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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2001594

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2001594

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2001594
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête et des mémoire enregistrés le 9 mars et le 3 décembre 2020, le 19 janvier, le 2 septembre et le 18 octobre 2022 sous le numéro 2001594, Mme B A, représentée par Me Tournoud, demande au tribunal :

1°) de lui accorder la décharge des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée et les pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er décembre 2014 au 31 décembre 2015 par un avis de mise en recouvrement du 31 mai 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration n'établit pas que le chiffre d'affaires encaissé excède les limites de la franchise en base, ainsi la procédure de taxation d'office est irrégulière ;

- elle a bénéficié d'une exonération du ministre en service en 2014 qui n'a pas été communiquée au service de contrôle ;

- le montant du chiffre d'affaires inclut uniquement les versements reçus de la société Kang qui contracte directement avec le client et lui reverse uniquement le prix convenu pour la prestation ;

- les recettes encaissées en 2014 et 2015 s'élèvent à 19 835 et 33 148 euros, ainsi les sommes déclarées au titre des deux années doivent être déduites du chiffre d'affaires taxable qui ne dépasse pas le plafond du régime de la franchise en base.

Par des mémoires en défense enregistrés le 29 septembre 2020, le 17 août et le 12 octobre 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la décharge du rappel de 483 euros des pénalités incluses au titre du mois de décembre 2014 et au rejet du surplus de la requête.

Il soutient que :

- les services centraux de la direction générale des finances publiques n'ont été saisis d'aucune demande de Mme A et aucune décision du ministre la concernant n'a été notifiée aux services départementaux ; le caractère probant du courrier joint à la procédure est remis en cause ;

- la charge de la preuve incombe à la requérante qui a été taxée d'office ;

- elle peut bénéficier de la franchise en base de TVA pour l'année 2014 mais relève du régime réel en 2015.

II- Par une réclamation du 20 septembre 2020 transmise le 25 mars 2021 au tribunal en application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, et des mémoires enregistrés le 31 mai 2021, le 4 février 2022 et le 2 septembre 2022 sous le numéro 2101956, Mme B A, représentée par Me Tournoud, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et des pénalités correspondantes mis à sa charge au titre des années 2014 et 2015 à hauteur de ce qui excède les montants effectivement encaissés, soit 19 835 euros en 2014 et 33 148 euros en 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a bénéficié d'une exonération en 2014 et 2015 qui n'a pas été communiquée au service de contrôle ;

- le montant du chiffre d'affaires inclut uniquement les versements reçus de la société Kang qui contracte directement avec le client et lui reverse uniquement le prix convenu pour la prestation ;

- les recettes encaissées en 2014 et 2015 s'élèvent à 19 835 et 33 148 euros, ainsi les sommes déclarées au titre des deux années doivent être déduites du chiffre d'affaires taxable qui ne dépasse pas le plafond du régime déclaratif spécial.

Par son mémoire introductif d'instance enregistré le 25 mars 2021 et des mémoires enregistrés le 11 janvier, le 17 août et le 12 octobre 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la réclamation.

Il soutient que :

- les services centraux de la direction générale des finances publiques n'ont été saisis d'aucune demande de Mme A et aucune décision du ministre la concernant n'a été notifiée aux services départementaux ; le caractère probant du courrier joint à la procédure est remis en cause ;

- l'absence de prise en compte de la rémunération de 45 % ne modifie pas le montant du bénéfice net notifié dans la proposition de rectification du 10 novembre 2017 ;

- elle ne peut bénéficier du régime déclaratif spécial dans la mesure où le chiffre d'affaires retenu au titre de l'année 2014 dépasse le seuil limite de 32 900 euros ramené au temps d'activité dans l'année soit 281 jours sur 365.

Vu les autres pièces de ces dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,

- et les observations de Me Hakkar représentant Mme A.

