Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303248
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2303248 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | PAYNEAU |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés les 3 mars 2023, 25 mars 2023 et 5 mai 2025, M. A... B..., représenté par Me Payneau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler le titre n° 1766986 émis à son encontre et rendu exécutoire le 29 décembre 2022 par le centre hospitalier universitaire de Nantes pour un montant de 17 272,08 euros ainsi que le titre n° 1789189 émis à son encontre et rendu exécutoire le 5 janvier 2023 par le même établissement pour un montant de 3 789,55 euros ;
2°) de le décharger de l’obligation de payer la somme totale de 21 061,63 euros ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nantes la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- ne percevant que l’allocation adulte handicapé, il n’a pas la capacité financière de rembourser les dettes hospitalières mises à sa charge qu’il a contractées en raison de son hospitalisation en psychiatrie pour une grave détérioration de son état de santé psychique, alors qu’il n’avait pas pu renouveler son titre de séjour ;
- les créances ne sont pas fondées dès lors, d’une part, qu’il n’a pas été informé, avant son hospitalisation et au mépris des dispositions de l’article L. 1111-3 du code de la santé publique, de la circonstance que ses droits à l’assurance maladie n’étaient pas ouverts ni des conséquences financières de cette situation, d’autre part, qu’il n’a pas bénéficié, en méconnaissance de l’article L. 611-2 du code de la santé publique, de l’accompagnement social mis à disposition des malades par l’hôpital alors qu’il se trouvait en situation manifeste de précarité et de fragilité, et, enfin, que l’établissement n’a pas mis en œuvre la protection universelle maladie prévue par l’article L. 160-1 du code de la sécurité sociale ni l’aide médicale d’Etat prévue par l’article L. 251-5 du code de l’action sociale et des familles.
Par un mémoire, enregistré le 21 avril 2023, et un second mémoire, enregistré le 1er septembre 2026 et non communiqué, le centre hospitalier universitaire de Nantes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les créances en litige sont fondées ;
- la situation financière de M. B... est inopérante sur le bien-fondé de ces créances.
Par des observations, enregistrées le 14 mai 2025, la trésorerie de Nantes établissements hospitaliers informe le tribunal que la saisie à tiers détenteur du 12 février 2025 concernant la dette de M. B... a fait l’objet d’une mainlevée totale adressée à la caisse d’allocations familiales de la Loire-Atlantique.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’action sociale et de familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Baufumé, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... B... a été hospitalisé au centre hospitalier universitaire de Nantes (Loire-Atlantique) dix-sept jours du 18 février au 8 mars 2022, puis cinq jours entre le 1er avril 2022 et le 11 avril 2022. L’établissement a émis et rendu exécutoires à son encontre deux titres de recettes n° 1766986 et n° 1789189 respectivement le 29 décembre 2022 pour un montant de 17 272,08 euros et le 5 janvier 2023 pour un montant de 3 789,55 euros correspondant au coût de ces hospitalisations. Par sa requête, et dans le dernier état de ses écritures, M. B... demande l’annulation de ces deux titres de recettes ainsi que la décharge de l’obligation de payer les sommes correspondantes de 17 272,08 euros et de 3 789,55 euros.
Sur les conclusions à fin d’annulation et de décharge :
2. En premier lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 6145-11 du code de la santé publique : « Les établissements publics de santé peuvent toujours exercer leurs recours, s’il y a lieu, contre les hospitalisés, contre leurs débiteurs et contre les personnes désignées par les articles 205, 206, 207 et 212 du code civil (…) ». Aux termes de son article R. 6145-4 : « Dans le cas où les frais de séjour, de consultations ou d'actes des patients ne sont pas susceptibles d'être pris en charge, soit par un organisme d'assurance maladie, soit par le ministre chargé des anciens combattants et victimes de guerre ou par tout autre organisme public, les intéressés ou, à défaut, leurs débiteurs ou les personnes désignées par les articles 205, 206, 207 et 212 du code civil souscrivent un engagement d'acquitter les frais de toute nature afférents au régime choisi. Ils sont tenus, sauf dans les cas d'urgence, de verser au moment de l'entrée du patient dans l'établissement une provision renouvelable calculée sur la base de la durée estimée du séjour, des frais de consultations, d'actes, ou d'un tarif moyen prévisionnel du séjour arrêté par les ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale. Sous réserve des dispositions de l'article L. 253-2 du code de l'action sociale et des familles, lorsque la provision versée est supérieure aux montants dus, la différence est restituée à la personne qui l'a versée ».
