Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2302206

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2302206
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés le 10 mars 2023, le 8 mai 2023 et le 12 juin 2023, Mme E D, représentée par Me Perinaud, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle ;

5°) en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser directement au titre de l'article L761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- les pièces produites par le préfet du Nord dans son mémoire en défense ne respectent pas les dispositions de l'article R. 412-2 du code de justice administrative ;

- cette décision a été signée par une personne qui n'était pas compétente pour ce faire ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, par méconnaissance des articles L. 425-9, R. 425-11, et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats dès lors que l'avis du collège des médecins de l'OFII n'est pas entièrement renseigné ;

- elle est entachée d'un second vice de procédure, par méconnaissance des mêmes dispositions, dès lors que la compétence des médecins membres du collège de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) n'est pas établie ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- aucune décision portant obligation de quitter le territoire français n'est mentionnée dans le dispositif de l'arrêté litigieux, en contradiction avec les motifs de ce même arrêté ; dès lors, aucune décision portant obligation de quitter le territoire français ne lui a été notifiée.

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

- cette décision a été signée par une personne qui n'était pas compétente pour ce faire ;

- elle n'a pas de base légale dès lors qu'aucune obligation de quitter le territoire français ne figure à l'arrêté contesté ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision a été signée par une personne qui n'était pas compétente pour ce faire ;

- elle n'a pas de base légale dès lors qu'aucune obligation de quitter le territoire français ne figure à l'arrêté contesté ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision a été signée par une personne qui n'était pas compétente pour ce faire ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire ;

- elle n'a pas de base légale dès lors qu'aucune obligation de quitter le territoire français ne figure à l'arrêté contesté ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2023, le préfet du Nord, représenté par la Selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a transmis l'entier dossier médical de la requérante le 4 décembre 2023.

Une demande de régularisation a été adressée le 5 janvier 2024 au préfet du Nord lui demandant de lister, en application de l'article R. 412-2 du code de justice administrative, l'ensemble des pièces jointes à sa requête dans un inventaire détaillé et numéroté dans un ordre continu et croissant.

Des pièces, enregistrées le 10 janvier 2024, ont été produites par l'OFII à la demande du tribunal et communiquées sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Après la clôture automatique de l'instruction, le préfet du Nord a produit des pièces le 12 février 2024, non communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteil,

- et les observations de Me Cliquennois, substituant Me Perinaud, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E D, née le 6 juillet 1988 en Guinée, de nationalité guinéenne, est entrée en France le 10 juillet 2018. Elle a sollicité le bénéfice de l'asile mais sa demande a été définitivement rejetée par une décision du 22 juillet 2019 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté en date du 31 juillet 2019, il lui a été fait obligation de quitter le territoire français. Elle a ensuite sollicité auprès de la préfecture du Nord, le 9 juin 2022, la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " pour " raisons de santé ". Par un arrêté du 2 mars 2023, dont la requérante demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Mme D, qui n'a d'ailleurs pas déposé de demande d'attribution de l'aide juridictionnelle auprès du bureau de l'aide juridictionnelle, n'établit pas en quoi sa demande d'attribution de l'aide juridictionnelle présenterait un caractère urgent dans l'instance au fond. Dès lors, cette demande doit être rejetée.

Sur la recevabilité des pièces produites par le préfet du Nord :

4. Aux termes de l'article R. 412-2 du code de justice administrative : " Lorsque les parties joignent des pièces à l'appui de leurs requêtes et mémoires, elles en établissent simultanément un inventaire détaillé. Sauf lorsque leur nombre, leur volume ou leurs caractéristiques y font obstacle, ces pièces sont accompagnées d'une copie. Ces obligations sont prescrites aux parties sous peine de voir leurs pièces écartées des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet. / L'inventaire détaillé présente, de manière exhaustive, les pièces par un intitulé comprenant, pour chacune d'elles, un numéro dans un ordre continu et croissant ainsi qu'un libellé suffisamment explicite. " Les pièces produites par le préfet du Nord sous l'intitulé " dossier P.59 D E ", en pièces jointes de son mémoire en défense enregistré le 5 avril 2023, ne font pas l'objet d'un inventaire détaillé. Le préfet du Nord, invité à régulariser sa requête sur ce point par un courrier du 5 janvier 2024, ne l'a pas fait dans le délai de dix jours qui lui était imparti et avant clôture de l'instruction. Par suite, il y a lieu d'écarter ces pièces du débat en application des dispositions de l'article R. 412-2 du code de justice administrative.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

