jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2005858 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 2 octobre 2020 sous le n°2005858 et un mémoire enregistré le 1er septembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Fonciprom, représentée par la SELARL Arbor, Tournoud et associés, demande au tribunal :
1°) de la décharger des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) augmentés d'intérêts de retard mis à sa charge à la suite de la remise en cause du régime de TVA sur la marge appliqué aux ventes qu'elle a réalisées le 2 novembre 2015, le 5, 6 et 7 janvier 2016 et le 3 octobre 2016 ;
2°) de condamner l'Etat au paiement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a pas reçu communication de l'avis de France domaine sur lequel l'administration fiscale s'est fondée pour établir les rappels de TVA en litige, en méconnaissance de l'article 76 B du livre des procédures fiscales ;
- le terrain qu'elle a acquis en juin 2015 avait la nature de terrain à bâtir compte tenu de la vétusté des bâtiments qui se trouvaient dessus conformément à l'interprétation administrative de la loi fiscale référencée BOI-TVA-IMM-10-10-10-20 ;
- subsidiairement, les lots n°1, 2, 5 et 6, dans la mesure où ils avaient fait l'objet d'une division parcellaire avant leur acquisition et étaient libres de toute construction dès leur achat, avaient, dès l'origine, la nature de terrains à bâtir. Sur ce point, est opposable au service la réponse ministérielle dite " Bussereau " du 20 septembre 2016, n°96679.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 mars 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Le directeur départemental des finances publiques de l'Isère a présenté un mémoire, enregistré le 21 septembre 2022 qui n'a pas été communiqué.
II. Par une réclamation du 21 mars 2019, notifiée au directeur départemental des finances publiques de l'Isère et transmise par ce dernier au tribunal par application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, et par des mémoires enregistrés le 10 juin 2021 et le 1er septembre 2022 sous le n°2102280, la société par actions simplifiée (SAS) Fonciprom, représentée par la SELARL Arbor, Tournoud et associés, demande au tribunal :
1°) de la décharger des rappels de TVA augmentés d'intérêts de retard mis à sa charge à la suite de la remise en cause du régime de TVA sur la marge appliqué à la vente qu'elle a réalisée le 27 février 2017 ;
2°) de condamner l'Etat au paiement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a pas reçu communication de l'avis de France domaine sur lequel l'administration fiscale s'est fondée pour établir les rappels de TVA en litige, en méconnaissance de l'article 76 B du livre des procédures fiscales ;
- le terrain qu'elle a acquis en juin 2015 avait la nature de terrain à bâtir compte tenu de la vétusté des bâtiments qui se trouvaient dessus conformément à l'instruction administrative référencée BOI-TVA-IMM-10-10-10-20 ;
- subsidiairement, les lots n°1, 2, 5 et 6, dans la mesure où ils avaient fait l'objet d'une division parcellaire avant leur acquisition et étaient libres de toute construction dès leur achat, avaient, dès l'origine, la nature de terrains à bâtir. Sur ce point, est opposable au service la réponse ministérielle dite " Bussereau " du 20 septembre 2016, n°96679.
Par un mémoire enregistré le 8 avril 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Le directeur départemental des finances publiques de l'Isère a présenté un mémoire, enregistré le 3 octobre 2022 qui n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;
- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;
- et les observations de Me Hakkar.
La SAS Fonciprom a présenté des notes en délibéré dans les deux instances n°2005858 et 2102280, enregistrées le 9 novembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Fonciprom exerce une activité de vente de terrains après viabilisation. En juin 2015, elle a acquis auprès de la commune de Rives (38) un terrain de 4 444 m2 sur une partie duquel était édifié un ancien centre aéré. Après démolition de ce bâtiment et viabilisation du terrain qu'elle a transformé en lotissement, elle l'a revendu en plusieurs parcelles considérées comme des terrains à bâtir. Elle a appliqué à ces différentes ventes le régime de la TVA sur la marge. Toutefois, à l'issue d'une vérification de comptabilité, l'administration fiscale a jugé ce régime inapplicable et l'a, en conséquence, assujettie à des rappels de TVA augmentés d'intérêts de retard. Dans les présentes instances, la SAS Fonciprom en demande la décharge.