Une note en délibéré présentée pour Mme A a été enregistrée le 8 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a créé le 26 mars 2014 une activité individuelle imposable dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, sous le régime de l'autoentreprise et de la franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée. Dans le cadre d'un contrôle sur pièces portant sur les années 2014 et 2015, l'administration a remis en cause le régime de franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée à compter du mois de décembre 2014 et a rectifié le montant des bénéfices déclarés au titre des deux années. Par une réclamation du 20 juillet 2019, Mme A a contesté les rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis en recouvrement le 31 mai 2019. Sa réclamation ayant été rejetée par une décision du 23 janvier 2020, elle demande, dans la présente instance, la décharge des droits supplémentaires et des pénalités qui lui ont été réclamés au titre du mois de décembre 2014 et de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015. Les suppléments d'impôt sur le revenu ont été mis en recouvrement le 30 septembre 2019 à hauteur de 8 152 euros pénalités incluses au titre de l'année 2014 et de 14 802 euros au titre de l'année 2015. Par une réclamation du 20 septembre 2020, transmise au Tribunal en application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, Mme A demande la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge.

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2001594 et 2101956 concernent la même contribuable. Elles présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour se prononcer par un même jugement.

3. En réponse à la proposition de rectification qui lui a été adressée le 10 novembre 2017, Mme A s'est prévalue d'un courrier du ministre de l'économie et des finances daté du 6 mars 2014 lui accordant " une exonération totale anticipée sur les cotisations sociales personnelles, la TVA, l'impôt professionnel et l'impôt sur le revenu " pour la période du 26 mars 2014 au 26 mars 2019. Les services départementaux n'ont jamais reçu ce courrier et soutiennent qu'il s'agit d'un faux, les termes utilisés et la charte graphique ne respectant pas les critères habituels. En outre, les services du ministère n'ont retrouvé aucune trace de la saisine de Mme A et cette dernière n'a pas non plus transmis le courrier de saisine du ministre du 7 février 2014 qui est cité dans la lettre. Par suite, le courrier produit par Mme A ne peut lui permettre de bénéficier de l'exonération dont elle se prévaut.

Sur la taxe sur la valeur ajoutée :

4. Selon l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes () ".

5. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Selon l'article 266 de ce code : " 1. La base d'imposition est constituée : a. Pour les livraisons de biens, les prestations de services et les acquisitions intracommunautaires, par toutes les sommes, valeurs, biens ou services reçus ou à recevoir par le fournisseur ou le prestataire en contrepartie de ces opérations, de la part de l'acheteur, du preneur ou d'un tiers, y compris les subventions directement liées au prix de ces opérations (..) ".

6. Aux termes de l'article 293 B du code général des impôts, dans sa version applicable aux années en litige : " I.-Pour leurs livraisons de biens et leurs prestations de services, les assujettis établis en France () bénéficient d'une franchise qui les dispense du paiement de la taxe sur la valeur ajoutée, lorsqu'ils n'ont pas réalisé : () 2°() un chiffre d'affaires afférent à des prestations de services, hors ventes à consommer sur place et prestations d'hébergement, supérieur à : a) 32 900 € l'année civile précédente ; b) Ou 34 900 € l'année civile précédente, lorsque la pénultième année il n'a pas excédé le montant mentionné au a. II.-1. Le I cesse de s'appliquer : () b) () à ceux dont le chiffre d'affaires de l'année en cours afférent à des prestations de services, hors ventes à consommer sur place et prestations d'hébergement, dépasse le montant mentionné au b du 2° du I. 2. Les assujettis visés au 1 deviennent redevables de la taxe sur la valeur ajoutée pour les prestations de services et les livraisons de biens effectuées à compter du premier jour du mois au cours duquel ces chiffres d'affaires sont dépassés. () "

7. Mme A qui relevait du régime de la franchise de taxe sur la valeur ajoutée, n'a déclaré aucun chiffre d'affaires au titre des années 2014 et 2015. Ainsi, pour déterminer le chiffre d'affaires toutes taxes comprises de l'intéressée, l'administration a ajouté au montant des recettes brutes mentionnées sur ses déclarations d'impôt sur le revenu, le montant des sommes perçues de la société Kang, majorées de la commission prélevée par cette société sur le coût de sa prestation, et, en 2014, le montant des honoraires perçus d'une société Elitemed communication. Si Mme A fait valoir que les sommes déclarées auraient dû venir en déduction du chiffre d'affaires déterminé par l'administration, elle ne donne aucune explication sur les montants inscrits sur ses déclarations d'impôt sur le revenu des années 2014 et 2015, et elle est seule en mesure d'établir que les sommes déclarées proviennent des sociétés Kang et Elitemed communication.

