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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401905

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401905

vendredi 14 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401905
TypeDécision
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 mars et 16 septembre 2024, M. D A C, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 décembre 2023 par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et l'a informé de ce qu'il pourra être réadmis en Espagne ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait les articles L. 426-11 et L. 426-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant réadmission :

- elle est entachée d'une insuffisante motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Bazin, représentant M. A C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né le 14 mars 1979, a sollicité le 15 mai 2023 la délivrance d'un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale ou en qualité de salarié. Par sa requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 18 décembre 2023 dans lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et l'a informé de ce qu'il pourra être réadmis en Espagne.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987: " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'accord franco-marocain renvoie ainsi, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre.

3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/ CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable : ./. 1° La carte de séjour temporaire portant la mention portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " entrepreneur/ profession libérale " s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 ou L. 421-5 () ".

4. Il ressort de la combinaison des textes précités qu'un ressortissant marocain qui dispose d'un titre de séjour de longue durée délivré par un autre Etat membre et qui souhaite obtenir en France un titre de séjour lui donnant l'autorisation de travailler doit, s'il veut bénéficier de l'exemption de l'exigence de visa de longue durée, en faire la demande dans les trois mois suivant son entrée en France.

5. Pour refuser de délivrer à M. A C un titre de séjour salarié, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait pas d'un visa long séjour faisant ainsi obstacle à l'instruction de sa demande d'autorisation de travail. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et des termes mêmes de l'arrêté, que M. A C, titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités espagnoles valable du 1er février 2021 au 1er février 2026, est entré pour la dernière fois sur le territoire le 2 février 2023 et qu'il a effectué une demande de titre de séjour le 15 mai suivant, soit après le délai de trois mois exigé par les dispositions précitées. Toutefois, d'une part, si le préfet conteste désormais, dans ses écritures en défense, la date d'entrée de l'intéressé au 2 février 2023, il ressort des pièces du dossier qu'il a lui-même relevé cette date d'entrée dans son courrier du 6 mars 2023 informant M. A C qu'étant en situation régulière pendant trois mois suivant le 2 février 2023 il devra déposer sa demande de titre à compter du 1er mai 2023. D'autre part, la circonstance que M. A C ait déposé une nouvelle demande en mai 2023, conformément aux préconisations faites par le préfet dans ce courrier du 6 mars, ne saurait faire obstacle à la circonstance qu'il avait, pendant le délai de trois mois, déposé une demande d'admission au séjour conformément aux dispositions précitées. Par suite, M. A C est fondé à soutenir qu'en lui opposant la condition de visa long séjour exigé par les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 18 décembre 2023 portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de la demande de M. A C dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. M. A C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bazin, avocate de M. A C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bazin de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 décembre 2023 du préfet de l'Hérault est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de la situation de M. A C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Bazin une somme de 1 200 euros sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C, au préfet de l'Hérault et à Me Bazin.

Délibéré après l'audience du 21 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Vincent Rabaté, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Marion Bossi, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2025.

La rapporteure,

I. B

Le président,

V. Rabaté La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 14 mars 2025.

La greffière,

B.Flaesch

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