termes de l'article 169 quater F du code général des impôts : " Les contribuables qui ont leur domicile fiscal en France bénéficient d'une réduction de leur impôt sur le revenu lorsque les enfants qu'ils ont à leur charge poursuivent des études secondaires ou supérieures durant l'année scolaire en cours au 31 décembre de l'année d'imposition. ".

4. Il résulte de l'instruction, qu'au titre des années 2015, 2016 et 2017, M. et Mme D C ont rattaché à leur foyer fiscal leur fille née le 25 juillet 1994, majeure et pour laquelle il n'est pas contesté qu'elle est étudiante et vivant au foyer. En souscrivant le 17 mai 2016, au titre des revenus de l'année 2015, une déclaration modèle n° 2042 en son nom, la jeune fille a toutefois opté pour une imposition de ses revenus dans les conditions de droit commun. Elle doit être considérée comme en ayant fait de même pour les années postérieures, nonobstant l'absence de souscription d'une telle déclaration, faute d'avoir expressément opté pour son rattachement au foyer fiscal des parents. Si la jeune fille, par un courrier du 11 mars 2019, a déclaré qu'elle n'avait pas entendu choisir être imposée dans les conditions de droit commun, ce renoncement, qui n'a pas été opéré dans le délai de déclaration annuel, ne saurait révoquer l'option exercée devenue irrévocable.

5. Dans ces circonstances, le service était fondé, pour ce seul motif, à refuser la prise en compte de cet enfant majeur dans l'établissement du quotient familial. Les requérants ne sont pas, pour ce même motif, fondés à demander la prise en compte de leur enfant pour l'application de l'article 199 quater F du code général des impôts.

En ce qui concerne les revenus fonciers :

6. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, qu'il a été fait droit antérieurement à la requête, aux conclusions des requérants concernant les revenus fonciers, par la réintégration au revenu imposable des revenus fonciers tels que calculés par la société Primonial Reim, soit 238 euros au titre de l'année 2015, 899 euros au titre de l'année 2016 et 550 euros au titre de l'année 2017. Par suite, les conclusions présentées à ce titre sont dépourvues d'objet et doivent être rejetées pour être irrecevables.

Sur le montant des frais kilométriques :

7. Aux termes de l'article 83 code général des impôts : " Le montant net du revenu imposable est déterminé en déduisant du montant brut des sommes payées et des avantages en argent ou en nature accordés : () 3° Les frais inhérents à la fonction ou à l'emploi lorsqu'ils ne sont pas couverts par des allocations spéciales. () Les bénéficiaires de traitements et salaires sont également admis à justifier du montant de leurs frais réels, soit dans la déclaration visée à l'article 170, soit sous forme de réclamation adressée au service des impôts dans le délai prévu aux articles R. 196-1 et R. 196-3 du livre des procédures fiscales. Le montant des frais réels à prendre en compte au titre de l'acquisition des immeubles, des véhicules et autres biens dont la durée d'utilisation est supérieure à un an s'entend de la dépréciation que ces biens ont subie au cours de l'année d'imposition. () Les frais de déplacement de moins de quarante kilomètres entre le domicile et le lieu de travail sont admis, sur justificatifs, au titre des frais professionnels réels. Lorsque la distance est supérieure, la déduction admise porte sur les quarante premiers kilomètres, sauf circonstances particulières notamment liées à l'emploi justifiant une prise en compte complète. ". Il résulte de ces dispositions que, pour pouvoir déduire de son revenu imposable ses frais professionnels réels, le contribuable doit fournir des justifications suffisamment précises pour permettre à l'administration d'en apprécier le montant et de vérifier qu'ils ont été effectivement exposés par lui à l'occasion de l'exercice de sa profession.

8. Il résulte de l'instruction que M. D C, médecin psychiatre, occupant un emploi salarié à temps plein au sein d'un établissement de soins d'Albi, a opté pour le régime des frais réels prévus par les dispositions de l'article 83 précité. Utilisant le barème kilométrique des frais de véhicule publié par l'administration fiscale, il a déduit la somme de 21 735 euros pour l'année 2016 et celle de 21 736 euros pour l'année 2017, l'année 2015 n'étant pas en litige à la suite de l'acceptation à ce titre de la proposition de rectification. Alors que M. D C a indiqué qu'il utilisait, pour ses déplacements professionnels à Albi, un véhicule de marque Toyota dans la proportion de 95 % des kilométrages totaux parcourus par ce véhicule, le vérificateur a ramené les kilométrages déclarés, annuellement au prorata temporis, à la hauteur de ceux qui étaient retracés par les factures d'entretien. Si les requérants contestent en faisant valoir un kilométrage supérieur, à raison de six allers-retours hebdomadaires 47 semaines par an, majorés de 6 allers -retours correspondant aux services de garde, les pièces produites au dossier, en particulier l'attestation du chef de pôle " psychiatrie " de cet établissement de soins et les factures non détaillées de télépéage, sont insuffisamment circonstanciées pour corroborer les kilométrages allégués. En outre, si les requérants se prévalent de l'utilisation de deux autres véhicules, toutefois, le premier de ces véhicules, de marque Suzuki modèle Splash est assuré au nom de Mme D C, qui est désignée comme sa conductrice principale, tandis que les factures se rapportant au second véhicule, de marque Citroën modèle Picasso, décrivent des kilométrages afférant à l'année 2014, soient antérieurs aux années en litige. Dès lors, M. et Mme D C ne démontrent pas avoir supporté des frais professionnels d'un montant supérieur à ceux que le service a retenus.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions en décharge ou en réduction, doivent être rejetées.

Sur les pénalités :

10. Les rectifications litigieuses ont été assorties d'une majoration de 40 % en application des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts aux termes duquel : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ;

11. Cette majoration vient sanctionner des manquements délibérés révélés, selon l'administration, par la nature des infractions commises et leur caractère répété. Ces inexactitudes ou omissions ont en effet porté sur trois années et en particulier une surélévation importante des frais réels déductibles caractérisant le caractère délibéré des manquements. Par suite, l'administration était fondée à appliquer aux époux D C la majoration de 40 % prévue par les dispositions précitées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme D C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D C et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Rabaté, président,

- Mme Pater, première conseillère,

- Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

La rapporteure,

B Pater Le président,

V. Rabaté

La greffière,

G. Munoz

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 novembre 2022.

La greffière,

G. Munoz

e

N°2029732gm

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