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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401091

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401091

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401091
TypeDécision
RecoursQuestion préjudicielle
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL RAFFIN ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement du 25 mars 2024, enregistré le 13 mai 2024, le conseil

de prud'hommes de Reims a transmis au tribunal une question préjudicielle tendant à l'appréciation de la légalité de l'arrêté n°2020/364 du 28 septembre 2020 par lequel la préfète de la région Grand Est a fixé la liste des défenseurs syndicaux intervenant en matière prud'homale en tant que cette décision a inscrit Mme C sur cette liste.

Le conseil des prud'hommes de Reims interroge le tribunal sur le fait de savoir

si Mme C pouvait régulièrement être inscrite sur la liste des défenseurs syndicaux sur proposition de son employeur, la Fédération Départementale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FDSEA) de la Marne qui est une organisation employeur et si son inscription sur cette liste lui permet d'assister ou de représenter un salarié sans lien avec la FDSEA.

Par un mémoire enregistré le 30 mai 2024, Mme D C demande

au tribunal de déclarer que l'arrêté de la préfète de la région Grand Est n°2020/364

du 28 septembre 2020 n'est pas entaché d'illégalité.

Elle fait valoir que la qualité de défenseur syndical n'est pas incompatible avec

la qualité de salarié d'un syndicat professionnel d'employeur et qu'elle remplit toutes

les conditions pour pouvoir être désignée défenseure syndicale.

Par un mémoire enregistré le 2 juillet 2024, la directrice régionale de l'économie,

de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est demande au tribunal de déclarer que l'arrêté de la préfète de la région Grand Est n°2020/364 du 28 septembre 2020 n'est pas entaché d'illégalité.

Elle fait valoir que Mme C remplissait les conditions lui permettant d'être inscrite sur la liste des défenseurs syndicaux.

Par un mémoire enregistré le 10 juillet 2024, la société Verveine Citron, représentée par le cabinet Raffin Associés, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de déclarer que l'arrêté de la préfète de la région Grand Est n°2020/364

du 28 septembre 2020 est illégal ;

2°) de mettre à la charge de Mme C la somme de 1 500 euros au titre

des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 28 septembre 2020 et entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation car Mme C ne peut cumuler les qualités de salariée et de défenseure syndicale ;

- l'arrêté du 28 septembre 2020 méconnait les principes du droit syndical

et de la juridiction prud'hommale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henriot, conseiller ;

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.

- les observations de Mme C et les observations de Me Raffin, représentant la société Verveine Citron.

Considérant ce qui suit :

1. La société Verveine Citron, dans le cadre d'un litige l'opposant

à Mme A devant le conseil de prud'hommes de Reims, a contesté la faculté pour cette dernière d'être assistée par Mme C en qualité de défenseure syndicale du fait de l'illégalité de l'arrêté n°2020/364 du 28 septembre 2020 par lequel la préfète de la région Grand Est a fixé la liste des défenseurs syndicaux intervenant en matière prud'homale. Par un jugement

du 25 mars 2024, le conseil de prud'hommes de Reims a sursis à statuer et a transmis au tribunal une question préjudicielle tendant à l'appréciation de la légalité de cet arrêté en tant qu'il inscrit Mme C sur la liste des défenseurs syndicaux.

2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 1453-1 A du code

du travail : " Par dérogation au premier alinéa de l'article 4 de la loi n° 71-1130

du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques, les parties peuvent se défendre elles-mêmes ou se faire assister ou représenter devant le conseil de prud'hommes, outre par un avocat, par : () 2° Les défenseurs syndicaux ; () ". Selon

les dispositions de l'article L. 1453-4 du même code : " Un défenseur syndical exerce des fonctions d'assistance ou de représentation devant les conseils de prud'hommes et les cours d'appel en matière prud'homale. Il est inscrit sur une liste arrêtée par l'autorité administrative sur proposition des organisations d'employeurs et de salariés, dans des conditions définies par décret. Le défenseur syndical intervient sur le périmètre d'une région administrative. ".