5. L'arrêté contesté a été signé, pour le préfet du Nord et par délégation, par M. B F, sous-préfet de Dunkerque, qui était compétent pour ce faire en vertu d'un arrêté du 24 mai 2022, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs n°131 de la préfecture du Nord. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, la décision de refus de séjour cite les dispositions dont elle fait application, en particulier l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état des éléments de fait justifiant, selon le préfet du Nord, que la demande de titre de séjour présentée par la requérante soit rejetée. Par suite, et alors par ailleurs que l'autorité préfectorale n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de l'intéressée, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde et est ainsi suffisamment motivée.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision contestée, qui est suffisamment motivée, que le préfet du Nord a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de la requérante avant de prendre la décision en litige.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. () ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

9. Par un avis rendu le 25 janvier 2023, le collège de médecins de l'OFII a estimé que, si l'état de santé de Mme D nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et que, au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, son état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par suite, la circonstance que le collège de médecins ne se soit pas prononcé sur la possibilité pour l'intéressée de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine est sans incidence sur la régularité de cet avis, cette question étant alors sans objet.

10. Il ressort par ailleurs du bordereau de transmission produit que ce même avis du collège des médecins de l'OFII a été rendu par trois médecins du service médical de l'OFII, nommément mentionnés sur ledit avis, et régulièrement nommés par une décision du 3 octobre 2022 du directeur général dudit établissement. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'identité des médecins membres du collège de OFII n'est pas établie doit être écarté.

11. En quatrième lieu, pour remettre en cause l'avis de l'OFII, Mme D justifie de son suivi au service hématologie du centre hospitalier de Dunkerque, produisant notamment une attestation du médecin dudit centre hospitalier qui la suit et qui indique que la requérante présente une pathologie chronique complexe dont le défaut pourrait entrainer des conséquences graves et dont elle risque d'être privée dans son pays d'origine. Il ressort cependant des pièces du dossier que, si Mme D est porteuse du VIH 2, la charge virale est pour l'instant indétectable. Par ailleurs, elle ne suit pas de traitement à ce titre, un traitement ne devant être nécessaire qu'en cas de réplication virale ou de grossesse. Ainsi, par les seuls documents qu'elle produit, la requérante ne contredit pas valablement l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, née le 7 juillet 1988 en Guinée, est entrée en France le 10 juillet 2018. Si elle se prévaut d'une relation avec M. A C, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 15 juillet 2024 et avec qui elle démontre résider depuis le mois de mai 2022, cette relation est cependant très récente. Elle ne justifie d'aucune autre attache personnelle ou familiale en France alors que résident en Guinée ses quatre enfants mineurs, nés entre 2006 et 2016, pays où elle a elle-même vécu jusqu'à ses trente ans. Par suite la décision contestée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. En sixième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que précédemment énoncés, et alors que la requérante ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière en France, la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

15. Il résulte ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

16. En premier lieu, le préfet du Nord a indiqué, dans les motifs de l'arrêté du 2 mars 2023, que la requérante ne justifiait pas se trouver dans l'un des cas dans lequel un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation le territoire français et que dans les circonstances de l'espèce, rien ne s'opposait à ce qu'une obligation de quitter le territoire français soit prise à son égard. Il doit ainsi être regardé, et alors que le dispositif mentionne également sur ce point le fait qu'aucun délai de départ volontaire ne lui est accordé pour quitter le territoire français, comme ayant pris une décision portant obligation de quitter le territoire français à son encontre. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de délai de départ volontaire est dépourvue de base légale en l'absence de décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

17. En second lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui concernent l'octroi d'un délai de départ volontaire alors que la décision de refus en litige a été prise sur le fondement de l'article L. 612-2 du même code.

18. Il résulte ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire à Mme D doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 16.

20. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. "

21. La décision contestée rappelle la nationalité guinéenne de la requérante et précise qu'elle pourra être éloignée, principalement, à destination du pays dont elle a la nationalité. Par suite, les dispositions de l'article L. 612-2 du code précité n'ont pas été méconnues.

22. Il résulte ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

23. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de départ volontaire à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit, en tout état de cause, être écarté.

24. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () "

25. Ainsi qu'il a été dit au point 16, le préfet du Nord a pris une décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de Mme D. Par suite, les dispositions de l'article L. 612-6 du code précité n'ont pas été méconnues.

26. En troisième et dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 13 et 14.

27. Il résulte ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doivent être rejetées.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 par la requérante doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet du Nord.

Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIERE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,