jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2104052 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET F.NAIM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 mai 2021, 6 octobre 2021, 20 janvier 2022 et 17 février 2022, M. D A et Mme B C, représentés par Me Naïm, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur réclamation préalable comportait une motivation relative à la procédure et, en tout état de cause, ce supposé vice de forme a été régularisé dans la requête ;
- la proposition de rectification qui leur a été adressée est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- le service vérificateur a méconnu l'obligation de communication prévue par l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, faute de leur avoir adressé les documents relatifs à la fusion et à l'échange de titres qu'ils avaient demandés par courrier du 19 avril 2017 ;
- les pénalités pour manquement délibéré ne sont pas justifiées, en l'absence d'intention délibérée d'échapper à l'impôt.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 août 2021, 7 décembre 2021 et 1er février 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales est inopérant ;
- ce moyen, en tout état de cause, et les autres moyens soulevés par M. A et Mme C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 11 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 septembre 2022.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'instruction a été rouverte pour les éléments demandés en vue de compléter l'instruction par lettre du 26 octobre 2023.
Un mémoire, présenté pour M. A et Mme C, a été enregistré le 2 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaur,
- les conclusions de M. Huguen, rapporteur public,
- et les observations de Me Naïm, avocat de M. A et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte sous seing privé du 21 avril 2015, M. A et Mme C ont cédé des actions de la société CHL Invest pour un montant de 3 948 685,19 euros. Dans leur déclaration de revenus souscrite au titre de l'année 2015, ils ont déclaré une plus-value imposable de 1 084 641 euros. Après mise en demeure, ils ont déposé, hors délai, une déclaration n° 2074, dans laquelle ils ont reporté le même montant de plus-value imposable. À l'issue d'un contrôle sur pièces, le service vérificateur a rectifié le prix d'acquisition des titres déclaré et, par suite, fixé le montant de la plus-value imposable à 1 360 321 euros.
2. M. A et Mme C demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015, en conséquence de cette rectification, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Aux termes de l'article R. 57-1 de ce livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ".
4. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 27 février 2017 adressée à M. A et Mme C mentionne les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les impositions et les années d'imposition concernées. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en méconnaissance des dispositions précitées, la proposition de rectification du 27 février 2017 qui leur a été adressée est insuffisamment motivée.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". Il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre et à tout moment avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des renseignements qu'elle a utilisés pour établir les impositions, avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé, notamment, de discuter utilement leur provenance et de demander, avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent, que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition.
6. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de la réception de la proposition de rectification du 27 février 2017, M. A et Mme C ont, par un courrier du 19 avril 2017, déclaré contester à titre conservatoire la rectification de la plus-value de cession de titres en litige dans l'attente de la communication, qu'ils ont sollicitée par ce même courrier, de l'intégralité des documents obtenus de tiers sur lesquels le service s'était fondé pour corriger la plus-value qu'ils avaient déclarée. Ces documents ont été envoyés par courrier simple le 26 avril 2017 aux requérants, et le 27 avril 2017 à leur conseil. Le 5 juillet 2017, la supérieure hiérarchique du vérificateur a ensuite adressé deux courriels aux requérants et à leur conseil, à leurs adresses électroniques respectives, qu'ils avaient déjà utilisées dans leurs relations avec le service, pour leur rappeler l'envoi de ces documents, les inviter à présenter en conséquence leurs observations sur la rectification proposée, ainsi qu'ils l'avaient annoncé le 19 avril 2017, et les informer qu'à défaut de réponse avant le 13 juillet 2017, cette rectification serait confirmée. Par un courrier du 10 juillet 2017, qui ne fait pas mention d'une absence de communication des documents, que les requérants avaient pourtant jugé indispensables à la présentation de leurs observations, et qui ne réitère pas la demande de communication présentée le 19 avril 2017, le conseil des requérants, faisant référence à un entretien téléphonique avec la supérieure hiérarchique du vérificateur, a simplement déclaré confirmer que ses clients maintenaient leur position, telle que développée en réponse à la proposition de rectification. L'administration fiscale, qui se prévaut de l'ensemble de ces circonstances, doit être regardée comme établissant avoir régulièrement communiqué les documents demandés le 19 avril 2017, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
Sur le bien-fondé des pénalités pour manquement délibéré :
7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".
8. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 27 février 2017, que M. A et Mme C, ont déposé tardivement la déclaration n° 2074, consécutivement à une mise en demeure du 13 juillet 2016, dans laquelle ils ont indûment majoré le montant du prix de revient des titres de la société CHL Invest qu'ils avaient cédés en 2015, ce qui a eu pour effet de minorer la plus-value imposable à l'impôt sur le revenu. L'administration fiscale se prévaut de la nature et de l'importance de ce manquement. Elle se prévaut également des fonctions de M. A, associé et dirigeant de la société CHL Invest, dont l'activité consistait en la gestion de participations, et de la société A, partie prenante à de nombreuses cessions et acquisitions de droits sociaux, et de ce que le requérant exerce lui-même à titre individuel une activité de conseil pour les affaires et de conseil en gestion. Dans ces circonstances, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, conformément à l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, de l'intention délibérée des contribuables de se soustraire à l'impôt dû à raison de la plus-value qu'ils ont réalisée et, par suite, du bien-fondé des pénalités de 40 % pour manquement délibéré qui leur ont été infligées sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A et Mme C ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes. Leurs conclusions à fin de décharge doivent, par suite, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'ils ont présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Mme B C et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Courtois, première conseillère,
- Mme Jaur, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
A. JAURLe président,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026