mardi 21 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2003505 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Juge unique 5 |
| Avocat requérant | CABINET LEGAL PERFORMANCES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 29 juin 2020, 10 novembre 2020 et 2 avril 2021, la société Concepson, représentée par Me Py, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Megève à lui verser la somme de 5 771,33 euros ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Megève la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le rejet de sa demande de relèvement de hauteur au-delà de 66 mètres d'altitude est entaché d'illégalité fautive, susceptible d'engager la responsabilité de la commune de Megève en ce que :
*la réponse de la commune de Megève est intervenue à l'issue d'un délai anormalement long ;
*ce refus méconnaît l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
*il méconnaît l'article L. 114-5-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
*il méconnaît l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
*les différents échanges y compris cette décision de refus ne comportent pas la mention des voies et délais de recours ;
*le maire de la commune de Megève a méconnu ses pouvoirs et ses compétences dès lors qu'il est crue, à tort, lié par les hauteurs de vol maximales à respecter par principe fixés par l'arrêté du 17 décembre 2015 relatif à l'utilisation de l'espace aérien par les aéronefs qui circulent sans personne à bord ;
- la commune de Megève a non seulement rejeté sa demande de relèvement de 66 mètres par rapport au point d'envol mais lui a également refusé de procéder à un vol ne dépassant pas cette altitude ; ce dernier refus est entaché d'illégalité fautive, susceptible d'engager sa responsabilité en ce que :
*un vol en scénario S-1 ne nécessite pas d'autorisation particulière et de notification préfectorale ;
*ce refus est entaché d'une erreur de droit, le maire s'étant octroyé, en dehors de tout cadre juridique, des pouvoirs de police qu'il ne détenait pas ;
*la commune a tenté de créer un régime d'autorisation préalable en dehors de tout cadre légal ;
*ce refus n'est pas motivé en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
*le comportement contradictoire de la commune l'a induite en erreur sur la possibilité de procéder à un quelconque vol ;
- elle évalue son préjudice à 2 271,33 euros au titre du préjudice matériel, 1 500 euros au titre de la perte de chance d'effectuer les missions envisagées et 2 000 au titre du préjudice moral.
Par des mémoires en défense enregistrés les 16 juillet 2020 et le 11 décembre 2020, la commune de Megève, représentée par Me Antoine, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société requérante à lui verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que :
- elle n'a commis aucune faute ;
- les conclusions nouvelles tendant à rehausser le montant sollicité au titre du préjudice matériel sont irrecevables ; en tout état de cause, le caractère certain du préjudice matériel n'est pas établi et le lien de causalité direct de ce préjudice avec les fautes alléguées n'est pas établi ;
- le caractère direct et certain de la perte de chance alléguée n'est pas établi ;
- le caractère direct et certain du préjudice moral allégué n'est pas établi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la décision de rejet de la réclamation préalable formée par la société requérante ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 17 décembre 2015 relatif à la conception des aéronefs civils qui circulent sans personne à bord, aux conditions de leur emploi et aux capacités requises des personnes qui les utilisent ;
- l'arrêté du 17 décembre 2015 relatif à l'utilisation de l'espace aérien par les aéronefs qui circulent sans personne à bord :
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme A,
- et les observations de Me Millet pour la société Concepson.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de son activité de production de films institutionnels et publicitaires, la société Concepson utilise des drones dont les possibilités et les conditions de vol sont réglementées par deux arrêtés du 17 décembre 2015. Envisageant une mission " drone " entre le 9 et le 13 février 2020 à proximité de l'altiport de Megève, dans une zone où la hauteur de vol est en principe limitée à 66 mètres, elle a adressé un courrier le 7 février 2020 à l'altiport de Megève afin d'être autorisée à dépasser la hauteur de 66 m, comptée à partir du point d'envol, pour atteindre un maximum de 150 mètres. Par courriel du 12 février 2020, le chargé des travaux de maintenance externalisés de la commune de Megève a informé la société Concepson que les pièces fournies étaient insuffisantes au regard du document " Aéronef télépiloté (Loisirs et professionnel) " et que les demandes devaient être adressées directement à la responsable de la sécurité des espaces publics de la commune au moins cinq jours ouvrés avant le vol envisagé. N'ayant pu effectuer le vol de drone qu'elle envisageait, la société Concepson sollicite l'indemnisation des préjudices subis du fait de l'illégalité du refus qui lui a été opposé.
Sur la responsabilité de la commune de Megève :
En ce qui concerne le refus allégué de procéder à un vol de drone ne dépassant pas 66 mètres d'altitude :
2. La société requérante soutient que la commune de Megève a non seulement rejeté sa demande de relèvement de 66 mètres par rapport au point d'envol mais lui a également refusé de procéder à un vol ne dépassant pas cette altitude. Toutefois, il ne résulte ni du courriel du 12 févier 2020 du chargé des travaux de maintenance externalisés de la commune de Megève ni d'aucun autre document émanant de la commune que celle-ci aurait refusé tout vol de drone jusqu'à 66 mètres. Les seuls écrits de la société requérante faisant état d'une telle interdiction opposée par téléphone, qui ont été formellement contestés dans un courrier du 25 mars 2020, du maire de Megève ne sont pas de nature à établir l'existence d'une interdiction d'un vol limité à 66 mètres de hauteur. Dans ces conditions, en l'absence de décision de refus de tout vol de drone jusqu'à 66 mètres, la société requérante ne saurait se prévaloir de l'illégalité fautive d'une telle décision par les moyens qu'elle invoque.
En ce qui concerne le comportement fautif de la commune de Megève :
3. Si la société Concepson soutient également avoir été induite en erreur sur la possibilité de procéder à un quelconque vol par le comportement de la commune qu'elle qualifie de contradictoire, elle ne l'établit pas.
