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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2107233

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107233

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107233
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (3)
Avocat requérantBILLEBAULT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête enregistrée le 11 septembre sous le numéro 2107233, Mme E D, représentée par Me Billebault, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2021 par laquelle le président du département du Nord a rejeté son recours administratif du 7 mai 2021 dirigé contre les indus de revenu de solidarité active (INK/002-INL/001) d'une somme de 19 994,92 euros notifiés le 12 mars 2021 ;

2°) de mettre à la charge du département du Nord la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 12 mars 2021 ainsi que la décision attaquée du 20 juillet 2021 émanent d'autorités incompétentes ;

- la décision du 12 mars 2021 est insuffisamment motivée, en méconnaissance des articles L.211-8 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le principe des droits de la défense a été méconnu lors de la procédure de contrôle et la notification de la décision du 12 mars 2021 ;

- la décision du 12 mars 2021 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la caisse d'allocation familiales ne démontre pas l'existence d'une vie maritale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la décision du 12 mars 2021 sont irrecevables ;

- les moyens tirés des vices de la décision du 12 mars 2021 sont inopérants à l'appui du recours dirigé contre la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire du 20 juillet 2021 ;

- les moyens soulevés par la requérante contre la décision du 20 juillet 2021 ne sont pas fondés.

II) Par une requête, enregistrée le 11 septembre 2021 sous le numéro 2107236, Mme E D, représentée par Me Billebault, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la caisse d'allocation familiales du Nord a implicitement rejeté son recours administratif formé contre la décision du 12 mars 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié des indus de primes exceptionnelles de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant total de 707,34 euros ;

2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocation familiales du Nord la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 12 mars 2021 a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance des articles L.211-8 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le principe des droits de la défense a été méconnu lors de la procédure de contrôle et la notification de la décision du 12 mars 2021 ;

- la décision du 12 mars 2021 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la caisse d'allocation familiales ne démontre pas l'existence d'une vie maritale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête et à ce que Mme D soit condamnée au paiement du solde de la créance INQ/001 à hauteur de 250 euros.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une lettre en date du 19 février 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales du Nord tendant au paiement du solde de la créance INQ/001 à hauteur de 250 euros, dès lors que celle-ci dispose de la procédure de contrainte pour le recouvrement de ses prestations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 ;

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Horn pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative :

- Le rapport de M. Horn, magistrat désigné ;

- et les observations de M. C, représentant le président du conseil départemental du Nord.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle de la situation de Mme D et du réexamen de ses droits qui s'en est suivi, la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié, le 12 mars 2021, son intention de recouvrer, d'une part, la somme de 19 994,92 euros correspondant à deux indus de revenu de solidarité active versé au titre de la période comprise entre le mois de mars 2018 à août 2020 (INK/002-INL/001) et d'autre part, la somme de 707,34 euros correspondant à des indus de primes exceptionnelles de fin d'année (ING/001 et ING/002) versées en décembre 2018 et décembre 2019 et d'aide exceptionnelle de solidarité (INQ/001) versée au titre de l'année 2020. Par un courrier du 7 mai 2021, reçu le 10 mai suivant, Mme D a formé auprès du président du conseil départemental du Nord, un recours administratif préalable contre les indus de revenu de solidarité active (INK/002-INL/001). Par un courrier du 7 mai 2021, reçu le 11 mai suivant, Mme D a formé auprès de la caisse d'allocations familiales du Nord, un recours administratif préalable contre les indus de primes exceptionnelles de fin d'année (ING/001 et ING/002) et d'aide exceptionnelle de solidarité (INQ/001). Par sa requête n°2107233, Mme D demande l'annulation de la décision du 20 juillet 2021 par laquelle le président du département du Nord a expressément rejeté son recours administratif dirigé du 10 mai 2021 contre les indus de revenu de solidarité active (INK/002-INL/001) d'un montant total de 19 994,92 euros. Par sa requête n°2107236, Mme D demande l'annulation de la décision par laquelle la caisse d'allocation familiales du Nord a implicitement rejeté son recours administratif formé contre la décision du 12 mars 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié des indus de primes exceptionnelles de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant total de 707,34 euros.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n°s 2107233 et 2107236, qui concernent les mêmes parties, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.

Sur la requête n°2107233 :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par le président du conseil départemental du Nord :

3. Si le département du Nord fait valoir que la requête serait irrecevable au motif que ses conclusions à fin d'annulation seraient dirigées contre la décision initiale de notification d'indu du 12 mars 2021, il ressort des termes mêmes de la requête de Mme D qu'elle a expressément dirigé ses conclusions contre la décision de rejet de son recours administratif préalable. Le requête n°2107233 de Mme D est donc bien recevable.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, lorsque le recours dont le juge administratif est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide exceptionnelle de fin d'année ou d'aide exceptionnelle de solidarité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.