3. D’autre part, aux termes de l’article L. 1111-3 du code de la santé publique, « Toute personne a droit à une information sur les frais auxquels elle pourrait être exposée à l’occasion d’activités de prévention, de diagnostic et de soins et, le cas échéant, sur les conditions de leur prise en charge et de dispense d’avance des frais. / Cette information est gratuite ». L’article L. 1111-3-2 du même code dispose : « I. « L'information est délivrée par les professionnels de santé exerçant à titre libéral et par les centres de santé :/ 1° Par affichage dans les lieux de réception des patients ;/ 2° Par devis préalable au-delà d'un certain montant. S’agissant des établissements de santé, l’information est délivrée par affichage dans les lieux de réception des patients ainsi que sur les sites internet de communication au public ».
4. Les dispositions citées aux deux points précédents n'ont pas pour objet et ne peuvent avoir légalement pour effet de placer l'hospitalisé, qui a la qualité d'usager d'un service public administratif, dans une situation contractuelle. Par suite, dans le cadre du présent litige de recouvrement, la circonstance selon laquelle le centre hospitalier universitaire de Nantes n’aurait pas respecté son obligation d’information sur le coût et la prise en charge des soins au sens de l’article L. 1111-3 du code de la santé publique, est sans incidence sur le droit de l’établissement de réclamer, sur le fondement de l'article L. 6145-11, le paiement des frais d'hospitalisation. Par suite, M. B... ne peut utilement soutenir que le centre hospitalier aurait manqué à son obligation d’information.
5. En deuxième lieu, si M. B... soutient que l’établissement n’a pas mis en place d’accompagnement social à son bénéfice alors qu’il était en situation manifeste de précarité et de fragilité à son arrivée, cette circonstance, à supposer même qu’elle soit établie, est inopérante sur le bien-fondé des créances en litige. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 611-2 du code de la santé publique ne peut qu’être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 160-1 du code de la sécurité sociale : « Toute personne travaillant ou, lorsqu'elle n'exerce pas d'activité professionnelle, résidant en France de manière stable et régulière bénéficie, en cas de maladie ou de maternité, de la prise en charge de ses frais de santé dans les conditions fixées au présent livre. / (…) Un décret en Conseil d'Etat prévoit les conditions dans lesquelles les personnes qui résident en France et cessent de remplir les autres conditions mentionnées à l'article L. 111-2-3 bénéficient, dans la limite d'un an, d'une prolongation du droit à la prise en charge des frais de santé mentionnée aux articles L. 160-8 et L. 160-9-1 et, le cas échéant, à la protection complémentaire en matière de santé prévue à l'article L. 861-1 ». Aux termes de l’article R. 111-3 du même code : « I. - Peuvent bénéficier des prestations ou aides mentionnées aux articles L. 160-1, L. 356-1, L. 815-1, L. 815-24, L. 861-1 ainsi que du maintien de droit aux prestations prévu par l'article L. 161-8, ou être affiliées à un régime obligatoire de sécurité sociale, lorsqu'elles en remplissent les autres conditions et ne relèvent pas, par ailleurs, d'un régime de sécurité sociale d'un autre Etat en application des règlements européens ou de conventions internationales, les personnes qui sont de nationalité française ou sont en situation régulière au regard de la législation sur le séjour des étrangers en France (…) », et aux termes de son article R. 111-4 : « Sous réserve des dispositions du II de l'article R. 114-10-1, le droit aux prestations mentionnées aux articles L. 160-1 et L. 861-1 des personnes qui ne sont pas ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne ou partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ne peut être fermé avant la fin du sixième mois qui suit la date d'expiration ou de retrait des titres ou documents justifiant qu'elles remplissent les conditions mentionnées à l'article R. 111-3 (…) ».
