Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304534

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304534
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantNURET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une demande, enregistrée sous le n° 2304534 le 9 mai 2023, la SCCV Greenzone, représentée par Me Nuret, demande au tribunal de pourvoir à l'exécution de l'obligation faite à l'association Limère Résidentiel, M. F, M. C, la SCI Family RF, M. E, M. B, Mme D et M. A de lui verser, chacun, une somme de 1 150 euros en exécution du jugement n° 2103196 du 13 juillet 2022 du tribunal administratif d'Orléans.

Elle soutient que les parties adverses n'ont pas exécuté ce jugement en versant l'ensemble des sommes mises à leur charge.

L'association Limère Résidentiel, M. F, M. C, la SCI Family RF, M. E, M. B, Mme D et M. A ont été invités à produire leurs observations en réponse à la demande d'exécution de la SCCV Greenzone. Ils n'y ont pas procédé avant ou après l'ouverture de la phase juridictionnelle.

Par une ordonnance du 10 novembre 2023, le président du tribunal administratif a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle.

Par ordonnance du 9 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 29 février 2024.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la demande d'exécution dirigée contre des personnes privées non chargées de la gestion d'un service public.

Des observations en réponse au moyen relevé d'office, produites pour la SCCV Greenzone, représentée par Me Nuret, ont été enregistrées le 6 juin 2024.

Un mémoire a été enregistré le 3 juillet 2024, présenté pour M. F, représenté par Me Cotel, et n'a pas été communiqué.

II. Par des requêtes, enregistrées sous le n° 2305341 respectivement le 7 juillet 2023, le 7 juillet 2023, le 12 juillet 2023, le 12 juillet 2023 et le 10 août 2023, Mme D, M. B, M. A, M. E et l'association Limère Résidentiel demandent au tribunal d'interpréter le jugement n° 2103196 du 13 juillet 2022 par lequel il a, d'une part, rejeté les conclusions présentées par l'association Limère Résidentiel, M. F, M. C, la SCI Family RF, M. E, M. B, Mme D et M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2021 par lequel le maire d'Ardon a délivré un permis d'aménager à la SCCV Greenzone pour la création de deux terrains à bâtir et d'un îlot, d'autre part, les a condamnés à verser à la société SCCV Greenzone une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et, enfin, a mis à leur charge une somme globale de 1 200 euros à verser à la commune d'Ardon et une somme globale de 1 200 euros à verser à la SCCV Greenzone au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ils demandent au tribunal de déclarer que ce jugement a eu pour effet de condamner les requérants à verser à la SCCV Greenzone une somme globale de 1 000 euros au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme.

Ils soutiennent que la SCCV Greenzone n'est pas fondée à leur demander le paiement d'une somme de 1 000 euros chacun au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme dès lors qu'il résulte des conclusions de cette société dans l'instance ayant donné lieu au jugement du 13 juillet 2022 et des motifs par lesquels le tribunal a statué sur ces conclusions que c'est une somme globale de 1 000 euros que le tribunal a entendu mettre à leur charge.

Par des mémoires, enregistrés le 19 juillet 2023 et le 20 juin 2024, la SCCV Greenzone, représentée par Me Nuret, demande au tribunal :

1°) de déclarer que le jugement doit être interprété comme condamnant chaque requérant au versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ;

2°) de mettre à la charge de l'association Limère Résidentiel, M. F, M. C, la SCI Family RF, M. E, M. B, Mme D et M. A une somme globale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'abus du droit de saisir le juge d'une contestation d'une autorisation d'urbanisme doit être sanctionné sans faille.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lacassagne,

