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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2402447

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2402447

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2402447
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de Mme D A, ressortissante algérienne, qui contestait l'arrêté préfectoral du 11 octobre 2023 refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La requérante invoquait notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien de 1968. Le tribunal a estimé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, confirmant ainsi la légalité des décisions du préfet du Nord.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées le 7 mars 2024, le 16 mai 2024, le 4 juin 2024 et le 25 octobre 2024, ces deux dernières productions n'ayant pas été communiquées, Mme L D A, représentée par Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 11 octobre 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa demande dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- cette décision a été signée par une personne dont il n'est pas établi qu'elle était compétente pour ce faire ;

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- le préfet du Nord a commis une erreur de droit en retenant l'insuffisance de ses conditions d'existence, dès lors que la condition de ressources n'est pas nécessaire à la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :

- elle excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article 7 de la directive 2008/115/UE et les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme D A par une décision du 11 décembre 2023.

La clôture de l'instruction a été fixée au 3 juin 2024 à 12 h 00 par une ordonnance en date du 17 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la directive 2008/115/UE ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteil,

- et les observations de Mme D A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme L D A, née le 20 avril 1974 en Algérie, de nationalité algérienne, est entrée en France le 6 juin 2017, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires françaises à Alger valable du 12 avril 2017 au 10 juillet 2017 l'autorisant à séjourner dans l'espace couvert par la convention d'application Schengen pour une durée n'excédant pas 30 jours. Par une demande en date du 1er février 2023, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " au titre de ses " liens personnels et familiaux en France ". Par un arrêté du 11 octobre 2023, dont Mme D A demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande de certificat de résidence algérien, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée, pour le préfet du Nord et par délégation, par M. C H, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers de la préfecture du Nord, qui était compétent pour ce faire en vertu d'un arrêté du 20 septembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 253 de l'Etat dans le département du Nord. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. En l'espèce, Mme D A, née le 20 avril 1974, de nationalité algérienne, a épousé en Algérie le 12 juillet 1998 M. G E, né le 13 février 1968, de nationalité algérienne. Le couple a eu six enfants, tous nés en Algérie et de nationalité algérienne. La requérante est entrée en France pour le 6 juin 2017, à l'âge de 43 ans, accompagnée de ses six enfants. Son époux a rejoint la famille en 2022, et la requérante déclare qu'il y réside depuis lors en situation irrégulière. Elle fait valoir dans le cadre de la présente instance que tous ses enfants résident sur le territoire national. Cependant, ses deux aînés, M. F E, né le 13 mars 1999, qui se déclare auto-entrepreneur en nettoyage courant des bâtiments et Mme K E, née le 30 mai 2000 qui a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français en date du 7 mars 2021, confirmé par le tribunal administratif de Lille le 20 avril 2021 par un jugement n° 2101711 devenu définitif, sont en situation irrégulière. La requérante fait valoir que les quatre plus jeunes enfants, Mme J E née le 20 juillet 2004 Mme I E et M. B E, tous deux nés le 18 octobre 2005 ainsi que Moncif Toufik E, né le 11 mai 2015, seul enfant de la famille à être encore mineur, suivent actuellement des études. Cependant, la requérante n'allègue ni ne soutient que ses enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité en Algérie, ou même que ses enfants en études supérieures ne pourraient pas les poursuivre en France sous couvert de titre de séjour étudiants. La requérante ne dispose en outre d'aucune autre famille sur le territoire national, à l'exception d'un neveu résidant en Loire-Atlantique et avec qui il n'est pas démontré qu'elle entretiendrait les relations d'une particulière intensité. Mme D A ne démontre par ailleurs pas, au-delà d'actions de formation qu'elle a pu suivre, de son engagement auprès de la solidarité de Roubaix, des Ami-e-s de la Solidarité, et du secours catholique depuis 2019, d'une insertion particulière sur le territoire français. Elle ne peut pas à ce titre se prévaloir de la promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée formalisée par la boulangerie " L'hirondelle " à Roubaix après l'édiction de l'arrêté litigieux, ni de la demande d'autorisation de travail correspondante, elle aussi rédigée postérieurement à l'arrêté et dont il n'est pas prouvé qu'elle ait été effectivement transmise à l'administration. Enfin il n'apparaît pas que Mme D A soit dans l'impossibilité de se réinsérer professionnellement et socialement en Algérie, pays où elle a vécu jusqu'à ses 43 ans, où vivent sa mère et son frère et où elle a déjà pu mener une vie professionnelle significative. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.

