jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-1904477 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | JURISOPHIA SAVOIE - AIX LES BAINS ET ANNECY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2019, la SARL Alpine Active, représentée par Me Daly, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er juin 2014 au 31 mai 2017, des intérêts de retard et des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle exerce une activité de transport public de voyageur ;
- sa flotte de véhicules est affectée exclusivement au transport public de personnes ;
- l'activité de transport est indépendante de son activité d'hébergement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2020, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SARL Alpine Active ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Alpine Active, qui exerce une activité d'hébergement touristique à Morzine en Haute-Savoie, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er juin 2014 au 31 décembre 2017. A l'issue de cette vérification, une proposition de rectification, en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée, en date du 12 juillet 2018, lui a été notifiée le 16 juillet 2018. Par un courrier 10 septembre 2018, la société Alpine Active a formulé des observations auxquelles il a été répondu le 25 septembre 2018. Le 22 octobre 2018 elle a formé un recours hiérarchique qui a été partiellement rejeté le 16 novembre 2018. Les impositions supplémentaires en résultant ont été mises en recouvrement le 15 janvier 2019. Par un courrier du 5 avril 2019, la SARL Alpine Active a contesté les impositions mises à sa charge. Sa réclamation a été partiellement acceptée par l'administration le 14 mai 2019. Par sa requête, la SARL Alpine Active demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er juin 2014 au 31 décembre 2017, ainsi que des intérêts de retard et des pénalités correspondantes.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. D'une part, aux termes de l'article 205 de l'annexe II au code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction ". Aux termes du I de l'article 206 de la même annexe : " Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission. ". Aux termes du 2 du IV de cet article 206 : " Le coefficient d'admission est nul dans les cas suivants : / () / 5° Pour les prestations de transport de personnes et les prestations accessoires à ce transport, à l'exclusion de celles réalisées soit pour le compte d'une entreprise de transports publics de voyageurs, soit en vertu d'un contrat permanent de transport conclu par les entreprises pour amener leur personnel sur les lieux de travail ; / 6° Pour les véhicules ou engins, quelle que soit leur nature, conçus pour transporter des personnes ou à usages mixtes, à l'exception de ceux : / () / f. Acquis par les entreprises de transports publics de voyageurs et affectés de façon exclusive à la réalisation desdits transports () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 298 du code général des impôts, dans sa version en vigueur entre le 1er mai 2010 et le 1er janvier 2017 : " () 4.1° N'est pas déductible la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux achats, importations, acquisitions intracommunautaires, livraisons et services portant sur : / a. les essences utilisées comme carburants mentionnées au tableau B de l'article 265 du code des douanes, à l'exception de celles utilisées pour les essais effectués pour les besoins de la fabrication de moteurs ou d'engins à moteur ; () ". Et aux termes de de l'article 298 du même code, dans sa version en vigueur entre le 1er janvier 2017 et le 1er janvier 2021 : " 4.1° N'est pas déductible la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux achats, importations, acquisitions intracommunautaires, livraisons et services portant sur : / a. Dans la limite de 90 % de son montant à partir du 1er janvier 2017, () les essences utilisées comme carburants mentionnés au tableau B du 1 de l'article 265 du code des douanes pour des véhicules et engins exclus du droit à déduction ainsi que pour des véhicules et engins pris en location quand le preneur ne peut pas déduire la taxe relative à cette location, à l'exception de celles utilisées pour les essais effectués pour les besoins de la fabrication de moteurs ou d'engins à moteur. / Pour la totalité de son montant jusqu'au 31 décembre 2017, () les essences utilisées comme carburants mentionnés au même tableau B utilisées pour des véhicules et engins autres que ceux mentionnés au premier alinéa du présent a, à l'exception de celles utilisées pour les essais effectués pour les besoins de la fabrication de moteurs ou d'engins à moteur. A compter du 1er janvier 2022, la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux achats, importations, acquisitions intracommunautaires, livraisons et services portant sur les essences mentionnées au présent alinéa est déductible dans sa totalité ; () ".