2. Les requêtes n°2005858 et 2102280 présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
3. Aux termes de l'article 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 () ".
4. La direction de l'immobilier de l'Etat, anciennement dénommée " France Domaine ", est un service du ministère français de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique. Les avis émis par cette direction ne peuvent, dès lors, être considérés comme émanant d'un tiers au sens des dispositions citées au point précédent. Il en résulte que la SAS Fonciprom n'est pas fondée à invoquer l'irrégularité de la procédure d'établissement des rappels de TVA en litige au motif qu'ils auraient été établis sur la base d'un avis émis par ce service dont elle n'aurait pas été informée.
En ce qui concerne le bien-fondé des rappels de TVA en litige :
S'agissant du moyen présenté à titre principal :
5. Le paragraphe 120 de l'instruction administrative portant la référence BOI-TVA-IMM-10-10-10-20 du 29 septembre 2014 opère une distinction entre les terrains à bâtir et les immeubles bâtis au sens du 1° du 2 du I de l'article 257 du code général des impôts. Il ne contient ainsi aucune interprétation de la loi fiscale relative à l'application du régime de TVA prévu à l'article 268 du même code. Par suite, la SAS Fonciprom ne peut se prévaloir de ce document sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
S'agissant des moyens présentés à titre subsidiaire :
6. Le I de l'article 257 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à la date des ventes en litige, prévoit que les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles, lesquelles comprennent les livraisons à titre onéreux de terrains à bâtir, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. En vertu du 2 du b de l'article 266 du même code, l'assiette de la taxe est en principe constituée par le prix de cession.
7. L'article 392 de la directive du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée dispose toutefois que : " Les Etats membres peuvent prévoir que, pour les livraisons de bâtiments et de terrains à bâtir achetés en vue de la revente par un assujetti qui n'a pas eu droit à déduction à l'occasion de l'acquisition, la base d'imposition est constituée par la différence entre le prix de vente et le prix d'achat ". L'article 268 du code général des impôts, pris pour la transposition de ces dispositions, prévoit que : " S'agissant de la livraison d'un terrain à bâtir (), si l'acquisition par le cédant n'a pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, la base d'imposition est constituée par la différence entre : / 1° D'une part, le prix exprimé et les charges qui s'y ajoutent ; / 2° D'autre part, selon le cas : () les sommes que le cédant a versées, à quelque titre que ce soit, pour l'acquisition du terrain () ".
8. Par ailleurs, aux termes de l'article 261 du code général des impôts : " Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : 5. (Opérations immobilières) : () 2° Les livraisons d'immeubles achevés depuis plus de cinq ans () ".
9. En l'espèce, l'opération d'achat réalisée par la SAS Fonciprom le 18 juin 2015 a été exonérée de TVA par application des dispositions citées au point précédent. Lors de cette mutation, le terrain acquis par l'intéressée, décrit dans l'acte notarié comme une " parcelle de terrain sur laquelle est actuellement édifié un bâtiment anciennement à usage de centre aéré communal ", a ainsi été considéré, malgré la division parcellaire dont il avait fait précédemment l'objet, comme une seule et même unité foncière, sans dissociation des parties bâties et non bâties, sans quoi un tel régime d'exonération ne lui aurait été que partiellement applicable. Il s'ensuit que la SAS requérante n'est pas fondée à se prévaloir de la circonstance que les bâtiments implantés sur cette parcelle ne couvraient qu'une partie seulement de sa superficie pour soutenir que les sections de ce bien nues de construction qu'elle a revendues par la suite comme terrains à bâtir avaient, dès leur achat, cette nature. De même, elle ne peut utilement invoquer la réponse ministérielle n°96679, inapplicable au cas d'espèce.
10. Il résulte de ce qui précède qu'en raison du changement de nature du tènement immobilier acquis puis revendu par la société Fonciprom, l'administration fiscale était fondée à considérer que les ventes effectuées par cette dernière le 2 novembre 2015, le 5, 6 et 7 janvier 2016, le 3 octobre 2016 et le 27 février 2017 ne relevaient pas du régime de TVA sur la marge.
11. Aucun des moyens invoqués par la SAS Fonciprom n'étant fondé, il y a lieu de rejeter ses conclusions à fin de décharge des rappels de TVA auxquels elle a été assujettie.
Sur les frais du litige :
12. Eu égard à la qualité de partie perdante de la société Fonciprom dans les présentes instances, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de la société Fonciprom sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Fonciprom et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Bailleul, premier conseiller,
Mme Permingeat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
Le rapporteur,
F. Permingeat
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
C. Billon
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2005858 2102280
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026