8. Il résulte de l'instruction que la société Kang vend des prestations de voyance aux utilisateurs de son site. Selon les mentions du site reprises par la requérante dans ses écritures, l'utilisateur qui commande une prestation via la plateforme, conclut un contrat avec la société Kang qui a procédé à l'achat de celle-ci auprès du prestataire désigné dans la commande et lui confie l'exécution de la prestation vendue à l'utilisateur. Mme A qui a effectué des prestations pour la société Kang en 2014 et 2015 soutient que c'est à tort qu'elle a été imposée sur la totalité du prix de la prestation incluant les commissions de 45 % prélevées par la société Kang alors qu'elle n'a pas de relation contractuelle avec les utilisateurs mais uniquement avec la société qui lui achète ses prestations. L'administration qui ne conteste pas la description des relations contractuelles effectuée par la requérante, ne verse au dossier aucun élément établissant que la société Kang agissait au nom et pour le compte de Mme A et avait ainsi la qualité d'intermédiaire transparent susceptible de fonder l'incorporation de la commission dans le chiffre d'affaires imposable de Mme A. Dans ces conditions, cette dernière est fondée à soutenir que c'est à tort que les sommes perçues de la société Kang ont été majorées de la commission de 45 % prélevée par la société.

9. Selon les explications de l'administration en défense, le montant du chiffre d'affaires de Mme A incluant les recettes déclarées, les sommes perçues de la société Kang et les honoraires versés par la société Elitemed Communication, s'élève en 2014 à la somme de 26 932 euros hors taxes. Ainsi, Mme A dont les revenus étaient inférieurs au plafond annuel de 34 900 euros en 2014 n'était pas redevable de la taxe au titre de cette même année et doit être déchargée de la somme de 483 euros pénalités incluses qui lui a été réclamée au titre du mois de décembre 2014.

10. En revanche, Mme A ayant débuté son activité le 26 mars 2014, ses revenus de l'année 2014 sont supérieurs au plafond de 34 900 euros ajusté au prorata du temps d'activité au cours de l'année civile. Elle ne peut ainsi prétendre au régime de franchise énoncé à l'article 293 B du code général des impôts, au titre de l'année 2015. En outre, il résulte de l'instruction que le montant de la taxe collectée sur le chiffre d'affaires diminué de la commission de 45 % est identique au montant de la taxe sur la valeur ajoutée nette mise en recouvrement par l'administration qui avait admis dans le cadre de la procédure contradictoire la déduction de la taxe sur le montant des commissions reversées à la société Kang. Par suite, l'administration qui établit le dépassement des limites de la franchise en base à compter du 1er janvier 2015, a pu taxer d'office Mme A à la taxe sur la valeur ajoutée au titre de cette même année.

Sur les bénéfices non commerciaux :

11. Aux termes de l'article 102 ter du code général des impôts dans sa version alors en vigueur : " 1. Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus non commerciaux d'un montant annuel, ajusté s'il y a lieu au prorata du temps d'activité au cours de l'année civile, n'excédant pas 32 900 € hors taxes est égal au montant brut des recettes annuelles diminué d'une réfaction forfaitaire de 34 % avec un minimum de 305 €. () "

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que le montant des recettes perçues par Mme A entre le 26 mars et le 31 décembre 2014 s'élève à la somme de 26 932 euros, montant supérieur au plafond de 32 900 euros ajusté au temps d'activité au cours de l'année civile. En outre, le montant de ses recettes s'élève à 50 456 euros hors taxes en 2015. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle relevait du régime spécial énoncé à l'article 102 ter du code général des impôts.

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :Mme A est déchargée de la somme de 483 euros pénalités incluses qui lui a été réclamée au titre du mois de décembre 2014.

Article 2 :L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme C et Mme D, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

C. C

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2101956

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