5. La requérante n'est pas fondée à se prévaloir des vices propres dont serait entachée la décision du 12 mars 2021, à laquelle s'est substituée la décision du 20 juillet 2021. Cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à l'encontre des décisions statuant sur un recours préalable obligatoire des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables aux décisions initiales qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à ces décisions, sont susceptibles d'affecter la régularité des décisions soumises au juge.

6. L'ensemble des moyens tirés de l'existence de vices propres spécifiques à la décision du 12 mars 2021, tirés en l'espèce de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de l'insuffisance de motivation doivent être écartés comme inopérants dès lors que la décision du 20 juillet 2021 de rejet du recours administratif obligatoire s'y est substituée.

7. En deuxième lieu, il résulte des mentions de l'arrêté du président du conseil départemental du Nord en date du 19 janvier 2021, publié dans le numéro du 1er janvier au 15 mars 2021 du recueil des actes administratifs du département du Nord, que Mme F G, signataire de la décision attaquée, disposait, en vertu du tableau annexé à cet arrêté, d'une délégation à l'effet de signer notamment les actes mentionnés au point 2 de l'article 1 de cet arrêté, à savoir " tous courriers et tous actes et décisions dans le cadre d'une procédure administrative conduisant à la prise d'une décision par une des autorités décisionnaires du département ", au nombre desquels figurent notamment " les décisions de rejet et leur notification ", qui sont visées au point 2.6 de ce même article 1. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision du 20 juillet 2021 par laquelle le président du département du Nord a rejeté le recours administratif du 7 mai 2021 de Mme D doit être écarté.

8. En troisième lieu, l'article L. 262-47 du même code dispose que : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat () ". Les articles R. 262-87 à R. 262-91 précisent les conditions dans lesquelles ce recours administratif préalable obligatoire est présenté au président du conseil départemental puis, le cas échéant, soumis pour avis à la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active.

9. il résulte des dispositions du chapitre II du titre VI du livre II du code de l'action sociale et des familles (B), et en particulier de l'article L. 262-47 de ce code, qu'il appartient à l'allocataire de présenter un recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, à l'encontre d'une décision lui réclamant le remboursement d'un indu de revenu de solidarité active. A l'occasion de ce recours, il est loisible à l'allocataire de faire état de tout élément qu'il estime nécessaire de porter à la connaissance de l'administration, qui sera alors mise en mesure d'arrêter définitivement sa position. Le législateur a entendu, par ces dispositions, déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions relatives au revenu de solidarité active. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision en litige serait intervenue en méconnaissance de l'article L.211-8 du code des relations entre le public et l'administration et des droits de la défense doivent être écartés.

10. En quatrième et dernier lieu, à l'appui de son moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, Mme D soutient que la caisse d'allocation familiales ne démontre pas l'existence d'une vie maritale avec M. H, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête établi le 4 février 2021 par le contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme D réside avec M. A depuis à tout le moins le 1er janvier 2017, qu'ils partagent un compte commun sur lequel le salaire de M. A est versé mensuellement, et à partir duquel sont versés les loyers du logement du couple, et qu'ils ont eu un enfant, né le 19 juillet 2017. Au demeurant, il résulte de l'instruction que Mme D, confrontée à ces informations, a déclaré être en vie maritale avec M. A depuis avril 2014. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le président du département du Nord a rejeté le recours administratif du 7 mai 2021 de Mme D dirigé contre les indus de revenu de solidarité active (INK/002-INL/001) versé au titre de la période comprise entre le mois de mars 2018 à août 2020 d'une somme totale de 19 994,92 euros.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 juillet 2021 par laquelle le président du département du Nord a rejeté son recours administratif du 7 mai 2021 dirigé contre les indus de revenu de solidarité active (INK/002-INL/001) d'une somme de 19 994,92 euros notifiés le 12 mars 2021.

Sur la requête n°2107236 :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

12. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu pour vice de régularité, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu d'aide exceptionnelle a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de forme ou de procédure.

S'agissant de l'étendue du litige :

13. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

14. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire, que les décisions de récupération d'indus d'aide exceptionnelle de solidarité ou de prime exceptionnelle de fin d'année devraient faire l'objet d'un recours administratif préalable à défaut duquel l'intéressé serait irrecevable à saisir le juge pour la contester. Ainsi, dans le cas où l'intéressé forme un recours administratif contre une telle décision, ainsi qu'il en a le loisir, la décision rejetant ce recours ne se substitue pas à la décision initiale.