En ce qui concerne le refus de relèvement de hauteur au-delà de 66 mètres d'altitude :
4. En premier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ne fixe, à peine d'illégalité, de délai pour statuer sur les demandes fondées sur l'article 4 de l'arrêté du 17 décembre 2015 relatif à l'utilisation de l'espace aérien par les aéronefs qui circulent sans personne à bord, l'administration saisie d'une telle demande devant toutefois se prononcer dans un délai raisonnable. En l'espèce, le délai de 5 jours qui s'est écoulé entre la demande de la société requérante du 7 février 2020 et la décision de refus du 12 février 2020 et qui comprend des jours non ouvrés ne peut être qualifiée de déraisonnable. Il en résulte que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la réponse de la commune de Megève serait intervenue à l'issue d'un délai anormalement long.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ".
6. Si, par courriel du 12 février 2020, le chargé des travaux de maintenance externalisés de la commune de Megève rappelle la nécessité d'adresser directement les demandes de vols de drone à la responsable de la sécurité des espaces publics de la commune, le rejet de la demande de la société requérante n'est pas fondée sur l'absence de transmission de sa demande à l'autorité administrative compétente. Il résulte d'ailleurs du courriel du 12 février 2020 que la demande de la société requérante adressée à l'altiport de Megève a été transmise à la responsable de la sécurité des espaces publics de la commune.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations () ".
8. Par courriel du 12 février 2020, le chargé des travaux de maintenance externalisés de la commune de Megève a indiqué à la société requérante que les pièces fournies à l'appui de sa demande n'étaient pas suffisantes en renvoyant cette dernière aux pièces nécessaires à l'instruction des demandes mentionnées dans le document " Aéronef télépiloté (Loisirs et professionnel) ". Ce document joint audit courriel, qui mentionne sans ambiguïté la nécessité de transmettre des documents relatifs à la mise en sécurité de l'appareil et des tiers, permettait ainsi à la société requérante de déterminer les pièces manquantes à sa demande, l'absence de visa des textes législatifs et règlementaires étant à cet égard sans incidence. Par ailleurs, l'absence de mention dans le courriel du 12 février 2020 d'un délai pour la production de ces pièces complémentaires n'a pas préjudicié à la société requérante dès lors qu'ayant sollicité une demande de relèvement de hauteur de vol pour une période expirant le 13 février 2020, elle ne pouvait ignorer que seule une production avant cette date lui permettrait d'obtenir un éventuel accord de la commune.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 114-5-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'absence d'une pièce au sein d'un dossier déposé par un usager en vue de l'attribution d'un droit ne peut conduire l'administration à suspendre l'instruction de ce dossier dans l'attente de la transmission de la pièce manquante (). Le présent article ne s'applique pas dans le cas où la pièce manquante est indispensable à l'administration pour instruire valablement le dossier ".
10. La demande de la société Concepson ne constitue pas une demande en vue de l'attribution d'un droit au sens des dispositions de l'article L. 114-5-1 du code des relations entre le public et l'administration et en tout état de cause, les pièces manquantes sollicitées par la commune de Megève et relatives à la sécurité, étaient indispensables à l'administration pour instruire valablement sa demande. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus du 12 février 2020 méconnaît l'article L. 114-5-1 du code des relations entre le public et l'administration.
11. En cinquième lieu, l'absence de mention des voies et délais de recours sur une décision administrative est sans incidence sur la légalité de celle-ci.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 17 décembre 2015 relatif à l'utilisation de l'espace aérien par les aéronefs qui circulent sans personne à bord : " Restrictions et interdictions de survol ()
4° L'aéronef qui circule sans personne à bord évolue hors du voisinage des infrastructures destinées à l'atterrissage ou au décollage selon les dispositions de l'annexe I et hors de l'emprise d'un aérodrome, sauf avec l'accord de l'organisme fournissant les services de la circulation aérienne sur l'aérodrome, à défaut, du prestataire du service d'information de vol de l'aérodrome, à défaut, de l'exploitant de l'aérodrome.
5° Les accords mentionnés aux 2° et 4° ci-dessus peuvent être subordonnés à l'établissement d'un protocole d'accord entre l'entité les délivrant et le responsable de l'activité définissant les conditions d'évolution de l'aéronef. L'établissement d'un protocole d'accord est obligatoire lorsque l'aéronef évolue hors vue ". L'annexe I établit les exigences à respecter par les aéronefs qui circulent sans personne à bord lors de leurs évolutions à proximité d'une piste, d'une aire d'approche finale et de décollage telle que définie dans l'arrêté du 29 septembre 2009 ou
d'une plate-forme destinée à être utilisée par des aéronefs ultralégers motorisés de façon permanente ou pour une activité rémunérée.
13. La société requérante soutient que la commune de Megève s'est crue, à tort, liée par les hauteurs de vol maximales à respecter par principe fixés par l'arrêté précité du 17 décembre 2015. Il résulte cependant de l'instruction que le rejet de la demande de relèvement de hauteur sollicité par la société requérante est fondé principalement sur l'absence d'élément permettant à la commune d'apprécier le maintien d'un niveau de sécurité pour les biens et les personnes. Dès lors que ce motif justifiait la décision de refus contestée, il ne peut être retenu une illégalité fautive engageant la responsabilité de la commune de Megève.
14. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions indemnitaires présentées par la société requérante doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Megève qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Concepson une somme de 1 200 euros au même titre.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la société Concepson est rejetée.
Article 2 :La société Concepson versera à la commune de Megève la somme de
1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à la société Concepson et à la commune de Megève.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.
La magistrate désignée,
A. B
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026