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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1904157

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1904157

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1904157
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 juin 2019, le 13 octobre 2020 et le 26 octobre 2020, M. B A, représenté par Me Tournoud, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) subsidiairement, de prononcer la décharge des pénalités qui lui ont été infligées à hauteur de 40 % pour manquement délibéré ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration fiscale a commis des erreurs sur les termes de comparaison qu'elle a retenus ;

- n'étant pas maître de l'affaire au sens de l'article 109-1-2° du code général des impôts, il ne peut être le bénéficiaire des revenus considérés comme distribués ;

- il a bénéficié d'un avantage commercial sur le prix de vente des biens ;

- le caractère délibéré du manquement n'est pas rapporté par l'administration.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 novembre 2019, 21 octobre 2020 et 11 décembre 2020, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 4 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique

Considérant ce qui suit :

1. Par acte notarié du 10 février 2015, M. B A a acquis un ensemble immobilier auprès de la SCI Natura Green, qui a pour associé la SAS Alprom dont M. A détient une partie du capital, pour un montant de 150 000 euros. La SCI Natura Green a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période comprise entre le 21 mars 2013 et le 31 décembre 2015. Au cours du contrôle, le vérificateur a considéré que le prix payé par M. A pour l'acquisition du bien immobilier auprès de la SCI Natura Green, était inférieur à sa valeur vénale et constitutif d'un avantage occulte imposable entre les mains du bénéficiaire. Par une proposition de rectification du 6 janvier 2017, l'administration a notifié à M. A des rappels d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2015 ainsi que des pénalités majorées à 40 %. Les droits et pénalités en résultant ont été mis en recouvrement le 30 septembre 2018. Par un courrier en date du 7 novembre 2018, M. A a contesté les impositions mises à sa charge. Sa réclamation a fait l'objet d'une décision de rejet le 24 mai 2019. Par sa requête, M. A demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions supplémentaires qui ont été mises à sa charge au titre de l'année 2015 et des pénalités correspondantes.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes ; / () ". En cas d'acquisition par une société à un prix que les parties ont délibérément majoré par rapport à la valeur vénale de l'objet de la transaction ou, s'il s'agit d'une vente, délibérément minoré, sans que cet écart de prix comporte de contrepartie, l'avantage ainsi octroyé doit être requalifié comme une libéralité représentant un avantage occulte constitutif d'une distribution de bénéfices au sens des dispositions de l'article 111 c du code général des impôts, alors même que l'opération est comptabilisée en comptabilité et y est assortie de toutes les justifications concernant son objet et l'identité du cocontractant, dès lors que cette comptabilisation ne révèle pas, par elle-même, la libéralité en cause. La preuve d'une telle distribution occulte doit être regardée comme apportée par l'administration lorsqu'est établie l'existence, d'une part, d'un écart significatif entre le prix convenu et la valeur vénale du bien cédé, d'autre part, d'une intention, pour la société d'octroyer, et, pour le co-contractant, de recevoir, une libéralité du fait des conditions de la cession.