- et les conclusions de Mme Best de Gand, rapporteur public,

- et les observations de Me Silvestre substituant Me Nuret, représentant la SCCV Greenzone, et de Me Cotel, représentant l'association Limère Résidentiel et autres.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Par un jugement n° 2103196 du 13 juillet 2022, le tribunal administratif d'Orléans a, d'une part, rejeté les conclusions présentées par l'association Limère Résidentiel, M. F, M. C, la SCI Family RF, M. E, M. B, Mme D et M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2021 par lequel le maire d'Ardon a délivré un permis d'aménager à la SCCV Greenzone pour la création de deux terrains à bâtir et d'un îlot, d'autre part, les a condamnés à verser à la société SCCV Greenzone une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et, enfin, a mis à leur charge une somme globale de 1 200 euros à verser à la commune d'Ardon et une somme globale de 1 200 euros à verser à la SCCV Greenzone au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par un courrier enregistré le 9 mai 2023, la SCCV Greenzone a saisi le tribunal d'une demande d'aide à l'exécution de ce jugement en tant qu'il condamne les requérants à lui verser une somme au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme. Par une ordonnance n° 2304534 du 10 novembre 2023, le président du tribunal administratif d'Orléans a ouvert une phase juridictionnelle en vue de l'exécution du jugement précité. Par des courriers enregistrés sous le n° 2305341, Mme D, M. B, M. A, M. E et l'association Limère Résidentiel ont demandé au tribunal d'interpréter le jugement du 13 juillet 2022 et de déclarer que ce jugement a eu pour effet de condamner les requérants à verser à la SCCV Greenzone une somme globale de 1 000 euros au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme.

2. Les requêtes susvisées présentent à juger la même question d'exécution du jugement n° 2103196 du 13 juillet 2023. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'interprétation :

3. Il résulte du rapprochement du dispositif du jugement du tribunal administratif, en date du 13 juillet 2023, avec les motifs qui en sont le support nécessaire que ce jugement prête à interprétation.

4. Dans le point 9 de son jugement du 13 juillet 2023, le tribunal administratif a jugé que le recours formé par les requérants contre le permis d'aménager délivré à la SCCV Greenzone devait être regardé comme ayant été mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de leur part, causant à la SCCV Greenzone un préjudice moral que le tribunal a évalué, dans les circonstances de l'espèce, à la somme de 1 000 euros. Par suite, alors même que le dispositif de ce jugement, dans son article 2, condamne les requérants à verser à la SCCV Greenzone une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme, sans préciser que cette somme présente un caractère global, Mme D, M. B, M. A, M. E et l'association Limère Résidentiel sont fondés à prétendre que le jugement doit être interprété en ce sens.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il résulte des termes des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative que le tribunal administratif ne peut définir les mesures nécessaires pour assurer l'exécution d'une décision rendue par une juridiction administrative qu'à l'encontre des personnes morales de droit public ou organismes de droit privé chargés de la gestion d'un service public. En particulier, ces dispositions n'ont pas eu pour objet de créer, à l'encontre des personnes privées n'entrant pas dans leur champ d'application et pour l'exécution d'une obligation de payer, un régime d'astreinte qui se substituerait ou s'ajouterait aux voies d'exécution de droit commun. Par suite, la demande d'exécution présentée par la SCCV Greenzone contre l'association Limère Résidentiel, M. F, M. C, la SCI Family RF, M. E, M. B, Mme D et M. A, qui ne sont pas des personnes morales de droit public ou des organismes de droit privé chargés de la gestion d'un service public, ne peut être accueillie.

Les frais de l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'association Limère Résidentiel, M. F, M. C, la SCI Family RF, M. E, M. B, Mme D et M. A, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que réclame la SCCV Greenzone au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Il est déclaré que l'article 2 du jugement du tribunal administratif n° 2103196 du 13 juillet 2022 a eu pour effet de condamner l'association Limère Résidentiel, M. F, M. C, la SCI Family RF, M. E, M. B, Mme D et M. A à verser à la SCCV Greenzone une somme globale de 1 000 euros au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme.

Article 2 : Les conclusions de la SCCV Greenzone tendant à ce que le tribunal pourvoie à l'exécution du jugement n° 2103196 du 13 juillet 2022 du tribunal administratif d'Orléans sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions de la SCCV Greenzone tendant à la mise à la charge de l'association Limère Résidentiel, M. F, M. C, la SCI Family RF, M. E, M. B, Mme D et M. A d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F, à l'association Limère Résidentiel, à la SCI Family RF, à M. E, à M. B, à Mme D, à M. A, à M. C, à la commune d'Ardon, à la SCCV Greenzone et à la SCI 4P Immo.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseiller,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

L'assesseur le plus ancien,

Anne-Laure PAJOT

Le président-rapporteur,

Denis LACASSAGNE La greffière,

Marie-José PRECOPE

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2,

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