lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200778 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 janvier 2022 et 1er juin 2022, M. I D L, agissant en son nom et en qualité de représentant légal des enfants J, E, B et O I D, M G N D et M F H C, représentés par Me Pollono, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 mars 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions de l'ambassade de France au Tchad du 20 mars 2020 refusant de délivrer à Mme H C, Mme G N D et aux enfants J, E, B et O I D des visas de long séjour au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer les visas sollicités ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen des demandes de visas, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à leur avocate en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation concernant l'identité des demandeurs de visa et leurs liens familiaux avec M. D L ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
M. D L a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. K,
- et les observations de Me Pollono, représentant les requérants, en présence de M. D L.
Considérant ce qui suit :
1. M. D L, ressortissant tchadien né le 3 août 1974, s'est vu reconnaître en France la qualité de réfugié par une décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 18 avril 2018. Le statut de réfugié a également été reconnu à son fils, A I D, né le 4 février 2008. Des demandes de visa de long séjour au titre de la réunification familiale ont été déposées pour Mme H C, née le 1er janvier 1990, présentée comme la compagne de M. D L, ainsi que pour leurs cinq autres enfants allégués, G, J, E, B et O I D, nés respectivement les 13 septembre 2003, 30 mars 2011, 17 juillet 2012, 10 septembre 2015 et 22 décembre 2017. Ces demandes ont été rejetées par des décisions de l'ambassade de France au Tchad du 20 mars 2020. Le recours formé contre ces refus devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision du 10 mars 2021, dont les requérants demandent au tribunal l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, désormais recodifié aux articles L. 561-2 et suivants de ce code : " I.-Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / () 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. / Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. / () La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. / Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. / Pour l'application du troisième alinéa du présent II, ils produisent les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 721-3 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux / () ".
3. Il résulte de ces dispositions que lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'un réfugié statutaire, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère probant des actes d'état civil produits pour justifier de l'identité et, le cas échéant, du lien familial de l'intéressé avec la personne réfugiée.
4. Le premier alinéa de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, recodifié désormais à l'article L. 811-2 de ce code, prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil, dont il résulte que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
5. Par ailleurs, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
6. La décision attaquée est fondée sur les motifs tirés de ce que les actes de naissance des demandeurs de visa ont été transcrits tardivement, de la coexistence de deux actes de naissance pour Mme H C et les enfants G J, E et B, dont les passeports, établis sur la base d'actes de naissance apocryphes, sont dépourvus de valeur probante, de sorte que, en l'absence, par ailleurs, d'éléments de possession d'état probants, l'identité des demandeurs de visa et leur lien familial allégué avec M. D L ne sont pas établis.
7. Pour établir l'identité des demandeurs de visa et leur lien familial avec M. D L, les requérants produisent, pour Mme H C, un jugement supplétif d'acte de naissance rendu le 10 juillet 2017 par le tribunal de grande instance de N'Djamena ainsi que l'acte de naissance établi suivant transcription de ce jugement le 11 juillet 2017 sous le n°18701. Pour chacun des enfants J, E, B et G, les requérants produisent la copie d'un jugement supplétif d'acte de naissance rendu par ce même tribunal le 6 juillet 2017 ainsi que l'acte de naissance établi suivant transcription de ce jugement, le 7 juillet 2017. Pour l'enfant Bakhit, est produit un jugement supplétif rendu le 26 février 2019 et l'acte de naissance établi suivant transcription de ce jugement le 28 février 2019. Ces documents mentionnent notamment la date de naissance des demandeurs, ainsi que leur lien de filiation avec M. D, né le 3 août 1974, et Mme F H, née le 1er janvier 1990. Sont également produits les passeports des demandeurs de visas.