3. Lorsque l'administration procède à l'évaluation de la valeur vénale d'un bien en se référant à des transactions qui ont porté sur des immeubles situés à proximité de son lieu de situation, il lui appartient de retenir des termes de comparaison relatifs à des ventes qui ont porté sur des biens similaires, intervenues à une date peu éloignée dans le temps.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les biens immobiliers acquis le 10 février 2015 par M. A sont composés d'un garage, d'une cave et d'un appartement de type 3, situé au 2ème étage de l'immeuble, d'une surface de 46 m², exposé à l'est. Pour déterminer la valeur moyenne de ces biens, l'administration fiscale s'est fondée sur la vente, dans le même programme immobilier, d'une part, en juin 2014, d'un ensemble composé d'un garage, d'une cave et d'un appartement de type 2, au 1er étage, d'une surface de 46 m² exposé à l'est, d'autre part, en mai 2014, d'un ensemble composé d'un garage et d'un appartement de type 2, situé au 2ème étage, d'une superficie de 45 m², exposé à l'est, enfin, en juillet 2014, d'un appartement de type 2, au 2ème étage, d'une surface de 48 m², exposé au sud-ouest. Il suit de là que les éléments de comparaison retenus portent sur des biens similaires présentant des caractéristiques comparables aux lots litigieux en termes, notamment, de superficie, de type, de composition et d'étage. Le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait commis une erreur en ne prenant pas en compte dans ses termes de comparaison les quatorze logements et douze garages vendus par la SCI Natura Green à la société ICF sud-est Méditerranée, dès lors que cette société est une société anonyme d'habitation à loyer modéré placée sous le régime des ventes de logements sociaux à usage locatif conventionné dont le régime de taxe sur la valeur ajoutée est différent de celui appliqué aux logements dits " libres " et dont les surfaces et les répartitions des logements vendus étaient disparates en comparaison avec l'appartement vendu à M. A.

5. En deuxième lieu, sur la base des termes de comparaison retenus, l'administration a déterminé un prix de vente moyen de 982 euros par dix millièmes de propriété, soit une valeur de cession de 191 480 euros, à laquelle elle a appliqué l'abattement contractuellement prévu de 4,5 % pour frais de commercialisation. Ainsi, la valeur vénale du bien a été établie à 182 873 euros, soit une minoration du prix de 32 873 euros. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne résulte pas de l'instruction que les prix de vente des trois appartements précités, qui ont été retenus par l'administration fiscale comme éléments de comparaison pour déterminer la valeur des biens en cause, comprenaient des surcoûts liés aux travaux modificatifs réalisés par les acquéreurs. Par ailleurs, c'est à bon droit que pour comparer les prix de vente l'administration s'est basée sur des prix de cession établis à partir d'un prix hors taxe sur lequel a été appliqué une taxe sur la valeur ajoutée à 20 %. Il suit de là que l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve d'un écart significatif entre le prix convenu et la valeur vénale du bien cédé.

6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. A était, à la date de la cession des biens en cause, le 10 février 2015, associé à hauteur de 4,84 % dans la SAS Alprom, laquelle était associée à 50 % dans la SCI Natura Green. De plus, le père du requérant était associé majoritaire et dirigeant de la SAS Alprom. Il résulte également de l'instruction que les rectifications litigieuses ont été opérées par l'administration fiscale sur le fondement des dispositions précitées du c de l'article 111 du code général des impôts et que ce n'est que par erreur que la proposition de rectification adressée le 6 janvier 2017 à M. A mentionne l'article 109-1-1° du code général des impôts, au demeurant une seule fois, comme base des rectifications opérées. Par ailleurs, M. A n'établit pas que l'avantage consenti par la SCI Natura Green serait un rabais commercial, aucun autre acquéreur n'ayant bénéficié d'un tel rabais et aucune explication n'étant donnée pouvant justifier l'application de ce rabais. Par suite, et alors même que M. A était associé minoritaire de la SCI Natura Green, c'est à bon droit que l'administration fiscale a estimé que la minoration de prix dont il a bénéficié était constitutive d'une libéralité, imposable entre ses mains comme revenu distribué.

Sur les pénalités :

7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".

8. Pour établir le caractère délibéré du manquement, l'administration fiscale fait valoir, sans être contestée, que M. A en sa qualité d'associé de la SCI Natura Green et d'acquéreur des biens en cause, ne pouvait ignorer que la cession réalisée à son profit l'était à un prix minoré, qu'il s'agissait d'un avantage significatif qui ne présentait aucun intérêt pour la société et qui ne lui a été consenti que dans son seul intérêt. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a assorti les redressements litigieux de la pénalité de 40 % prévue par les dispositions précitées du a. de l'article 1729 du code général des impôts.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins de décharge des impositions supplémentaires et des pénalités auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

Le rapporteur,

M. HEINTZ

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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