7. M. B... se bornant à soutenir qu’il ne lui a pas été possible de renouveler son titre de séjour sans verser aux débats d’élément permettant d’établir la période de validité de son dernier titre de séjour, malgré la mesure d’instruction qui lui a été communiquée le 10 juillet 2026, le moyen tiré de ce qu’il aurait dû bénéficier de la protection universelle maladie prévue par l’article L. 160-1 du code de la sécurité sociale doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 251-1 du code de l’action sociale et des familles : « Tout étranger résidant en France de manière ininterrompue depuis plus de trois mois, sans remplir la condition de régularité mentionnée à l'article L. 160-1 du code de la sécurité sociale et dont les ressources ne dépassent pas le plafond mentionné à l'article L. 861-1 de ce code a droit à l'aide médicale de l'Etat (…) ». En outre, aux termes de l’article L. 254-1 du code de l’action sociale et des familles : « Les soins urgents dont l'absence mettrait en jeu le pronostic vital ou pourrait conduire à une altération grave et durable de l'état de santé de la personne ou d'un enfant à naître et qui sont dispensés par les établissements de santé aux étrangers résidant en France sans remplir la condition de régularité mentionnée à l'article L. 160-1 du code de la sécurité sociale et qui ne sont pas bénéficiaires de l'aide médicale de l'Etat en application de l'article L. 251-1 ainsi qu'aux demandeurs d'asile majeurs qui ne relèvent pas du régime général d'assurance maladie sont pris en charge dans les conditions prévues à l'article L. 251-2 (…) ».
9. D’une part, il résulte de l’instruction que M. B... ne bénéficiait plus de droits ouverts à l’assurance maladie, lorsqu’il a été hospitalisé entre le 18 février et le 11 avril 2022, depuis le 15 octobre 2021 et qu’il a, de nouveau, bénéficié de l’ouverture de ses droits au régime de base à compter du 12 avril 2022. Toutefois, si M. B... soutient, ainsi qu’il a été déjà dit, qu’il était en situation irrégulière à la date à laquelle il a été admis au centre hospitalier universitaire de Nantes, il ne démontre ni avoir été présent sur le territoire dans les trois mois précédent son admission le 18 février 2022, ni la période au cours de laquelle il aurait été en situation irrégulière, et ne produit aucun élément relatif à ses ressources pendant les douze mois précédant sa période d’hospitalisation malgré la mesure d’instruction qui lui a été communiquée le 10 juillet 2026. D’autre part, le requérant, qui ne précise pas la nature des soins qui lui ont été apportés lors des hospitalisations en cause, ne démontre ainsi pas davantage que l’absence de soins aurait mis en jeu son pronostic vital ou conduit à une altération grave et durable de son état de santé, de sorte qu’il n’établit pas que les conditions posées par les dispositions de l’article L. 254-1 du code de l’action sociale et des familles étaient satisfaites. Dans ces conditions, à défaut de démontrer qu’il remplissait les conditions pour bénéficier de la prise en charge de ses frais d’hospitalisation au titre de l’aide médicale d’Etat, M. B... n’établit ainsi pas l’illégalité fautive qu’aurait commise le centre hospitalier universitaire de Nantes en mettant à sa charge les frais d’hospitalisation en litige.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions de M. B... tendant, d’une part, à l’annulation des titres de recettes n° 1766986 et n° 1789189 respectivement émis à son encontre et rendus exécutoires par le centre hospitalier universitaire de Nantes les 29 décembre 2022 pour un montant de 17 272,08 euros et 5 janvier 2023 pour un montant de 3 789,55 euros, et d’autre part, à la décharge de l’obligation de les payer, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu’il a présentées au titre des frais liés au litige, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., au centre hospitalier universitaire de Nantes et au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
Délibéré après l’audience du 10 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
S. Gibson-Théry
La présidente,
M. Béria-Guillaumie
Le greffier,
P. Vosseler
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés les 3 mars 2023, 25 mars 2023 et 5 mai 2025, M. A... B..., représenté par Me Payneau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler le titre n° 1766986 émis à son encontre et rendu exécutoire le 29 décembre 2022 par le centre hospitalier universitaire de Nantes pour un montant de 17 272,08 euros ainsi que le titre n° 1789189 émis à son encontre et rendu exécutoire le 5 janvier 2023 par le même établissement pour un montant de 3 789,55 euros ;