15. Si Mme D demande seulement l'annulation de la décision du 11 juillet 2021 portant rejet implicite de son recours gracieux, elle doit être regardée, eu égard à ce qui a été dit précédemment, comme demandant également l'annulation de la décision initiale du 12 mars 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié des indus de primes exceptionnelles de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant total de 707,34 euros.

S'agissant du bien-fondé des indus d'aide exceptionnelle notifiés le 12 mars 2021 :

16. D'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires : " I.- Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : / 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; () ". Aux termes du III de l'article 2 du même décret : " I. - Les bénéficiaires du revenu de solidarité active mentionné au 1° de l'article 1er du présent décret ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 150 euros sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois d'avril ou de mai ne soit pas nul. () / IV. - Les bénéficiaires de l'une des allocations mentionnées aux 1°, 2°, 4°, 5° et 6° de l'article 1er du présent décret ont également droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 100 euros par enfant à charge, sauf lorsque ce versement est déjà dû pour le foyer au titre d'une des aides personnelles au logement. La notion d'enfant à charge est celle mentionnée à l'alinéa précédent et, pour la collectivité de Saint-Pierre-et-Miquelon, celle mentionné au 1° de l'article 1er du décret du 7 octobre 2008 susvisé ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " L'aide exceptionnelle de solidarité prévue par le présent décret est à la charge de l'Etat. Elle est versée directement aux foyers des bénéficiaires par les organismes débiteurs des prestations mentionnées à l'article 1er ".

17. D'autre part, aux termes de l'article 3 du décret du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d''année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2018 ou, à défaut, du mois de décembre 2018, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. / Une seule aide est due par foyer ". Aux termes de l'article 3 du décret du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d''année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. / Une seule aide est due par foyer ". Enfin, aux termes de l'article 1er du décret du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires : " I. - Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : / 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; () ", et aux termes de son article 2 : " I.- Les bénéficiaires du revenu de solidarité active mentionné au 1° de l'article 1er du présent décret ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 150 euros sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois d'avril ou de mai ne soit pas nul () ".

18. Il résulte de ces dispositions que les aides exceptionnelles au titre des années 2018 et 2019 ne devaient être versées qu'aux allocataires du revenu de solidarité active qui avaient droit à cette allocation au titre du mois de novembre de chacune de ces années, et l'aide exceptionnelle de solidarité aux bénéficiaires du revenu de solidarité active dont l'allocation due en avril ou en mai n'était pas nulle. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme D n'avait pas droit au revenu de solidarité active entre le 1er mars 2018 et le 31 août 2020. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la caisse d'allocations familiales du Nord lui a réclamé le remboursement des sommes indument versées au titre de ces aides exceptionnelles.

S'agissant de la régularité des indus d'aide exceptionnelle notifiés le 12 mars 2021 :

19. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 3° () imposent des sujétions ". L'article L. 211-5 de ce code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

20. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année ou de l'aide exceptionnelle de solidarité est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu

21. Il résulte de l'instruction que la décision attaquée ne mentionne pas les dispositions sur le fondement desquelles elle a été prise et est donc insuffisamment motivée. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens tenant à la régularité des indus d'aide exceptionnelle notifiés le 12 mars 2021, la décision du 12 mars 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié des indus de primes exceptionnelles de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant total de 707,34 euros est irrégulière et doit être annulée. Par voie de conséquence, la décision par laquelle la caisse d'allocation familiales du Nord a implicitement rejeté son recours administratif formé contre cette décision du 12 mars 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions de la CAF du Nord :

22. En application du principe selon lequel une personne publique ou une personne privée chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, la caisse d'allocations familiales du Nord, dès lors, notamment, qu'elle dispose du pouvoir d'émettre une contrainte pour le recouvrement de la somme en cause, ne peut demander au tribunal de condamner la requérante au paiement du solde de la créance INQ/001 à hauteur de 250 euros. Par suite, de telles conclusions doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. En premier lieu, les décisions prises par la caisse d'allocations familiales en matière d'aide exceptionnelle de solidarité et de prime exceptionnelle de fin d'année le sont au nom de l'État. Par suite, les conclusions présentées par Mme D, qui tendent à ce qu'une somme soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales du Nord sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont mal dirigées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

24. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Nord, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme D demande.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 12 mars 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a notifié à Mme D des indus de primes exceptionnelles de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant total de 707,34 euros, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La requête n°2107233 de Mme D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, à Me Billebault, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au département du Nord.

Copie sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. HORNLe greffier,

Signé

A. COUET

La République mande et ordonne au préfet du Nord et à la ministre des solidarités et des familles, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Nos 2107233 et 2107236

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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