5. En troisième et dernier lieu, la requérante soutient que le préfet du Nord n'était pas fondé à faire état de l'insuffisance de ses conditions d'existence, dès lors que ce n'est pas un critère exigé pour l'obtention d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ". Toutefois il résulte de ce qui a été dit précédemment ainsi que des termes de l'arrêté litigieux que le préfet du Nord a procédé à l'évaluation complète de la situation de l'intéressée, comprenant la question de ses conditions d'existence, sans pour autant que l'insuffisance de ces dernières ait été le fondement de sa décision de rejet de la demande de certificat de résidence algérien formulée par Mme D A. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application des stipulations précitées du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus du titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. En deuxième lieu, Mme D A ne pouvait sérieusement ignorer que sa demande, une fois déposée, était susceptible de faire l'objet d'un rejet, et, sans que le préfet du Nord soit tenu de le lui rappeler à l'occasion de ce dépôt, qu'en cas de refus elle pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement. La requérante a pu faire état de l'ensemble des éléments qui lui semblaient pertinents et il n'est ni soutenu ni allégué qu'elle aurait sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux. Il n'est pas plus établi qu'elle aurait été empêchée de présenter des observations avant que ne soit prise la décision litigieuse. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

10. En l'espèce, contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des termes de l'arrêté que le préfet du Nord a examiné la situation de Mme D A au regard des cas dans lesquels un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire. Par ailleurs, le préfet n'avait pas l'obligation de motiver sa décision, conformément aux dispositions de l'article L. 611-3 précité, dès lors que, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Nord a méconnu sa compétence en édictant à son encontre une mesure d'obligation de quitter le territoire français qu'il avait la faculté de prendre.

11. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 4.

12. En cinquième et dernier lieu, aux termes du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier, que pour prendre la décision obligeant Mme D A à quitter le territoire français, le préfet du Nord ait porté une attention insuffisante à l'intérêt supérieur de son seul enfant encore mineur, dès lors qu'aucun de ses deux parents ne dispose d'un droit au séjour sur le territoire français et que la cellule familiale peut se reconstituer en Algérie, pays dont l'ensemble des membres de la famille a la nationalité et dans lequel il peut poursuivre sa scolarité. Par suite, cette autorité n'a pas méconnu les stipulations précitées du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.

16. En deuxième lieu, Mme D A n'est pas fondée à soutenir que le préfet a pris une décision sur le fondement d'articles non conformes à la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 du Parlement européen et du Conseil dès lors que les articles L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers, sur lesquels est fondée la décision en cause, transposent régulièrement les dispositions de ladite directive.

17. En troisième et dernier lieu, le préfet du Nord a accordé à la requérante, pour quitter le territoire français, le délai de droit commun de trente jours, prévu par l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme D A n'apporte aucun élément de nature à établir que l'autorité préfectorale aurait dû lui accorder un délai supérieur. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, par suite, être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

19. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

21. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

22. Il ressort des pièces du dossier que Mme D A ne représente pas une menace à l'ordre public, n'a pas fait précédemment l'objet de mesures d'éloignement, et que trois de ses enfants résident régulièrement en France sous couvert de titres de séjour " étudiant ". Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le préfet du Nord, qui n'est d'ailleurs pas dans une situation de compétence liée pour prendre, dans ce cas, une interdiction de retour, a fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent.

23. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que la décision portant interdiction de retour pendant un an prise à l'encontre de Mme D A doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

24. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

25. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la requérante sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 11 octobre 2023 du préfet du Nord portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an de Mme D A est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme L D A et au préfet du Nord.

Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIÈRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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