2°) de le décharger de l’obligation de payer la somme totale de 21 061,63 euros ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nantes la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- ne percevant que l’allocation adulte handicapé, il n’a pas la capacité financière de rembourser les dettes hospitalières mises à sa charge qu’il a contractées en raison de son hospitalisation en psychiatrie pour une grave détérioration de son état de santé psychique, alors qu’il n’avait pas pu renouveler son titre de séjour ;
- les créances ne sont pas fondées dès lors, d’une part, qu’il n’a pas été informé, avant son hospitalisation et au mépris des dispositions de l’article L. 1111-3 du code de la santé publique, de la circonstance que ses droits à l’assurance maladie n’étaient pas ouverts ni des conséquences financières de cette situation, d’autre part, qu’il n’a pas bénéficié, en méconnaissance de l’article L. 611-2 du code de la santé publique, de l’accompagnement social mis à disposition des malades par l’hôpital alors qu’il se trouvait en situation manifeste de précarité et de fragilité, et, enfin, que l’établissement n’a pas mis en œuvre la protection universelle maladie prévue par l’article L. 160-1 du code de la sécurité sociale ni l’aide médicale d’Etat prévue par l’article L. 251-5 du code de l’action sociale et des familles.
Par un mémoire, enregistré le 21 avril 2023, et un second mémoire, enregistré le 1er septembre 2026 et non communiqué, le centre hospitalier universitaire de Nantes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les créances en litige sont fondées ;
- la situation financière de M. B... est inopérante sur le bien-fondé de ces créances.
Par des observations, enregistrées le 14 mai 2025, la trésorerie de Nantes établissements hospitaliers informe le tribunal que la saisie à tiers détenteur du 12 février 2025 concernant la dette de M. B... a fait l’objet d’une mainlevée totale adressée à la caisse d’allocations familiales de la Loire-Atlantique.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’action sociale et de familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Baufumé, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... B... a été hospitalisé au centre hospitalier universitaire de Nantes (Loire-Atlantique) dix-sept jours du 18 février au 8 mars 2022, puis cinq jours entre le 1er avril 2022 et le 11 avril 2022. L’établissement a émis et rendu exécutoires à son encontre deux titres de recettes n° 1766986 et n° 1789189 respectivement le 29 décembre 2022 pour un montant de 17 272,08 euros et le 5 janvier 2023 pour un montant de 3 789,55 euros correspondant au coût de ces hospitalisations. Par sa requête, et dans le dernier état de ses écritures, M. B... demande l’annulation de ces deux titres de recettes ainsi que la décharge de l’obligation de payer les sommes correspondantes de 17 272,08 euros et de 3 789,55 euros.
Sur les conclusions à fin d’annulation et de décharge :
2. En premier lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 6145-11 du code de la santé publique : « Les établissements publics de santé peuvent toujours exercer leurs recours, s’il y a lieu, contre les hospitalisés, contre leurs débiteurs et contre les personnes désignées par les articles 205, 206, 207 et 212 du code civil (…) ». Aux termes de son article R. 6145-4 : « Dans le cas où les frais de séjour, de consultations ou d'actes des patients ne sont pas susceptibles d'être pris en charge, soit par un organisme d'assurance maladie, soit par le ministre chargé des anciens combattants et victimes de guerre ou par tout autre organisme public, les intéressés ou, à défaut, leurs débiteurs ou les personnes désignées par les articles 205, 206, 207 et 212 du code civil souscrivent un engagement d'acquitter les frais de toute nature afférents au régime choisi. Ils sont tenus, sauf dans les cas d'urgence, de verser au moment de l'entrée du patient dans l'établissement une provision renouvelable calculée sur la base de la durée estimée du séjour, des frais de consultations, d'actes, ou d'un tarif moyen prévisionnel du séjour arrêté par les ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale. Sous réserve des dispositions de l'article L. 253-2 du code de l'action sociale et des familles, lorsque la provision versée est supérieure aux montants dus, la différence est restituée à la personne qui l'a versée ».
