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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007086

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007086

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007086
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2020 et un mémoire enregistré le 2 août 2022, M. A B, représenté par la SELARL Arbor, Tournoud et associés, demande au Tribunal :

1°) de le décharger des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux majorés et augmentés d'intérêts de retard auxquels il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'imposition entre ses mains d'une somme de 15 000 euros au titre de l'année 2014 dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en tant que revenus occultes est injustifiée dans la mesure où, cette somme ayant été dument comptabilisée par l'entreprise FVI Entreprise de bâtiment, elle ne possédait pas de caractère occulte. S'agissant de remboursements, par cette société, de frais de déplacement qui ne portent pas le montant global de sa rémunération à un niveau excessif, cette somme aurait dû être imposée dans la catégorie des traitements et salaires ;

- s'agissant des bénéfices de la société FVI Entreprise de bâtiment reconstitués par l'administration fiscale au titre de l'exercice 2015, ils ne peuvent être imposés entre ses mains en sa qualité de seul maître de l'affaire dans la mesure où, jusqu'au 8 mars 2014, il n'était pas le seul gérant de cette société ;

- le premier exercice de la société FVI Entreprise, ouvert le 1er février 2014, se clôturant au 31 décembre 2015, l'administration fiscale devait asseoir les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquels il a été assujetti sur les bénéfices réalisés par cette société au cours de la totalité de la période comprise entre le 31 janvier 2014 et le 31 décembre 2015 et non au cours de la seule année civile 2015 ;

- l'administration fiscale n'ayant identifié aucun flux sortant, elle ne pouvait imposer les bénéfices de la FVI Entreprise qu'elle a mis à jour au titre de l'année 2015 dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en se fondant sur le c) de l'article 111 du code général des impôts.

Le directeur départemental des finances publiques de l'Isère a présenté un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2021, par lequel il conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Le mémoire présenté par M. B le 27 octobre 2022 n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;

- et les observations de Me Hakkar, avocat de M. B.

M. B a présenté une note en délibéré, enregistrée le 8 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B était, avant liquidation de cette société intervenue le 4 juillet 2017, gérant de la SARL FVI entreprise du bâtiment qui exerçait une activité de maçonnerie. Suite à une vérification de comptabilité ayant porté sur la période comprise entre le 1er février 2014 et le 31 décembre 2015, cette personne morale a fait l'objet de divers redressements. Certains emportant des conséquences sur les revenus de M. B au titre des années 2014 et 2015, l'intéressé a été assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux, majorés et augmentés d'intérêts de retard, dont il demande, dans la présente instance, la décharge.

Sur le bien-fondé des impositions relatives à l'année 2014 :

2. Aux termes de l'article 62 du code général des impôts : " Les traitements, remboursements forfaitaires de frais et toutes autres rémunérations sont soumis à l'impôt sur le revenu au nom de leurs bénéficiaires s'ils sont admis en déduction des bénéfices soumis à l'impôt sur les sociétés par application de l'article 211, même si les résultats de l'exercice social sont déficitaires, lorsqu'ils sont alloués : / Aux gérants majoritaires des sociétés à responsabilité limitée n'ayant pas opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes () ". Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, (), notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'oeuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. / Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ".

4. Enfin, aux termes de l'article 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

5. En l'espèce, l'administration fiscale considère que la somme de 15 000 euros, comptabilisée par la SARL FVI comme frais de déplacements exposés par son dirigeant, M. B, correspond en réalité à des déplacements d'ordre personnels de l'intéressé. Le requérant, sur qui repose pourtant, par application des dispositions citées au point précédent, la charge de la preuve du caractère professionnel des trajets qu'il dit avoir effectués, se borne à se prévaloir des mentions figurant dans les écritures comptables de la SARL FVI pour contester le caractère occulte de l'opération qu'elles retracent. C'est donc à bon droit qu'après réintégration de la somme en cause dans le bénéfice imposable de la SARL FVI et sa qualification, compte tenu de l'absence de sincérité de sa comptabilisation comme frais de déplacement, de revenus occultes au sens du c de l'article 111 du code général des impôts, l'administration fiscale l'a imposée entre les mains de M. B dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Les conclusions tendant à la décharge des impositions correspondantes doivent donc être rejetées.

Sur le bien-fondé des impositions relatives à l'année 2015 :

6. Si l'article 6 des statuts de la SARL FVI prévoit que son premier exercice social couvre la période comprise entre le 1er février 2014 et le 31 décembre 2015, l'extrait K-bis de cette société, mis à jour au 30 juillet 2015, comporte une date de clôture de son premier exercice au 31 décembre 2014. Cette SARL a, par ailleurs, selon les affirmations non contestées de l'administration fiscale, déclaré, en octobre 2015, son résultat au titre de l'exercice 2014 et elle a, au cours de la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet, remis au vérificateur des écritures comptables se rapportant à son exercice clos 2014. Dans de telles circonstances, la clôture de son premier exercice doit être fixée au 31 décembre 2014. Il s'ensuit, d'une part, que M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait être imposé qu'en conséquence des bénéfices dégagés par cette société sur la totalité de la période comprise entre le 1er février 2014 et le 31 décembre 2015 et non au cours de la seule année 2015 et, d'autre part, qu'il ne peut utilement faire valoir qu'il n'assurait pas seul la direction de cette entreprise au cours d'une partie de l'année 2014 pour contester sa qualification de seul maître de l'affaire en 2015. Les moyens correspondant doivent donc être écartés.

7. Il est constant que la SARL FVI n'a pas établi de comptabilité de son exercice 2015. Par suite, les bénéfices non déclarés qu'elle a réalisés au titre de cette période, mis à jours par l'administration fiscale, revêtent un caractère occulte au sens des dispositions précitées et doivent, par application de l'article 111 c du code général des impôts, être qualifiés de revenus distribués imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les impositions, assises sur ces bénéfices, auxquelles il a été assujetti en sa qualité de maître de l'affaire auraient été établies sur le fondement de dispositions inapplicables faute pour l'administration fiscale d'établir l'existence de flux sortants du patrimoine de la SARL FVI. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des impositions mises à la charge de M. B au titre de l'année 2015 doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

9. Les conclusions présentées par M. B, partie perdante dans la présente instance, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul, premier conseiller,

Mme Permingeat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

F. PERMINGEAT

Le président,

T. PFAUWADEL

La greffière,

C. BILLON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2007086

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