Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2402056

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2402056
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 février 2024, M. B demande au juge des référés :

1°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet du Pas-de-Calais en premier lieu de lui délivrer deux récépissés de sa demande de titre de séjour, d'une part au titre de la période du 14 novembre 2023 à la date de l'ordonnance à intervenir et d'autre part au titre de la période à courir à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir jusqu'au jour où il sera statué sur sa demande, dans le délai de 24 heures à compter de la notification de cette ordonnance, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, en second lieu, de prendre une décision expresse sur sa demande de titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la mesure présente un caractère d'urgence, en ce qu'il ne dispose d'aucun récépissé de demande de titre de séjour depuis le 13 novembre 2023 et qu'il est ainsi placé, ainsi que les membres de son foyer, dans une situation de grande précarité ;

- elle présente également un caractère d'utilité, en ce que la délivrance d'un récépissé est de plein droit, en application des articles R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la demande de titre de séjour de M. A a été rejetée par un arrêté du 16 février 2024, dont l'exécution fait obstacle à ce que la demande de l'intéressé soit satisfaite.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissante de la République démocratique du Congo né le 4 octobre 1997, est entré en France le 1er juillet 2017 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", renouvelée en dernier lieu jusqu'au 5 octobre 2023. M. A a sollicité, le 18 août 2023, son changement de statut au regard du droit au séjour et sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français. L'intéressé a été muni, à cette occasion d'un récépissé de demande de titre de séjour expirant le 13 novembre 2023 et qui n'a pas été renouvelé après cette date. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé de cette demande couvrant la période du 14 novembre 2023 à la date de la notification de la présente ordonnance, ainsi qu'un récépissé couvrant la période courant de cette même date de notification à la date de la décision à intervenir sur sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. D'une part, il résulte de l'instruction que le préfet du Pas-de-Calais, par arrêté du 16 février 2024, a rejeté la demande de titre de séjour de M. A et fait obligation à celui-ci de quitter le territoire français. Dans ces conditions, et à compter de l'édiction de cet arrêté, le requérant ne peut plus se prévaloir de la poursuite de l'instruction de sa demande, ni d'ailleurs d'un droit au séjour en France. La demande de M. A, en ce qu'elle tend à obtenir la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour au titre de la période courant à compter du 16 février 2024, est ainsi susceptible de faire obstacle à l'exécution de cette décision administrative. Elle méconnaît, par suite, l'une des conditions prévues par l'article L. 521-3 du code de justice administrative précitée.

4. D'autre part, il n'entre pas dans l'office du juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de prononcer l'exécution de mesures à caractère rétroactif, dès lors que celles-ci ne présentent pas, au regard de leur nature, un caractère provisoire ou conservatoire. Ainsi, et à supposer même qu'elle présente un caractère d'utilité, la demande du requérant d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour au titre de la période du 14 novembre 2023 au 16 février 2024 tend à l'obtention définitive d'un tel récépissé. Par suite, ces conclusions doivent être écartées comme manifestement irrecevables.

5. Enfin, le préfet du Pas-de-Calais ayant, ainsi qu'il a été dit, statué sur le droit au séjour de M. A par arrêté du 16 février 2024, soit antérieurement à l'introduction de la présente requête, les conclusions du requérant tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de prendre une décision expresse sur sa demande de titre de séjour étaient dépourvues d'objet dès l'introduction du présent recours. Elles ne peuvent par suite qu'être écartées comme manifestement irrecevables.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. A, y compris sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie sera adressée pour information au préfet du Pas-de-Calais.

Fait à Lille, le 10 avril 2024.

Le président du tribunal par intérim,

juge des référés,

Signé,

Y. LIVENAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,