4. Enfin, lorsqu'une opération économique soumise à la taxe sur la valeur ajoutée est constituée par un faisceau d'éléments et d'actes, il y a lieu de prendre en compte toutes les circonstances dans lesquelles elle se déroule aux fins de déterminer si l'on se trouve en présence de plusieurs prestations ou livraisons distinctes ou d'une prestation ou livraison complexe unique. Chaque prestation ou livraison doit en principe être regardée comme distincte et indépendante. Toutefois, l'opération constituée d'une seule prestation sur le plan économique ne doit pas être artificiellement décomposée pour ne pas altérer la fonctionnalité du système de la taxe sur la valeur ajoutée. De même, dans certaines circonstances, plusieurs opérations formellement distinctes, qui pourraient être fournies et taxées séparément, doivent être regardées comme une opération unique lorsqu'elles ne sont pas indépendantes. Tel est le cas lorsque, au sein des éléments caractéristiques de l'opération en cause, certains éléments constituent la prestation principale, tandis que les autres, dès lors qu'ils ne constituent pas pour les clients une fin en soi mais le moyen de bénéficier dans de meilleures conditions de la prestation principale, doivent être regardés comme des prestations accessoires partageant le sort fiscal de celle-ci. Tel est le cas, également, lorsque plusieurs éléments fournis par l'assujetti au consommateur, envisagé comme un consommateur moyen, sont si étroitement liés qu'ils forment, objectivement, une seule opération économique indissociable, le sort fiscal de celle-ci étant alors déterminé par celui de la prestation prédominante au sein de cette opération.
5. Il résulte de l'instruction que l'administration a refusé à la SARL Alpine Active le bénéfice de la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée acquittée, d'une part, lors de l'achat en 2016 d'un véhicule de marque Renault Trafic, d'autre part, pour la location et l'entretien de plusieurs véhicules ainsi que pour l'achat de carburant, au motif que, s'agissant de prestations de transport de personnes et de prestations accessoires auxdits transports au sens du 5° du 2 du IV de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts, le coefficient d'admission de la taxe était nul ainsi que, par voie de conséquence, le coefficient de déduction conformément à l'article 205 de la même annexe. Toutefois, il résulte de l'instruction que la société Alpine Active s'est vue délivrer par le préfet de la région Rhône-Alpes, le 26 janvier 2015, une autorisation d'exercer la profession de transporteur public routier au moyen de véhicules motorisés et que ses statuts mentionnent que son objet social est, d'une part, l'exploitation d'établissements d'hébergement avec ou sans services para-hôteliers, d'autre part, le transport public routier de personnes. Il résulte également de l'instruction que la société requérante délivre essentiellement pour ses clients, mais aussi accessoirement pour les clients d'autres prestataires d'hébergement, un service facultatif et onéreux de transport entre l'aéroport de Genève et la commune de Morzine, dont le prix n'est pas intégré dans le coût de location des hébergements. En outre, le tarif pratiqué est identique pour ses clients et ceux des autres prestataires d'hébergement. Il suit de là que la société Alpine Active qui délivre ainsi un service payant de transport, non pour ses propres besoins, mais pour celui de sa clientèle et de celle d'autres prestataires, doit être regardée comme une entreprise de transports publics de voyageurs au sens des dispositions précitées du code général des impôts. Enfin, il n'est pas contesté que la prestation de transport ainsi assurée est facultative et qu'elle n'est pas indispensable à l'exercice de l'activité d'hébergement de la société Alpine Active, dès lors, d'une part, que ses clients demeurent libres d'organiser leur transport entre l'aéroport de Genève et la commune de Morzine, d'autre part, ainsi qu'il a été dit, que ce service est proposé à la clientèle d'autres établissements d'hébergement. Dans ces conditions, la prestation de transport proposée par la société requérante ne forme pas une opération économique indissociable et dépendante de son activité d'hébergement. Par suite, la société Alpine Active était fondée à déduire la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé l'acquisition du véhicule Renault Trafic ainsi que les dépenses pour la location et l'entretien des véhicules servant au transport des voyageurs. En revanche, et conformément aux dispositions précitées de l'article 298 du code général des impôts dans ses deux versions alors en vigueur, la taxe sur la valeur ajoutée relative aux frais de carburant n'était pas déductible.
6. Il résulte de ce qui précède que la société Alpine Active doit être déchargée des rappels de taxe sur la valeur ajoutée relatifs aux prestations de transport, à l'exclusion de ceux portant sur ses frais de carburant, mis à sa charge au titre de la période du 1er juin 2014 au 31 décembre 2017, ainsi que des intérêts de retard et des pénalités correspondantes.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SARL Alpine Active et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La SARL Alpine Active est déchargée des rappels de taxe sur la valeur ajoutée relatifs aux prestations de transport, à l'exclusion de ceux portant sur ses frais de carburant, mis à sa charge au titre de la période du 1er juin 2014 au 31 décembre 2017, ainsi que des intérêts de retard et des pénalités correspondantes.
Article 2 : L'Etat versera à la SARL Alpine Active une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Alpine Active et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le rapporteur,
M. HEINTZ
Le président,
V. L'HÔTE La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026