3. D’autre part, aux termes de l’article L. 1111-3 du code de la santé publique, « Toute personne a droit à une information sur les frais auxquels elle pourrait être exposée à l’occasion d’activités de prévention, de diagnostic et de soins et, le cas échéant, sur les conditions de leur prise en charge et de dispense d’avance des frais. / Cette information est gratuite ». L’article L. 1111-3-2 du même code dispose : « I. « L'information est délivrée par les professionnels de santé exerçant à titre libéral et par les centres de santé :/ 1° Par affichage dans les lieux de réception des patients ;/ 2° Par devis préalable au-delà d'un certain montant. S’agissant des établissements de santé, l’information est délivrée par affichage dans les lieux de réception des patients ainsi que sur les sites internet de communication au public ».
4. Les dispositions citées aux deux points précédents n'ont pas pour objet et ne peuvent avoir légalement pour effet de placer l'hospitalisé, qui a la qualité d'usager d'un service public administratif, dans une situation contractuelle. Par suite, dans le cadre du présent litige de recouvrement, la circonstance selon laquelle le centre hospitalier universitaire de Nantes n’aurait pas respecté son obligation d’information sur le coût et la prise en charge des soins au sens de l’article L. 1111-3 du code de la santé publique, est sans incidence sur le droit de l’établissement de réclamer, sur le fondement de l'article L. 6145-11, le paiement des frais d'hospitalisation. Par suite, M. B... ne peut utilement soutenir que le centre hospitalier aurait manqué à son obligation d’information.
5. En deuxième lieu, si M. B... soutient que l’établissement n’a pas mis en place d’accompagnement social à son bénéfice alors qu’il était en situation manifeste de précarité et de fragilité à son arrivée, cette circonstance, à supposer même qu’elle soit établie, est inopérante sur le bien-fondé des créances en litige. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 611-2 du code de la santé publique ne peut qu’être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 160-1 du code de la sécurité sociale : « Toute personne travaillant ou, lorsqu'elle n'exerce pas d'activité professionnelle, résidant en France de manière stable et régulière bénéficie, en cas de maladie ou de maternité, de la prise en charge de ses frais de santé dans les conditions fixées au présent livre. / (…) Un décret en Conseil d'Etat prévoit les conditions dans lesquelles les personnes qui résident en France et cessent de remplir les autres conditions mentionnées à l'article L. 111-2-3 bénéficient, dans la limite d'un an, d'une prolongation du droit à la prise en charge des frais de santé mentionnée aux articles L. 160-8 et L. 160-9-1 et, le cas échéant, à la protection complémentaire en matière de santé prévue à l'article L. 861-1 ». Aux termes de l’article R. 111-3 du même code : « I. - Peuvent bénéficier des prestations ou aides mentionnées aux articles L. 160-1, L. 356-1, L. 815-1, L. 815-24, L. 861-1 ainsi que du maintien de droit aux prestations prévu par l'article L. 161-8, ou être affiliées à un régime obligatoire de sécurité sociale, lorsqu'elles en remplissent les autres conditions et ne relèvent pas, par ailleurs, d'un régime de sécurité sociale d'un autre Etat en application des règlements européens ou de conventions internationales, les personnes qui sont de nationalité française ou sont en situation régulière au regard de la législation sur le séjour des étrangers en France (…) », et aux termes de son article R. 111-4 : « Sous réserve des dispositions du II de l'article R. 114-10-1, le droit aux prestations mentionnées aux articles L. 160-1 et L. 861-1 des personnes qui ne sont pas ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne ou partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ne peut être fermé avant la fin du sixième mois qui suit la date d'expiration ou de retrait des titres ou documents justifiant qu'elles remplissent les conditions mentionnées à l'article R. 111-3 (…) ».
