jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-1904618 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I / Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 1904618 le 15 juillet 2019 et le 21 juillet 2022, la SCI Melody, représentée par la SELARL Arbor, Tournoud et associés, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2016 et 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2017 au 30 juin 2018, et des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a cessé son activité de location de meublé en 2015 ;
- son activité de location n'est pas passible à l'impôt sur les sociétés à défaut d'option valide ;
- le code général des impôts exonère de taxe sur la valeur ajoutée la location de meublé, sans possibilité d'option ;
- la location de biens nus à usage professionnel est exonérée de taxe sur la valeur ajoutée, sauf option qu'elle n'a pas exercée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2020, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SCI Melody ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 13 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 septembre 2022.
II / Par une requête, enregistrée sous le n° 2007989 le 23 décembre 2020, la SCI Melody, représentée par la SELARL Arbor, Tournoud et associés, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er juillet 2018 au 31 mars 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-le code général des impôts exonère de taxe sur la valeur ajoutée la location de meublé, sans possibilité d'option ;
-la location de biens nus à usage professionnel est exonérée de taxe sur la valeur ajoutée, sauf option qu'elle n'a pas exercée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2021, le directeur départemental de finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SCI Melody ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 13 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 septembre 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Melody, qui exerce une activité de location de biens immobiliers, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 et jusqu'au 31 décembre 2016 en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée, qui a donné lieu à des rappels d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée. Le 1er septembre 2017 et le 21 juin 2018 l'administration fiscale a mis en demeure la SCI Melody de déposer ses déclarations de résultat en ce qui concerne les exercices 2016 et 2017 ainsi que ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée. En l'absence de déclaration, le service de contrôle a notifié à la SCI Melody, le 19 septembre 2018, une proposition de rectification, en date du 18 septembre 2018, en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée. Ces rappels ont été mis en recouvrement le 15 novembre 2018. Le 22 mars 2019, la SCI Melody a formé une réclamation qui a été rejetée le 24 mai 2019. Par ailleurs, le 19 septembre 2019, l'administration a notifié à la SCI Melody une proposition de rectification, datée du 16 septembre 2019, portant sur des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er juillet 2018 au 30 mars 2019. Ces rappels ont été mis en recouvrement le 15 novembre 2019. La SCI Melody a contesté l'imposition mise à sa charge par une réclamation en date du 12 décembre 2019, qui a été rejetée par une décision du 23 novembre 2020. Par ses requêtes, la SCI Melody demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2016 et 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 mars 2019, et des pénalités correspondantes.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 1904618 et 2007989 concernent le même contribuable. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
3. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 de ce livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". Aux termes de l'article R. 194-1 du même livre : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. ".
4. D'une part, les cotisations d'impôt sur les sociétés et les rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels la SCI Melody a été assujettie, respectivement, au titre des exercices 2016 et 2017, et de la période du 1er janvier 2017 au 31 mars 2019, ont été établis d'office en application des dispositions du 2° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales et de l'article L. 68 du même livre, pour défaut de dépôt de ses déclarations dans les trente jours de la réception d'une mise en demeure. D'autre part, la société requérante s'est abstenue de répondre aux propositions de rectification qui lui ont été notifiées les 18 septembre 2018 et 16 septembre 2019. Dès lors elle supporte, en application des dispositions précitées tant des articles L. 193 et R. 193-1 du livre des procédures fiscales que de l'article R. 194-1 du même livre, la charge de la preuve de l'exagération des impositions qu'elle conteste. Toutefois, il appartient à l'administration qui entend procéder à la taxation d'office d'un revenu professionnel pour défaut de déclaration d'établir, dans tous les cas, que le contribuable exerce une activité professionnelle génératrice de revenus.
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :
5. Aux termes du 2 de l'article 206 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 239 ter, les sociétés civiles sont également passibles dudit impôt, même lorsqu'elles ne revêtent pas l'une des formes visées au 1, si elles se livrent à une exploitation ou à des opérations visées aux articles 34 et 35 ". Aux termes de l'article 34 de ce code " Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale. () ". Et aux termes de l'article 35 du même code : " I. - Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : / () / 5° Personnes qui donnent en location un établissement commercial ou industriel muni du mobilier ou du matériel nécessaire à son exploitation, que la location comprenne, ou non, tout ou partie des éléments incorporels du fonds de commerce ou d'industrie () ".
6. En l'espèce, l'administration a taxé d'office à l'impôt sur les sociétés, pour les exercices 2016 et 2017, les loyers qu'aurait perçus la SCI Melody pour un bien immobilier situé rue du Forum à Annecy, donné en location meublée. Toutefois, alors que la SCI soutient avoir cessé cette activité depuis 2015, l'administration n'apporte pas la preuve de la réalité de cette activité en se bornant à faire valoir que la requérante avait souscrit des déclarations de résultat modèle 2065-SD au titre des exercices 2014 et 2015, puis plus aucune déclaration de résultat au titre des exercices 2016 et 2017. Elle ne justifie pas plus du bien-fondé de la taxation à l'impôt sur les sociétés par le fait que la SCI, à la suite de sa réclamation du 22 mars 2019, n'a pas répondu à l'invitation qu'elle lui a adressée de produire les justificatifs relatifs à la cessation de son activité de location de meublés. Par suite, l'administration ne rapporte pas la preuve qui lui incombe. Dans ces circonstances, la SCI Melody est fondée à demander la décharge des suppléments d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des exercices 2016 et 2017 ainsi que des pénalités correspondantes.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :
7. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. ". Aux termes de l'article 260 de ce code : " Peuvent sur leur demande acquitter la taxe sur la valeur ajoutée : / () / 2° Les personnes qui donnent en location des locaux nus pour les besoins de l'activité d'un preneur assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée ou, si le bail est conclu à compter du 1er janvier 1991, pour les besoins de l'activité d'un preneur non assujetti. / L'option ne peut pas être exercée : / a. Si les locaux nus donnés en location sont destinés à l'habitation ou à un usage agricole ; () ". Aux termes de l'article 261 D du même code : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : / () / 2° Les locations de terrains non aménagés et de locaux nus () ; / () / 4° Les locations occasionnelles, permanentes ou saisonnières de logements meublés ou garnis à usage d'habitation. () ".
8. L'administration a taxé d'office à la taxe sur la valeur ajoutée les loyers qu'aurait perçus la SCI Meldoy, sur la période du 1er janvier 2017 au 31 mars 2019, pour la location d'un local commercial aménagé, situé avenue Louis Bordes, dans la commune de Stains en Seine-Saint-Denis. Toutefois, si l'administration fait valoir, d'une part, que les avis d'échéances et les quittances de loyer relatifs à ce local commercial faisaient l'objet d'une facturation de la taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2014 au 31 octobre 2016 et, d'autre part, que la SCI a déposé régulièrement des déclarations trimestrielles de taxe sur la valeur ajoutée jusqu'au 3ème trimestre de l'année 2015, elle n'apporte pas la preuve qui lui incombe qu'au cours de la période litigieuse le local en cause était encore loué. Dans ces circonstances, la SCI Melody est fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 mars 2019 et des pénalités correspondantes.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCI Melody et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La société Alpine Active est déchargée des suppléments d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des exercices 2016 et 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 mars 2019, ainsi que des pénalités correspondantes.
Article 2 : L'Etat versera à la SCI Melody une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761- du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Melody et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le rapporteur,
M. HEINTZ
Le président,
V. L'HÔTE La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2007989
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026