Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2100999
jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2100999 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Président BESLE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par A requête et un mémoire, enregistrés le 26 février 2021 et le 9 mars 2021, Mme C D demande au tribunal d'annuler la décision du 12 février 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a refusé de lui accorder A remise gracieuse de sa dette d'un montant de 2 592,47 euros correspondant au solde d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 11 634,22 euros au titre de la période du 1er novembre 2018 au 31 juillet 2020.
Elle soutient que :
- elle est de bonne foi dès lors que son compagnon résidait en Guadeloupe et ne séjournait chez elle que pour de courtes périodes ; la déclaration de la situation de concubinage par ce dernier résulte d'une situation conflictuelle ;
- elle est dans A situation précaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D est bénéficiaire du revenu de solidarité active, en dernier lieu, depuis le mois de mars 2017 dans le département de l'Hérault. Suite à la déclaration par son compagnon d'alors d'une situation de concubinage du 29 juillet 2018 au 4 août 2020, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a notifié à Mme D un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 11 634,22 euros au titre de la période du 1er novembre 2018 au 31 juillet 2020. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler la décision du 12 février 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a refusé de lui accorder A remise gracieuse de sa dette d'un montant de 2 592,47 euros correspondant au solde de cet indu.
2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. (). ".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre A décision rejetant A demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si A remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée A remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent A volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. À cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser A fausse déclaration.
4. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". L'article L.262-9 même code prévoit que : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est majoré, pendant A période d'une durée déterminée, pour : 1° A personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; 2° A femme isolée en état de grossesse, ayant effectué la déclaration de grossesse et les examens prénataux. La durée de la période de majoration est prolongée jusqu'à ce que le dernier enfant ait atteint un âge limite. Est considérée comme isolée A personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. Lorsque l'un des membres du couple réside à l'étranger, n'est pas considéré comme isolé celui qui réside en France. ". En vertu de l'article L. 262-3 dudit code, l'ensemble des ressources du foyer est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active. Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ".
5. L'article 515-8 du code civil dispose que : " Le concubinage est A union de fait, caractérisée par A vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".
6. Il résulte des dispositions susvisées que pour le bénéfice du revenu de solidarité active, de la prime d'activité et de l'allocation de logement familiale, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur A vie de couple stable et continue. La vie maritale peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que pour mettre à la charge de Mme D l'indu dont elle demande la remise du solde, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault s'est appuyé sur les déclarations de son compagnon selon lesquelles le couple a vécu maritalement du 29 juillet 2018 au 4 août 2020. S'il résulte de l'instruction que ces déclarations s'inscrivent dans un contexte de séparation et de faits ayant donné lieu à un dépôt de plainte de Mme D, il résulte des termes du procès-verbal de cette plainte que Mme D a déclaré aux services de police être en situation de concubinage non déclaré. Par suite, ni cette vie de couple ni les salaires de son concubin n'ont été déclarés aux services compétents alors que Mme D était, ainsi qu'il résulte de ces déclarations, nécessairement informée de la nécessité de déclarer l'ensemble des ressources de son foyer. Alors qu'elle a persisté à se déclarer seule auprès des services de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault, y compris au cours des échanges postérieurs à ce dépôt de plainte, Mme D doit être regardée comme s'étant livrée à de fausses déclarations. Dans ces conditions, elle ne justifie pas se trouver en situation de bénéficier d'une remise gracieuse.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme C D et au département de l'Hérault.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le président,
D. BLa greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 10 novembre 2022.
La greffière,
F. Roman
No 2100999
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