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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402128

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402128

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402128
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantAOUIDET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête enregistrée le 27 août 2024 sous le numéro 2402128, M. A C B, représenté par Me Aouidet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il sera éloigné émanent d'un signataire incompétent ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les articles L. 323-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 4 de l'accord franco-marocain ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée sur l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui est contraire à la directive n°2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français émane d'une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les articles L. 323-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 4 de l'accord franco-marocain ;

- sa durée est excessive.

Le préfet des Ardennes a produit la décision attaquée le 5 septembre 2024.

II°) Par une requête enregistrée le 27 août 2024 sous le numéro 2402129, M. A C B, représenté par Me Aouidet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours en lui faisant obligation de se présenter tous les jours entre 8 heures et 9 heures au commissariat de police de Charleville-Mézières ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- cet arrêté est illégal du fait de l'illégalité de l'arrêté du 23 août 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligé à quitter le territoire français ;

- il n'est pas établi qu'il demeurerait une perspective raisonnable d'éloignement ;

- la mesure est disproportionnée au regard de son insertion professionnelle et depuis son comportement depuis son arrivée en France qui ne révèle aucun risque de soustraction à la mesure d'éloignement ;

- elle méconnait sa liberté d'aller et venir et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de se présenter tous les jours au commissariat de police de Charleville-Mézières fait obstacle à l'exercice de son activité professionnelle et conduira à son licenciement.

Le préfet des Ardennes a produit la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français le 2 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps, président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Deschamps, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

1. M. B, ressortissant marocain né le 15 octobre 1983 qui dit être entré en France en décembre 2022, a fait l'objet, le 23 août 2024, de deux arrêtés par lesquels le préfet des Ardennes d'une part l'a obligé à quitter sans délai le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et d'autre part l'a assigné à résidence dans le département des Ardennes pour une durée de 45 jours en lui faisant obligation de se présenter tous les jours entre 8 heures et 9 heures au commissariat de police de Charleville-Mézières. Par les deux requêtes visées ci-dessus, qu'il y a lieu de joindre pour y statuer par un même jugement, il demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :

4. Les décisions attaquées comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, s'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet n'était pas tenu de motiver sa décision au regard d'une atteinte à l'ordre public dès lors qu'il ne retenait pas ce motif. Ces décisions sont ainsi suffisamment motivées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. D'une part, par un arrêté du 13 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet des Ardennes a donné délégation à M. Joël Dubreuil, secrétaire général de la préfecture des Ardennes à l'effet de signer, à compter du 17 juillet 2023, les mesures relevant de la réglementation des étrangers en matière de droit au séjour et d'éloignement du territoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.

6. D'autre part, le requérant, qui ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-marocain ni de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'est au demeurant pas applicable aux ressortissants marocains en matière de travail, dès lors qu'il n'a pas déposé de demande de titre de séjour, invoque une présence en France d'une durée de près de deux années et l'exercice d'une activité professionnelle. Ces éléments ne sont cependant pas de nature à entacher la décision d'éloignement d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : /

1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; /

2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; /

3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.".

8. Aux termes du point 7 de l'article 3 de la directive du 16 décembre 2008 visée ci-dessus qui dispose que " 7) " risque de fuite " : le fait qu'il existe des raisons, dans un cas particulier et sur la base de critères objectifs définis par la loi, de penser qu'un ressortissant d'un pays tiers faisant l'objet de procédures de retour peut prendre la fuite ; () ". Les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent n'ont pas pour objet de définir le risque de fuite, cette définition étant apportée par l'article L. 612-3 du même code. Par suite, le moyen tiré d'une inexacte transposition de l'article 3 de la directive par l'article L. 612-2 doit être écarté comme inopérant.

9. D'autre part, les éléments cités au point 6 ne son pas de nature à entacher le refus de délai de départ volontaire d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de la décision fixant le pays de destination de l'éloignement n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, et doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Pour les motifs exposés au point 5, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 6 que la décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'appui de la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

13. Les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 323-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'article 4 de l'accord franco-marocain, qui concernent la délivrance de titres de séjour, ne peuvent être utilement invoqués à l'encontre d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, et ne peuvent, par suite, pas être retenus.

14. Si le requérant est présent en France depuis le mois de décembre 2022 et s'il y a exercé une activité professionnelle, cette durée est relativement limitée, et il ne se prévaut d'aucune relation qu'il aurait établie en France. Dans ces conditions, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, la durée d'un an fixée pour cette interdiction de retour sur le territoire français n'est pas disproportionnée.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

15. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

16. En premier lieu, le requérant n'apporte aucun élément permettant d'établir que son éloignement ne constituerait pas une perspective raisonnable et serait ainsi entachée d'erreur de droit, la décision attaquée ne prononçant au demeurant pas un renouvellement d'assignation à résidence.

17. En deuxième lieu, même s'il n'a pas fait l'objet de condamnations antérieures, le requérant n'ayant entrepris aucune démarche en vue de la régularisation de sa situation administrative depuis son arrivée en France, le préfet a pu, sans erreur d'appréciation, estimer qu'il présentait un risque de fuite.

18. En troisième lieu, il ressort du contrat de travail de l'intéressé que son activité professionnelle s'exerce majoritairement dans les Ardennes. Dans ces conditions, son assignation à résidence dans ce département n'est pas disproportionnée et ne porte pas une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir ni à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors que M. B ne se prévaut d'aucune relation qu'il aurait nouée en France, et notamment en-dehors du département des Ardennes.

19. Enfin, le requérant ne produit aucun élément permettant d'établir que les conditions de contrôle de l'assignation à résidence en cause par une présentation quotidienne au commissariat de police de Charleville-Mézières serait incompatible avec l'exercice de son activité professionnelle.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquences, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant au remboursement de frais exposés et non compris dans les dépens doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Nebil Aouidet et au préfet des Ardennes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

A. DESCHAMPS

La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°s2402128 et 2402129

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