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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004946

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004946

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004946
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 18 août 2020, la société Frigair France, représentée par Me Tournoud, demande au tribunal :

1°) de lui accorder la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015 ainsi que des intérêts de retard et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le recours exclusif à une méthode de reconstitution de taxe sur la valeur ajoutée aux résultats imprécis ne peut qu'entraîner la décharge de ces rappels.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 novembre 2020, la direction de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que l'unique moyen soulevé n'est pas fondé.

La clôture d'instruction a été fixée au 3 octobre 2022 par une ordonnance du 16 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coutarel, première conseillère,

- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Frigair France, qui exerce une activité de vente de pièces automobiles a fait l'objet en 2017 d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, à l'issue de laquelle, par une proposition de rectification du 23 juin 2017, le service lui a notifié des rappels en matière de taxe sur la valeur ajoutée à raison d'une insuffisance de déclaration de taxe collectée. La réclamation présentée par la société Frigair France ayant fait l'objet d'une décision de rejet le 10 août 2020, elle demande au tribunal la décharge de ces impositions, des intérêts de retard et des pénalités correspondantes.

2. La société Frigair France soutient que la méthode de reconstitution de taxe sur la valeur ajoutée appliquée par l'administration fiscale entraîne des résultats imprécis. Il résulte de l'instruction que lors des opérations de contrôle, le service a observé une discordance entre les chiffres d'affaires déclarés par la société requérante en matière de taxe sur la valeur ajoutée et les montants comptabilisés tenant au fait que la société déclarait cette taxe selon le régime des encaissements. Il a alors retenu le montant de chiffre d'affaires figurant au compte " vente de marchandises " ainsi que les produits correspondant aux frais de port. Puis ces chiffres d'affaires ont été corrigés des escomptes, des produits à recevoir et des pertes sur créances irrécouvrables.

3. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / II. 1° Est considéré comme livraison d'un bien, le transfert du pouvoir de disposer d'un bien corporel comme un propriétaire. / () ". Aux termes de l'article 269 du même code : " 1 Le fait générateur de la taxe se produit : a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué ; () / 2. La taxe est exigible a) Pour les livraisons et les achats visés au a du 1 () lors de la réalisation du fait générateur ; () / c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits. () "

4. Il résulte de ces dispositions que la fourniture d'un bien corporel et le transfert du droit d'en disposer comme un propriétaire caractérisent une livraison de biens. Toutefois, l'opération peut être qualifiée de prestations de services si, compte tenu de l'importance que les services complémentaires revêtent pour la clientèle, de leur ampleur, du temps nécessaire à leur exécution et de la part de leur coût dans le coût total, ceux-ci ne sont ni mineurs ni accessoires mais présentent un caractère prédominant par rapport à la livraison de sorte qu'ils constituent une fin en soi pour le client.

5. A l'occasion des opérations de vérification, le service a constaté que la société déclarait la taxe sur la valeur ajoutée collectée selon les encaissements. Il résulte également de l'instruction et il n'est au demeurant pas sérieusement contesté que les prestations annexes réalisées pour le compte de ses clients, à savoir le port et quelques prestations annexes, présentaient un caractère accessoire par rapport à la livraison. En conséquence, le vérificateur a retenu le montant du chiffre d'affaires figurant au compte 707100 " vente de marchandises " complété du compte 7085 " port et frais annexes " à hauteur de 4 084 170 euros en 2014 et 5 024 082 euros en 2015, puis les a corrigé des escomptes, des produits à recevoir et des pertes sur créances irrecouvrables afin de déterminer les chiffres d'affaires taxables à 20 %. Contrairement à ce que soutient la société Frigair France, cette méthode, tirée de la comptabilité de l'entreprise, respecte les principes rappelés au point 4. et n'est ni sommaire ni imprécise.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Frigair France doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er :

La requête de la société Frigair France est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à la société Frigair France et à l'administratrice générale des finances publiques en charge de la direction de contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme A et Mme B, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

La rapporteure,

A. B

Le président,

J-P. Wyss

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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