3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article D. 1453-2-1 du code du travail : " La liste des défenseurs syndicaux mentionnée à l'article L. 1453-4 est établie par le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, sur proposition des organisations d'employeurs et de salariés mentionnées au même article. Ces dernières désignent des défenseurs syndicaux au niveau régional en fonction de leur expérience des relations professionnelles et de leurs connaissances du droit social.

Les défenseurs syndicaux exercent leurs fonctions à titre gratuit. Ils sont inscrits sur la liste

de la région de leur domicile ou du lieu d'exercice de leur activité professionnelle. ". Selon

les dispositions de l'article D. 1453-2-3 du même code : " La liste des défenseurs syndicaux mentionnée à l'article L. 1453-4 est arrêtée dans chaque région par le préfet de région et publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de région. La liste comporte notamment les nom, prénom, profession du défenseur, le nom de l'organisation syndicale ou professionnelle qui le propose et, au choix de cette organisation, les coordonnées de l'organisation ou celles des intéressés. Elle est tenue à la disposition du public à la direction régionale des entreprises,

de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, dans chaque conseil de prud'hommes et dans les cours d'appel de la région. " Selon les dispositions de l'article

D. 1453-2-4 du même code : " L'inscription sur cette liste permet l'exercice de la fonction de défenseur syndical. ".

4. En premier lieu, il résulte des termes mêmes des dispositions de l'article

L. 1453-4 du code du travail que les défenseurs syndicaux peuvent être proposés à l'autorité administrative par des organisations d'employeur. En outre, aucune disposition n'interdit

à une telle organisation de proposer l'inscription sur la liste des défenseurs syndicaux

de l'un de ses salariés. Enfin, si les défenseurs syndicaux ne peuvent être rémunérés dans

le cadre de leur activité d'assistance et de représentation des parties devant le conseil

de prud'hommes, ils demeurent libres, par ailleurs, d'exercer une activité professionnelle, y compris en qualité de salarié. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté de la préfète de la région Grand Est du 28 septembre 2020 serait entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation du fait que Mme C a la qualité de salariée de la Fédération Départementale des Syndicats d'Exploitants Agricoles, l'organisation d'employeur qui a proposé son inscription sur la liste des défenseurs syndicaux, doit être écarté.

5. En second lieu, il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 1453-1 A et D. 1453-2-4 du code du travail que toute partie à un litige devant le conseil

de prud'hommes, qu'elle ait la qualité de salarié ou d'employeur, peut se faire assister ou représenter par le défenseur syndical de son choix, dès lors que son nom est inscrit sur la liste arrêtée par l'autorité administrative, peu importe que ce défenseur ait été proposé par une organisation d'employeur ou de salariés. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté de la préfète de la région Grand Est du 28 septembre 2020 serait illégal du fait qu'il n'autoriserait

pas Mme C, dont le nom a été proposé par une organisation d'employeur, d'assister

ou de représenter un salarié sans lien avec cette organisation, telle que Mme A, doit être écarté.

6. Il résulte ce qui précède que les moyens par lesquels la société Verveine Citron conteste la légalité de l'arrêté du 28 septembre 2020 de la préfète de la région Grand Est ne sont pas fondés. Cet arrêté n'est ainsi pas entaché d'illégalité.

7. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme C la somme sollicitée

par la société Verveine Citron au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il est déclaré que les moyens par lesquels la société Verveine Citron conteste

la légalité de l'arrêté du 28 septembre 2020 de la préfète de la région Grand Est fixant la liste

des défenseurs syndicaux intervenant en matière prud'homale en tant que cette décision a inscrit Mme C sur cette liste ne sont pas fondés.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Verveine Citron sur le fondement

des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au conseil de prud'hommes de Reims,

à Mme D C, à Mme B A, à la société Verveine Citron et à la ministre du travail et de l'emploi.

Copie en sera adressée à la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est et à la préfète de la région Grand Est.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

Mme Alibert, première conseillère,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HENRIOTLe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi

en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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