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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2006305

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2006305

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2006305
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantFOURNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 septembre 2020, 7 septembre 2022 et 30 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Fournier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune des Deux Alpes à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation de la rupture abusive de son contrat de travail ;

2°) de condamner la commune des Deux Alpes à lui verser une somme de 1 000 euros en réparation de la remise tardive de ses documents de fin de contrat ;

3°) de condamner la commune des Deux Alpes à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation des manquements à son obligation d'égalité de traitement ;

4°) de mettre à la charge de la commune des Deux Alpes une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en mettant fin unilatéralement avant son terme à son contrat de travail, la commune a méconnu le décret n° 88-145 du 15 février 1988 et le décret n° 2019-1593 du 31 décembre 2019 ;

- ses documents de fin de contrat lui ont été remis tardivement ;

- la commune a méconnu son obligation d'égalité de traitement dans la mesure où d'autres agents ayant quitté la station n'ont pas fait l'objet d'une rupture de contrat ;

- elle est donc fondée à demander la réparation de son préjudice financier à hauteur de 10 000 euros, cette somme comprenant le versement de ses salaires de mars et avril 2020 jusqu'au terme de son contrat, soit 2 322,45 euros et une somme de 234,24 euros au titre des congés payés, ainsi que le versement d'une somme de 1 000 euros en réparation de la remise tardive de ses documents de fin de contrat et d'une somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral né de la méconnaissance par la commune de son obligation d'égalité de traitement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2022, la commune des Deux Alpes, représentée par Me Sehili-Franceschini, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que les prétentions indemnitaires de l'intéressée ne sont pas fondées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Argenson, premier conseiller,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- et les observations de Me Thibaud, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, de nationalité belge, a été embauchée par la commune des Deux Alpes comme travailleur saisonnier en contrat à durée déterminée sur le fondement de l'article 3, 2° de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 afin d'assurer les fonctions d'agent d'accueil à la garderie de la station de ski, pour la période du 18 novembre 2019 au 25 avril 2020. Au cours de l'exécution de son contrat est intervenu l'épisode de crise sanitaire lié à l'épidémie de Covid 19. Par une note de service en date du 19 mars 2020, la commune a informé les agents saisonniers de l'impossibilité de mettre en place une mesure de chômage partiel et proposé à ceux qui souhaitaient effectuer leur confinement dans un lieu incompatible avec la poursuite du contrat de travail une rupture amiable du contrat de travail permettant de percevoir les indemnités chômage. Pour les autres, la collectivité a proposé un système permettant aux agents de rester chez eux, mais dans un rayon de 25 km où ils demeuraient aux ordres de la collectivité durant le temps de travail, et mobilisables en cas de besoin. Mme B ayant indiqué à sa hiérarchie qu'elle rentrait se confiner en Belgique et rendu le 17 mars 2020 le logement à loyer modéré mis à sa disposition, tout en restant disponible pour son poste de travail en cas de besoin, la commune a mis fin à son contrat à compter du 18 mars 2020 et lui a adressé ses documents de fin de contrat le 20 mai 2020. Estimant cette procédure abusive, Mme B demande au tribunal de condamner la commune, qui a implicitement rejeté sa réclamation préalable, à l'indemniser des préjudices subis.

En ce qui concerne la responsabilité de la commune :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation de fin de contrat destinée à Pôle emploi, que la commune a mis en œuvre, à l'égard de Mme B, une rupture conventionnelle à compter du 18 mars 2020, alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme B aurait donné son accord pour cette rupture. Il est également constant que la commune n'a pas mis en œuvre l'une des procédures de licenciement prévue par le chapitre II du décret susvisé du 15 février 1988, ni la procédure d'abandon de poste. Mme B est donc fondée à soutenir qu'en procédant illégalement à la rupture unilatérale de son contrat de travail, la commune des Deux Alpes a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

3. Il résulte également de l'instruction, notamment de deux attestations concordantes émanant de deux autres agents ayant également choisi de quitter le département de l'Isère sans pour autant faire l'objet d'une rupture de contrat, que la commune des Deux Alpes a méconnu le principe d'égalité de traitement entre ses agents en infligeant uniquement à Mme B la suspension de contrat litigieuse, alors que d'autres agents se trouvaient manifestement dans la même situation.

4. Mme B soutient enfin que les documents de fin de contrat lui auraient été remis dans des délais anormalement long, soit le 20 mai 2020 alors que son contrat s'est terminé le 18 mars 2020. Si le premier envoi est retourné à son employeur en raison d'un libellé incomplet de l'adresse de Mme B, cette dernière n'établit pas ni même n'allègue avoir communiqué à son employeur son adresse correcte et complète. Aucune faute ne peut donc être retenue à cet égard. En tout état de cause, l'intéressée n'allègue pas avoir subi un préjudice du fait de ce délai supplémentaire.

En ce qui concerne la réparation des préjudices :

5. Si Mme B se prévaut d'un préjudice financier de 10 000 euros, lequel comprendrait notamment le non-versement du montant des salaires courant jusqu'à la fin de son contrat le 25 avril 2020, elle ne peut se prévaloir, s'agissant de son préjudice financier, que de la perte des salaires qu'elle aurait dû percevoir jusqu'au terme de son contrat, date à laquelle elle a ensuite bénéficié des indemnités chômage, soit une somme de 2 322,45 euros, qui n'est en outre pas utilement contestée par la commune. Il y a donc lieu de condamner la commune à verser cette somme à Mme B.

6. En revanche, si Mme B soutient qu'elle a droit au versement d'une somme de 232,24 euros au titre des congés payés, elle ne produit aucun détail sur le calcul de cette somme ni n'établit qu'elle serait en droit de bénéficier d'une indemnisation spécifique à ce titre, laquelle est déjà couverte par l'indemnisation qui lui a été accordée au titre de la perte de salaires.

7. La commune ayant, comme il a été dit au point 3, commis une faute en méconnaissant le principe d'égalité de traitement entre ses agents, il y a lieu de la condamner à verser à Mme B une somme de 300 euros en réparation de son préjudice moral.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune des Deux Alpes une somme de 1 500 euros à verser à Mme B. Les conclusions présentées par la commune, partie perdante, doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La commune des Deux Alpes versera à Mme B la somme de 2 322,45 euros en réparations de son préjudice financier.

Article 2 : La commune des Deux Alpes versera à Mme B la somme de 300 euros en réparations de son préjudice moral.

Article 3 : La commune des Deux Alpes versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune des Deux Alpes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune des Deux Alpes.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Frapolli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le rapporteur,

P.-H. D'ARGENSON

Le président,

C. VIAL-PAILLERLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2006305

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