8. Il ressort des pièces du dossier que de précédents actes de naissance ont été délivrés à G, J, E et B en 2015, dans le cadre de démarches entreprises pour l'obtention de passeports. Pour Mme H C, a été produit à l'appui du recours devant la commission, un acte de naissance établi le 20 avril 2014. Les requérants soutiennent que ces actes, établis sans l'intervention préalable d'un jugement supplétif par ignorance de la loi et en raison des défaillances de l'état civil tchadien, n'étant pas conformes, le tribunal de grande instance de N'Djamena a été saisi aux fins d'obtention de jugements supplétifs. Ces explications, corroborées par les extraits d'un rapport reproduit dans la requête, relatif aux carences de l'état civil tchadien, apparaissent plausibles. A l'exception d'une divergence concernant le lieu de naissance de Mme H C, les informations figurant dans ces séries d'actes sont cohérentes entre elles. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que M. D L a mentionné avec précision l'existence de ses enfants et de sa compagne dans le cadre de son entretien avec l'OFPRA à l'occasion de sa demande d'asile, réalisé le 26 décembre 2017. Il y a, notamment, mentionné la naissance de son dernier enfant, quelques jours plus tôt, dont il a été informé par son frère. De plus, le certificat de naissance de l'enfant A I D, établi par l'OFPRA, comporte des informations cohérentes concernant l'identité de sa mère avec celles figurant dans les actes de naissances susmentionnés des demandeurs de visa. Sont également produits des extraits d'échanges par application de messagerie instantanée, des preuves de transferts d'argents, des photographies représentant M. D L en compagnie des membres de sa famille, ainsi qu'un " certificat de prise en charge " établi le 20 octobre 2015, relatif à la prise en charge par M. I D L de ses enfants G, A, J, E et B, avec mention de leur date de naissance respective. Enfin, le lien de filiation des enfants G, J, E et B avec M. D L et Mme H C apparaît sur leurs formulaires de demande de passeport, établis en 2015. Compte-tenu de la cohérence globale des informations figurant dans les différents documents fournis, l'identité des demandeurs de visa et, s'agissant des enfants, leur lien de filiation avec M. D L doivent être tenus pour établis, en dépit des anomalies relevées par l'administration concernant notamment le lieu de naissance de Mme H C ou la mention de M. D L comme comparant dans les jugements supplétifs. Enfin, le défaut de motivation dont serait entaché ces jugements, qui constitue une simple irrégularité formelle, n'est pas susceptible de révéler une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.
9. Par ailleurs, l'existence d'une relation de concubinage suffisamment stable et continue entre Mme H C et M. D L avant le dépôt de sa demande d'asile le 15 septembre 2017, au sens des dispositions du 2° de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, est établie par la naissance de leurs six enfants entre 2003 et 2017.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation et, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, à en demander l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
11. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à Mme H C, Mme G I D et aux enfants J, E, B et O I D les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de sa notification.
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer contre l'Etat, à défaut pour lui de justifier de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné au point précédent, une astreinte de 100 euros par jour jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.
Sur les frais liés au litige :
13. M. D L a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pollono de la somme de 1 200 euros, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 10 mars 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme H C, Mme G I D et aux enfants J I D, E I D, B I D et O I D les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Une astreinte de 100 euros par jour est prononcée à l'encontre de l'Etat, s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l'article 2 ci-dessus.
Article 4 : L'Etat versera à Me Pollono une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. I D L, Mme G I D, Mme F H C, au ministre de l'intérieur et à Me Pollono.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Desimon, conseiller,
M. Guilloteau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.
Le rapporteur,
T. K
La présidente,
S. RIMEU
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2306754
Le Tribunal Administratif de Nantes a examiné les requêtes de Mme B... contestant le refus implicite de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) de reconstituer sa carrière et demandant réparation pour des préjudices liés à la gestion de son statut. La requérante soutenait que son recrutement en tant que personnel résident était entaché d'un détournement de procédure et que le refus de sa candidature à un poste réservé aux expatriés violait le principe d'égalité de traitement. Le tribunal a rejeté l'ensemble des conclusions, estimant que l'AEFE n'avait commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité et que les moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'erreur de droit et du détournement de procédure, n'étaient pas fondés. La décision s'appuie sur les dispositions du code de justice administrative, sans préciser de textes spécifiques relatifs au statut des personnels de l'AEFE.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2308666
Le Tribunal Administratif de Nantes a examiné la requête de M. B..., inspecteur des finances publiques, contestant la décision du 3 mai 2023 lui réclamant un trop-perçu d'indemnité de sujétion géographique de 2 978,41 euros et le refus de frais de repas. Le tribunal a constaté que la somme litigieuse, assortie des intérêts de retard, avait été intégralement restituée à M. B... sur sa paye de novembre 2023, rendant sans objet ses conclusions en annulation et en restitution. En revanche, le tribunal a rejeté les conclusions indemnitaires pour troubles dans les conditions d'existence, faute de demande préalable à l'administration et d'éléments probants, ainsi que la demande de paiement de titres restaurant, non justifiée. La solution retenue est un non-lieu à statuer sur les conclusions principales et un rejet du surplus des demandes, en application des dispositions du code général de la fonction publique et du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2409299
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B... M... et de ses proches, qui contestaient le refus implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa de leur délivrer des visas de long séjour au titre de la réunification familiale. Le tribunal a jugé que la décision implicite n'était pas entachée d'un défaut de motivation, car la commission n'est pas tenue de motiver un refus implicite. Il a également écarté les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant, en se fondant sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2410417
Le Tribunal Administratif de Nantes annule la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France, qui avait rejeté les demandes de visa de long séjour au titre de la réunification familiale présentées par l’épouse et les enfants d’un réfugié somalien. La juridiction estime que l’administration a commis une erreur d’appréciation en considérant que l’identité et les liens familiaux n’étaient pas établis, alors que les actes d’état civil produits, bien que présentant des irrégularités formelles, étaient corroborés par des éléments de possession d’état et des documents officiels. La solution retenue se fonde sur les articles L. 561-2 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que sur l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.
01/06/2026