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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002801

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002801

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002801
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 mai et le 4 novembre 2020, M. et Mme D A, représentés par Me Tournoud, demandent au tribunal :

1°) de leur accorder la restitution des cotisations sociales acquittées à hauteur de la somme de 116 447 euros au titre de l'année 2013 à raison de la plus-value à long terme déclarée à proportion de leurs droits dans les bénéfices de la SCI Mercure ainsi que le paiement des intérêts moratoires ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- en procédant à une compensation de prélèvements de natures différentes, l'administration n'a pas restitué les prélèvements sociaux mentionnés dans le rôle primitif ;

- en effet l'article L. 80 du livre des procédures fiscales n'autorise pas la compensation entre l'impôt sur le revenu et les contributions sociales ;

- en outre, le service des impôts n'était pas compétent ni fondé à procéder au recouvrement et à l'imputation des contributions sociales appelées à raison de la taxation opérée dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux sur le fondement de l'article 239 ter du code général des impôts ;

- leur demande est légitime car selon le BOI-CF-PGR-30-50 n° 380, ils ne peuvent obtenir la restitution qu'en contestant l'imposition supplémentaire et l'imposition qui comportait la surtaxe.

Par des mémoires en défense enregistrés le 28 octobre 2020 et le 3 février 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les droits réclamés leur ont été restitués en juin 2017 et que la compensation est régulière.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,

- et les observations de Me Akkar représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale : " I. Les personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts sont assujetties à une contribution sur les revenus du patrimoine assise sur le montant net retenu pour l'établissement de l'impôt sur le revenu, à l'exception de ceux ayant déjà supporté la contribution au titre des articles L. 136-3, L. 136-4 et L. 136-7 : () e) Des plus-values, gains en capital et profits réalisés sur les marchés à terme d'instruments financiers et de marchandises, ainsi que sur les marchés d'options négociables, soumis à l'impôt sur le revenu, de même que des distributions définies aux 7 et 8 du II de l'article 150-0 A du code général des impôts et du gain défini à l'article 150 duodecies du même code ; () III.- La contribution portant sur les revenus mentionnés aux I à II ci-dessus est assise, contrôlée et recouvrée selon les mêmes règles et sous les mêmes sûretés, privilèges et sanctions que l'impôt sur le revenu. () Les dispositions de l'article L. 80 du livre des procédures fiscales sont applicables. () ". Aux termes de l'article L. 80 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut effectuer toutes les compensations entre l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les sociétés, la contribution prévue à l'article 234 nonies code général des impôts, la taxe d'apprentissage, la taxe sur les salaires, la cotisation perçue au titre de la participation des employeurs à l'effort de construction, établis au titre d'une même année. () ".

2. Le profit résultant de la cession, en 2013, par la SCI Mercure de l'immeuble dont elle était propriétaire depuis 2002, déclaré par elle comme une plus-value professionnelle à long terme imposable à l'impôt sur le revenu au taux proportionnel entre les mains des associés à raison de leurs droits dans les bénéfices de la SCI, était, en application de l'article L. 136-6 précité du code général des impôts, soumis à la contribution sur les revenus du patrimoine. Il résulte de l'instruction que, du fait de la requalification en produit d'exploitation du profit constaté lors de la cession de l'ensemble immobilier en 2013, les contributions sociales d'un montant de 116 447 euros établies par le rôle initial et acquittées par M. et Mme A à raison de la plus-value à long terme déclarée par la SCI Mercure, ont été imputées d'office par l'administration sur la cotisation d'impôt sur le revenu résultant du contrôle dans le rôle supplémentaire du 30 juin 2017. Ce faisant, l'administration a procédé à la compensation d'assiette prévue au III de l'article L. 136-6 du code de la sécurité qui renvoie à l'article L. 80 du livre des procédures fiscales dont le premier alinéa permet, dans le cadre d'une procédure de redressement, de procéder à une compensation entre une taxation excessive commise au détriment d'un contribuable et une insuffisance constatée dans l'assiette de l'un des impôts énumérés par ce texte concernant le même contribuable au titre d'une même année.

3. En vertu des mêmes dispositions du III de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale, le recouvrement de la contribution sur les revenus du patrimoine relève de la compétence de l'administration fiscale, dans les mêmes conditions que l'impôt sur le revenu, et non de l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF) comme le font valoir les requérants. Par suite, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que l'administration n'était pas compétente pour procéder à la compensation litigieuse.

4. Il en résulte que M. et Mme A ne sont pas fondés, sur le terrain de la loi fiscale, à soutenir que l'administration ne pouvait pas légalement procéder à une compensation entre l'excès d'imposition aux prélèvements sociaux constaté à l'issue de la procédure de rectification dont ils s'étaient acquittés et l'insuffisance d'impôt sur le revenu résultant de la requalification en produit d'exploitation du profit constaté lors de la cession, en mai 2013 par la SCI Mercure, de l'ensemble immobilier acquis en 2002.

5. Enfin le paragraphe n° 380 du BOI-CF-PGR-30-50 cité dans la requête est sans incidence sur le droit à restitution dont les requérants se prévalent.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de restitution et de paiement des intérêts moratoires doivent être rejetées ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D A et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme B et Mme C, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le rapporteur,

C. B

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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