7. M. B... se bornant à soutenir qu’il ne lui a pas été possible de renouveler son titre de séjour sans verser aux débats d’élément permettant d’établir la période de validité de son dernier titre de séjour, malgré la mesure d’instruction qui lui a été communiquée le 10 juillet 2026, le moyen tiré de ce qu’il aurait dû bénéficier de la protection universelle maladie prévue par l’article L. 160-1 du code de la sécurité sociale doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 251-1 du code de l’action sociale et des familles : « Tout étranger résidant en France de manière ininterrompue depuis plus de trois mois, sans remplir la condition de régularité mentionnée à l'article L. 160-1 du code de la sécurité sociale et dont les ressources ne dépassent pas le plafond mentionné à l'article L. 861-1 de ce code a droit à l'aide médicale de l'Etat (…) ». En outre, aux termes de l’article L. 254-1 du code de l’action sociale et des familles : « Les soins urgents dont l'absence mettrait en jeu le pronostic vital ou pourrait conduire à une altération grave et durable de l'état de santé de la personne ou d'un enfant à naître et qui sont dispensés par les établissements de santé aux étrangers résidant en France sans remplir la condition de régularité mentionnée à l'article L. 160-1 du code de la sécurité sociale et qui ne sont pas bénéficiaires de l'aide médicale de l'Etat en application de l'article L. 251-1 ainsi qu'aux demandeurs d'asile majeurs qui ne relèvent pas du régime général d'assurance maladie sont pris en charge dans les conditions prévues à l'article L. 251-2 (…) ».
9. D’une part, il résulte de l’instruction que M. B... ne bénéficiait plus de droits ouverts à l’assurance maladie, lorsqu’il a été hospitalisé entre le 18 février et le 11 avril 2022, depuis le 15 octobre 2021 et qu’il a, de nouveau, bénéficié de l’ouverture de ses droits au régime de base à compter du 12 avril 2022. Toutefois, si M. B... soutient, ainsi qu’il a été déjà dit, qu’il était en situation irrégulière à la date à laquelle il a été admis au centre hospitalier universitaire de Nantes, il ne démontre ni avoir été présent sur le territoire dans les trois mois précédent son admission le 18 février 2022, ni la période au cours de laquelle il aurait été en situation irrégulière, et ne produit aucun élément relatif à ses ressources pendant les douze mois précédant sa période d’hospitalisation malgré la mesure d’instruction qui lui a été communiquée le 10 juillet 2026. D’autre part, le requérant, qui ne précise pas la nature des soins qui lui ont été apportés lors des hospitalisations en cause, ne démontre ainsi pas davantage que l’absence de soins aurait mis en jeu son pronostic vital ou conduit à une altération grave et durable de son état de santé, de sorte qu’il n’établit pas que les conditions posées par les dispositions de l’article L. 254-1 du code de l’action sociale et des familles étaient satisfaites. Dans ces conditions, à défaut de démontrer qu’il remplissait les conditions pour bénéficier de la prise en charge de ses frais d’hospitalisation au titre de l’aide médicale d’Etat, M. B... n’établit ainsi pas l’illégalité fautive qu’aurait commise le centre hospitalier universitaire de Nantes en mettant à sa charge les frais d’hospitalisation en litige.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions de M. B... tendant, d’une part, à l’annulation des titres de recettes n° 1766986 et n° 1789189 respectivement émis à son encontre et rendus exécutoires par le centre hospitalier universitaire de Nantes les 29 décembre 2022 pour un montant de 17 272,08 euros et 5 janvier 2023 pour un montant de 3 789,55 euros, et d’autre part, à la décharge de l’obligation de les payer, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu’il a présentées au titre des frais liés au litige, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., au centre hospitalier universitaire de Nantes et au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
Délibéré après l’audience du 10 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
S. Gibson-Théry
La présidente,
M. Béria-Guillaumie
Le greffier,
P. Vosseler
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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